25/02/20

François Schmitt

Président, Groupama Grand Est

1/ Pourquoi ne peut-on plus envisager en France la gestion des risques agricoles comme il y a encore 10 ans ?

Depuis dix ans, l’agriculture française vit de très nombreuses évolutions qui modifient la nature des risques auxquels sont confrontées les exploitations agricoles. On peut ainsi citer :

– Les attentes des consommateurs en matière d’alimentation, avec une demande de plus en plus forte pour des produits locaux, issus de l’agriculture biologique ou distribués sous forme de circuits courts

– Une concurrence de plus en plus exacerbée au niveau international, qui met en tension nos productions nationales et influence très fortement les prix de nos produits.

– Des contraintes liées à la protection de l’environnement, en particulier la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, qui s’accélèrent et conduisent à des modifications rapides des pratiques agricoles,

– Les effets du dérèglement climatique qui se font désormais ressentir avec une succession d’événements qui ont touché depuis 2011 toutes les régions et toutes les productions.

 

2/ Quel est le bilan du marché de l’assurance récolte et quelles sont les pistes d’ amélioration du dispositif actuel ?

Le bilan de l’assurance récoltes présente plusieurs facettes :

– les assureurs ont fait la démonstration de l’efficacité de l’assurance multirisque climatique pour renforcer la résilience des exploitations agricoles. Avec plus de 30% des surfaces assurées en vigne et grandes cultures, ce sont chaque année plusieurs centaines de millions d’euros qui sont indemnisés aux agriculteurs (encore 250M€ pour Groupama en 2019).

– Grâce à la capacité d’innovation des assureurs, une nouvelle offre d’assurance des prairies, très attendue des éleveurs concernés par la sécheresse, a été développée depuis 2016.

Toutefois, pour permettre le développement des solutions d’assurance auprès d’un plus grand nombre d’agriculteurs, plusieurs freins doivent être levés. C’est ce à quoi nous travaillons dans le cadre de la consultation sur la Gestion des Risques ouverte par le Ministre de l’agriculture en juillet 2019.

 

Les principaux freins à lever sont :

– l’articulation entre les dispositifs, en particulier entre le fonds des calamités agricoles et l’assurance

– la simplification et l’adéquation de l’offre d’assurance

– le renforcement de la culture du risque et des moyens de prévention.

Toutefois, dans un contexte de changement climatique, qui conduit à une amplification des aléas climatiques et de leurs conséquences, une transformation forte du marché est nécessaire pour garantir la pérennité et le développement du dispositif assurantiel. C’est la proposition que nous formulons, dans le cadre du Conseil de l’agriculture française, de créer un pool d’assureurs, comme l’a fait l’Espagne il y a 40 ans, afin de mutualiser les risques.

 

3/ Quels conseils donneriez-vous aux chefs d’entreprise agricole désireux de préparer l’avenir ?

Le premier conseil serait de réaliser une analyse précise des risques auxquels ils sont et pourraient être exposés afin d’identifier les leviers prioritaires à activer pour améliorer la résilience de leur exploitation : quelles adaptations de leurs itinéraires techniques, quels moyens de prévention, quel niveau d’épargne de précaution, … ?

Le second conseil serait de s’adresser à son assureur pour faire réaliser un devis d’assurance multirisque climatique. En effet, nos nouveaux assurés sont souvent surpris du prix réel de l’assurance une fois la subvention de 65% déduite !

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

@SAFThinkTank

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