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Numéro 266 - Machinisme agricole, de l'équipement à la stratégie
EditoLa mécanisation à l’heure des arbitrages
L’essor de productivité qu’a connu l’agriculture dans le dernier tiers du XXᵉ siècle reposait sur quatre piliers: la mécanisation et la restructuration du foncier, la génétique et la chimie pour la fertilisation et la protection des plantes.
Si les dépenses relatives aux achats de semences, à la fertilisation et à la protection des plantes peuvent être amorties sur le cycle végétatif, mis à part pour les viticulteurs et les arboriculteurs, les investissements en matériels, tout comme le foncier, sont des charges lourdes qui se raisonnent à long terme.
Le poste mécanisation, longtemps considéré comme secondaire, a connu une inflation considérable ces dernières années et plus encore depuis le Covid, en raison principalement de tensions internationales croissantes sur les matières premières et les énergies fossiles, devenant ainsi un des éléments les plus importants des charges fixes.
Les machines agricoles actuelles sont bien sûr plus performantes, plus spécialisées et plus complexes. Elles sont souvent produites en petite série, reposant sur des technologies de pointe et leur fabrication fait intervenir des ressources rares généralement importées. Elles nécessitent, de plus, une maintenance plus poussée hors des compétences de l’agriculteur, tandis que leur utilisation requiert un personnel plus qualifié, donc plus rare et plus coûteux.
En outre, beaucoup d’entreprises se sont suréquipées, certaines par précaution pour compenser un manque de main-d’oeuvre ou pallier des créneaux d’intervention étroits, d’autres par confort ou pour des raisons fiscales, avec pour conséquence un parc matériel généralement sous-utilisé et parfois inadapté, immobilisant inutilement des capacités financières.
Traditionnellement les agriculteurs sont propriétaires de leurs machines et les mettent en oeuvre eux-mêmes. Mais de nombreuses voies alternatives se présentent, comme la mutualisation par l’achat en commun ou l’adhésion à une Cuma, le recours à l’entreprise pour des tâches ponctuelles ou même en délégation totale. Une autre solution, qui se développe dans les régions céréalières, est la location des matériels de récolte.
D’un côté, le chef d’entreprise décide de disposer de son propre équipement, lui assurant de pouvoir intervenir quand il le veut, d’un autre il décide de céder une part plus ou moins importante de son autonomie en contrepartie d’une optimisation de ses charges de mécanisation. C’est un choix de gestion où il faut appréhender atouts et risques: c’est le rôle du chef d’entreprise.
Lors de sa dernière assemblée générale, Agridées avait posé la question essentielle de savoir comment continuer à produire de la valeur dans un monde sous contraintes, fait d’incertitudes économiques, réglementaires, climatiques et géopolitiques, pénalisant notre capacité de produire et notre souveraineté alimentaire. Il a été démontré à cette occasion que nombre de ces contraintes peuvent devenir des leviers de résilience. Faute de pouvoir espérer une hausse de ses performances, le chef d’entreprise doit impérativement s’attacher à rechercher des marges de manoeuvre dans toutes les composantes de ses coûts de production.
Charles MEAUDRE
La Revue AgriDées
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