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23 février 2026
au 23 février 2026 de 17:00 à 18:00
« J’entends parler du Mercosur et d’élargissement de l’UE : serai-je sacrifié sur l’autel de la mondialisation ? »
Yves Le Morvan, Responsable Marchés et Filières, a participé à la conférence du Forum du SIA’PRO sur le thème « J’entends parler du Mercosur et d’élargissement de l’UE : serai-je sacrifié sur l’autel de la mondialisation ? ».
L’ouverture des négociations d’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie, fin 2023, a relancé l’ensemble du processus d’élargissement de l’Union européenne. Les six pays des Balkans occidentaux sont à nouveau dans la dynamique. Pour Yves Le Morvan, cet élargissement pose d’abord une question de cohérence institutionnelle. « Passer de 27 à 35 États membres suppose de revisiter en profondeur la gouvernance européenne : la composition de la Commission, la répartition des sièges au Parlement, et la capacité du Conseil à statuer à la majorité qualifiée. » Selon lui, ces réformes « doivent impérativement précéder toute nouvelle adhésion afin de s’intégrer à l’acquis communautaire ».
L’enjeu agricole concentre toutefois l’essentiel des interrogations. Si les structures agricoles des Balkans ou de la Moldavie restent globalement compatibles avec la PAC, le cas ukrainien diffère profondément.
« L’Ukraine se caractérise par une concentration très importante de certaines exploitations et par la présence d’agro-holdings exploitant parfois plusieurs centaines de milliers d’hectares. » Pour Yves Le Morvan, ces structures « ne sauraient bénéficier des soutiens aux surfaces de la PAC sans provoquer une distorsion majeure ». Il alerte également sur le risque concurrentiel : « La collision entre ces agro-holdings et le modèle entrepreneurial européen entraînerait un choc de compétitivité auquel les agricultures des zones intermédiaires ne pourraient faire face. »
D’un côté l’Ukraine, de l’autre l’Amérique du Sud : le débat autour de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur continue de diviser le monde agricole français. Pourtant, vu depuis l’Amérique du Sud, la logique apparaît sensiblement différente.
Géopolitologue, Olivier Antoine rappelle que les quatre pays fondateurs du Mercosur – le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay – ont historiquement structuré leur agriculture autour de l’exportation. « La signature d’accords de libre-échange s’inscrit dans la droite ligne de leur histoire économique », souligne-t-il. Le Brésil et l’Argentine figurent parmi les grandes puissances agricoles mondiales, avec des exploitations souvent dimensionnées à plusieurs centaines d’hectares et des filières organisées pour les marchés internationaux.
Du côté sud-américain, certaines critiques européennes, notamment sur l’élevage bovin, sont mal comprises. L’Argentine revendique une production de viande de qualité, exportée depuis des décennies vers de nombreux pays. Pour ces acteurs, l’Europe apparaît parfois davantage comme un marché exigeant que comme un partenaire stratégique.
Agricultrice, Laure Figuereu observe de son côté un décalage dans le débat français. « On rejette souvent ce que l’on ne connaît pas », estime-t-elle, soulignant que peu d’agriculteurs maîtrisent précisément le contenu de l’accord. Elle invite à dépasser les stéréotypes : « Le Brésil et l’Argentine se sont organisés pour produire et vendre à l’international ».
Au-delà des volumes agricoles, l’accord revêt une dimension stratégique. La conclusion d’un tel partenariat enverrait un signal de stabilité commerciale aux marchés mondiaux, notamment asiatiques, aujourd’hui centraux dans les échanges agricoles.
Pour Mathieu Brun, Directeur scientifique de la Fondation FARM, « vu des Suds cette mondialisation est asymétrique et se concentre sur certaines productions stratégiques (céréales, viande bovine, produits laitiers) ». Le Mercosur redessine des règles qui existent déjà, ce sera la même chose demain avec l’Inde s’il y a un accord commercial. « Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas de savoir si on est pour ou contre la mondialisation, mais de savoir comment se positionner en tant qu’agriculteur dans les chaînes de création de valeurs ».
Christophe Leschiera, Responsable Communication
