13/02/19

Alexis Peulson

Elève-ingénieur, auteur d’un "Tour de l’agriculture française à vélo"

Du 16 septembre 2018 au 15 janvier 2019, Alexis Peulson a réalisé un tour de France à vélo des agricultures. Après avoir parcouru 3350 kms à travers la campagne française et rencontré 80 agriculteurs, il revient pour agridées sur cette expérience humaine très riche.

 

1/ Comment s’est construit votre projet alliant sport cycliste et découvertes des agricultures françaises ?

Mes parents sont agriculteurs en Saône-et-Loire, près de Chalon-sur-Saône, sur une exploitation de polyculture-élevage avec des bovins charolais, des volailles et, depuis peu, une petite activité de maraîchage. Alors que j’ai passé mes premières années d’études dans le domaine de l’environnement et de l’eau, j’ai rapidement ressenti une envie de revenir dans le milieu agricole. Mais je me suis vite rendu compte que l’agriculture française était très diversifiée et comportait beaucoup d’acteurs, d’organismes, d’associations, de structures… C’est à ce moment-là que je me suis dit que je voulais en savoir plus pour comprendre tous les fonctionnements des agricultures en France. De plus, dans le cadre de mes études, mon école propose une année de césure, une sorte d’« année sabbatique » destinée à la réalisation de projets personnels, avant de terminer nos études et de rentrer dans la vie active. Les étoiles étaient alignées et l’idée est arrivé naturellement, j’allais réaliser un Tour de France à vélo sur le thème de l’agriculture !

 

2/ De ces nombreuses rencontres d’agriculteurs, pouvez-vous en tirer quelques enseignements ?

J’ai eu le plaisir de rencontrer, dans toutes les régions des agriculteurs dynamiques, heureux et fier de leur métier, qui n’hésitaient pas à se faire filmer dès que je sortais ma caméra pour expliquer au grand public leur métier ! Les scandales alimentaires et les attaques médiatiques les touchent beaucoup, mais ils ne sont pas défaitistes, au contraire, ils acceptent toute action de communication où on leur laisse enfin la parole.

L’idée était de rencontrer des agriculteurs avec des pratiques différentes, des productions différentes et qui cherchaient donc des solutions à des problématiques différentes. J’ai été épaté par la force d’innovation que peuvent proposer les agriculteurs à leur échelle, comme peut en témoigner le développement de l’ACS (Agriculture de Conservation des Sols) à travers l’association APAD, où les agriculteurs se forment, travail en groupe et capitalisent les bonnes pratiques). Malheureusement, tous les agriculteurs n’arrivent pas à répondre à l’ensemble des problématiques qui se posent sur une exploitation, et ils déplorent un manque d’accompagnement et de conseils pour assurer une bonne transition agricole sans trop de risque…

Le critère d’une meilleure vie sociale est aussi important, surtout chez les jeunes. Hors de question pour eux de rester dans les contraintes de leurs aînées, ils tendent à se rapprocher des acquis sociaux des autres catégories socio-professionnels. Même si un éleveur laitier aura toujours une astreinte importante, certaines clés de solutions existent : Développement des GAEC pour travailler à plusieurs, développement des doubles actifs, compagne/compagnon qui ne travaille pas sur la ferme, organisation avec les parents (retraités souvent) pour se libérer des weekends et des vacances… Les agriculteurs d’aujourd’hui souhaitent consacrer plus de temps à leurs familles et à leur vie sociale de façon générale. L’exemple qui m’a le plus marqué est celui d’un agriculteur dont la ferme se situe à 20 km au nord de Mulhouse mais dont le domicile se trouve en plein centre-ville de Mulhouse !

 

3/ Avez-vous identifié des systèmes agricoles plus résilients que d’autres ? 

Il est compliqué de répondre à cette question, en raison de la multiplicité des paramètres (potentialité des terres, débouchés de la production, vente directe…). Malgré tout, les personnes en vente directe semblent mieux s’en sortir. Mais cela demande énormément de travail et de sacrifice, si on regarde le gain par rapport au nombre d’heures de travail, ce n’est pas l’ambition de tout le monde (par exemple de ceux qui veulent améliorer leur vie sociale comme nous venons de l’évoquer). J’ai été quand même intéressé par les différents agriculteurs qui, aujourd’hui, ne parlent plus directement de rendement quand on demande si leur ferme tourne bien, mais plutôt d’indicateur de gestion, comme les EBE (Excédent Brut d’Exploitation). J’ai aussi trouvé un intérêt fort pour les techniques simplifiés (TCS ou ACS) qui permettent de trouver une agriculture plus sobre, demandant donc moins d’investissement et qui, en cas d’année difficiles ou d’échec, occasionne de « plus petites » pertes économiques.

 

Propos recueillis par Jean-Baptiste MILLARD

 

Retrouvez les rencontres d’Alexis sur son blog, sa chaine youtube, et sa page Facebook !

 

 

 

  

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