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Temps de lecture : 3 min

26/01/2026

Baromètre 2026 de l’agrivoltaïsme : un révélateur d’une filière en construction, sélective et ancrée dans le réel

Le Baromètre 2026 de l’agrivoltaïsme, publié par la Fédération Française des Producteurs Agrivoltaïques (FFPA),  et issu d’une collaboration entre la FFPA, La France Agricole et ADquation (Institut d’études et Data intelligence spécialiste du monde agricole), apporte un éclairage inédit sur la réalité du développement agrivoltaïque en France. Conçu comme une photographie « prise au ras du sol », il décrypte non seulement les dynamiques de la filière, mais aussi le vécu et les arbitrages des agriculteurs et agricultrices engagés ou en réflexion sur ces projets.

Un socle méthodologique solide, révélateur d’un mouvement en transition

L’étude s’appuie sur 850 exploitations contactées, aux provenances territoriales variées et 105 interviews réalisées entre fin octobre et début novembre 2025. Elle cible principalement des agriculteurs « intentionnistes » c’est ‑à dire‑ déjà en contact avec un développeur ou ayant manifesté un intérêt pour l’agrivoltaïsme.

L’échantillon présente des caractéristiques contrastant nettement avec l’image parfois véhiculée de l’exploitant hésitant ou peu informé : 41 % ont une formation supérieure (contre 27 % en moyenne nationale), 68 % sont chefs d’exploitation, et près de 47 % sont déjà équipés en panneaux solaires, signe d’une familiarité avec les productions énergétiques. Par ailleurs 33 % exercent une fonction élective locale ou professionnelle, témoignant de profils maitrisant une bonne connaissance des écosystèmes locaux.

Cette maturité contribue à un débat plus exigeant, moins idéologique et davantage ancré dans la réalité agronomique et économique des exploitations.

 

Entre ambition, prudence et freins : une filière qui se structure progressivement

Le baromètre confirme un constat majeur : le « raz-de-marée agrivoltaïque » n’aura pas lieu. Bien que 26 % des agriculteurs interrogés aient initié un projet, 74 % n’ont pas franchi le pas, principalement en raison de contraintes techniques ou d’un manque de retours concrets des développeurs.

Les freins les plus cités traduisent la complexité des projets :

  • 35 % évoquent des contraintes techniques (surface minimale, raccordement, recyclage…).
  • 28 % pointent des questions d’acceptabilité sociale et paysagère.
  • 13 % mentionnent la lourdeur administrative.
  • 8 % des freins sont économiques.
  • 6 % ont des interrogations agronomiques

Ces chiffres montrent que l’agrivoltaïsme n’est pas un simple « complément de revenu » mais bien une transformation engageante nécessitant stabilité réglementaire, accompagnement et expertise. La complexité des phases administratives et techniques constitue un filtre naturel, garantissant que seuls les projets solides, concertés et pertinents agronomiquement aboutissent. La filière apparaît ainsi exigeante et sélective, en cohérence avec l’esprit de la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER.)

 

L’humain au centre du rapport

Dès les premières pages, l’étude met en valeur des témoignages d’agriculteurs et d’agricultrices. Qu’il s’agisse de l’éleveur et céréalier Hugues Trameau dans l’Yonne, pour qui les ombrières représentent un outil d’adaptation face au stress thermique des brebis, ou de Christian Courtier dans le Val d’Oise, qui y voit un levier pour structurer une ferme transmissible à son fils, l’agrivoltaïsme apparaît comme un outil agronomique et territorial avant d’être une innovation énergétique. Pour Sylvie Daguet, céréalière en Eure-et-Loire, l’agrivoltaïsme est envisagée comme un vecteur de diversification, de pédagogie et de résilience.

L’étude rappelle également l’importance de l’humain dans les projets agrivoltaïques et la nécessité d’un lien de confiance solide entre agriculteurs et développeurs, condition indispensable pour avancer dans un parcours souvent long : études techniques, commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), permis de construire…

 

Un secteur à suivre, non pour son volume, mais pour son impact stratégique

Pour Agridées, ce baromètre ne se contente pas de décrire l’état du marché, mais interroge les conditions de réussite, les freins et les signaux faibles d’une filière en phase de structuration accélérée. L’édition 2026 ne décrit pas un secteur en explosion, mais un secteur en consolidation, appréhendé de façon lucide par les agricultrices et les agriculteurs eux-mêmes qui informés, stratèges, conscients des risques, et acteurs des arbitrages réglementaires et territoriaux. Une posture de chefs d’entreprise chère à Agridées.

Le futur de l’agrivoltaïsme ne dépendra pas du nombre de projets, mais de la qualité, de la cohérence et de la capacité collective à intégrer durablement l’énergie dans les modèles agricoles.  Cette vision transparait dans le groupe de travail d’Agridées « Autonomie énergétique des entreprises agricoles et des territoires » qui rendra ses propositions à la fin de l’année 2026.