Agridées

Site non disponible sur ce navigateur

Afin de bénéficier d'une expérience optimale nous vous invitons à consulter le site sur Chrome, Edge, Safari ou Mozilla Firefox.

Retour à la liste des contenus

3 questions à

Temps de lecture : 5 min

20/05/2022

Arthur Portier

Arthur Portier, analyste matières premières agricoles pour Agritel, société experte en stratégies des marchés agricoles et agro-industriels, livre son opinion sur la situation actuelle internationale du colza.

1/ Les agricultures française et européenne souffrent actuellement de la sécheresse, comment analysez-vous les risques sur les cours actuels des oléagineux ?

A ce jour, toutes les cultures souffrent du déficit hydrique particulièrement marqué sur l’Europe de l’Ouest. Certaines parcelles n’ont pas vu d’eau depuis plusieurs semaines, ce qui inévitablement pèsera sur le rendement final. Néanmoins, le décrochage s’annonce plus important sur les céréales que sur les oléagineux avec des cultures plus résistantes. D’ailleurs, les cours du colza ne réagissent pour le moment pas à cette météo loin d’être optimale puisque les cours corrigent sur Euronext. En cause, de nombreuses interrogations autour de la demande, notamment en Allemagne où les pourparlers pour réduire les mandats d’incorporations des agrocarburants sont de plus en plus vifs.

 

2/ Du côté de l’offre, y a-t-il d’autres régions du monde à surveiller ?

Lorsque l’on parle du colza, nous ne pouvons occulter ce qu’il se passe au Canada. Pour rappel l’an passé, ce pays a produit 12,6 Mt de canola contre 19,5 Mt en 2020. Si les exports se sont inévitablement contractés, les stocks de fin pour la campagne en cours sont extrêmement faibles puisqu’autour des 693 000 t. Dans ce contexte, il n’y a pas de place pour un incident climatique dans le pays cette année. Or, une fois n’est pas coutume, les semis peinent à progresser en raison d’une humidité des sols trop importante. Dans le Manitoba par exemple, 4 % des surfaces sont emblavées contre 50 % en moyenne ces dernières années, toutes cultures confondues. Même son de cloche dans le Saskatchewan où les travaux des champs patinent. Résultat, les inquiétudes montent et les prochaines semaines seront déjà décisives.

3/ En sait-on plus aujourd’hui sur les chiffres de production en Russie et en Ukraine ?

Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le bassin mer Noire quant à la capacité des agriculteurs ukrainiens à récolter dans les prochaines semaines. Rappelons que plus de 25 % des surfaces de colza sont sur l’Est du pays, zone où la présence militaire russe est toujours importante. L’USDA de son côté se veut rassurante et table sur 3,2 Mt de production cette année pour 2,75 Mt d’export, de quoi répondre en partie à la demande européenne. Néanmoins, le chemin est encore long d’ici la récolte avec une autre source d’inquiétude qu’est la capacité des opérateurs du bassin mer Noire à exporter. De son côté, la Russie affiche un bon potentiel de production puisqu’autour des 2,8 Mt. La météo reste clémente dans cette région du monde mais temps que la récolte n’est pas faite, le risque reste devant.