Points de vue
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29/06/2026
« Vous connaissez tous la méthanisation, vous avez un avis sur ses atouts, ses contraintes, ses difficultés »
La méthanisation s’est développée depuis 20 ans dans beaucoup de pays européens. La France par ses infrastructures gazières et la richesse de ses filières agricoles est vue comme un terroir prometteur. L’État, après avoir été un modèle de soutien à cette filière, s’interroge aujourd’hui. Si les volumes sont actés (il faudra les tripler dans les 20 prochaines années), il est légitime de s’interroger sur le chemin pour y arriver. Il ne s’agit pas uniquement de souveraineté énergétique mais de choix politiques forts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et donc agir sur nos activités humaines.
Chaque agriculteur doit aujourd’hui se poser la question de l’intérêt ou non de la méthanisation dans son système. Il n’est pas indispensable de devenir agriculteur méthaniseur, les projets de méthanisation sont passionnants mais très exigeants. Il est utile de remettre en cause son système agricole, compte tenu des crises que nous avons tous connus et compte tenu des atouts de la méthanisation pour tous les modèles d’agriculture, le digestat étant le plus symbolique aujourd’hui.
L’organisation de la filière Biogaz est complexe, sa richesse fait le bonheur de ceux qui s’y intéressent, comme elle peut semer le doute chez nos élus, nos administrations. Nous nous heurtons à trois types de verticalité.
- La verticalité des filières agricoles, tout d’abord. Les économies circulaires locales, l’autonomie donnée aux agriculteurs perturbent les organisations traditionnelles agricoles. Il s’agit ici de savoir évoluer, d’échanger, de mettre en commun nos idées : de l’intelligence et de l’humilité. Si la production d’énergie, à travers les biocarburants notamment est connue, la décarbonation reste à poser. Les difficultés des labels bas carbone l’ont montré. Quelle valeur donne-t-on aux agriculteurs pour y parvenir et quels engagements exige-t-on en retour ? C’est à mes yeux la plus belle opportunité donnée aux agriculteurs depuis 40 ans. Participer à un changement de société et être au cœur des solutions pour s’adapter aux changements climatiques, aider nos élevages et nos sols agricoles à passer le cap, moins dépendre des énergies fossiles ou des marchés financiers.
- La deuxième verticalité à laquelle nous nous confrontons est celle du monde de l’énergie, un monde très efficace qui a créé beaucoup de valeurs pour bâtir de très belles entreprises. C’est à la fois une chance pour notre filière, mais aussi un risque car elles doivent remettre en cause leur fonctionnement vertical et ce n’est pas aisé.
- La dernière verticalité est celle de l’État. Nos projets sont des projets de territoires. Ils font face à des mécontentements sur les odeurs, le transport, le retour réel à la fois économique et climatique de nos unités. Mais les élus locaux, les producteurs de déchets, certains transporteurs et industriels ont bien compris l’intérêt de créer des partenariats avec les producteurs de biogaz. Néanmoins, après plus de 15 ans de soutien budgétaire au financement des projets, le rôle de l’État évolue : il lui revient désormais de fixer des règles permettant au gaz renouvelable de remplacer progressivement le gaz fossile. Ce schéma dépend des arbitrages de l’État, de ses administrations et du cabinet du Premier Ministre. Si nous comprenons les impératifs de maîtrise des finances publiques et du pouvoir d’achat, nous regrettons que les décisions s’éloignent des réalités du terrain. Cette verticalité devra tomber, d’autant que nos projets vivent dans nos campagnes. La colère y gronde, comme vous le savez, l’histoire nous a appris qu’il faut tôt ou tard l’entendre et en prendre la mesure.
Le Biogaz est une chance formidable, bénéficiant de technologies matures, de projets d’innovation pour créer des liens entre les agriculteurs, les industriels, à la fois constructeurs et producteurs de déchets, mais aussi de nombreuses organisations. Nous avons besoin de recherches, de scientifiques Nous avons besoin de personnels pour la maintenance et la vulgarisation auprès des agriculteurs.
La décarbonation a un coût, qui va le supporter ? Nous devons trouver des solutions innovantes à proposer aux citoyens et aux services de l’État, en concertation avec l’ensemble de la filière et des territoires. L’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France (AAMF) entend y contribuer en partageant l’expertise développée ces 15 dernières années, pour qu’elle soit utile à l’ensemble des agriculteurs.
C’est l’autre atout de la méthanisation : elle permet aux agriculteurs de réaliser leurs propres transitions. Certains redécouvrent la force d’un petit collectif, d’autres renforcent leurs élevages, d’autres s’engagent en agriculture de conservation ou en agroécologie. Dans tous les cas, il y a une création de valeurs qui va bien au-delà de ratios, de coefficients, de tarifs, d’analyses économiques. Il est urgent que donner un cadre réglementaire efficace et lisible pour permettre aux agriculteurs de choisir et définir la meilleure manière pour eux de participer au défi des gaz verts.