05/02/21

Marie-Pierre MEMBRIVES

Co-fondatrice et présidente d’Elles sont food !

Maraichères, agronomes, restauratrices, sommelières, communicantes, cheffes, productrices, nutritionnistes, fromagères, bartendeuses, consultantes, gérantes, journalistes, auteures, pâtissières, designers, épicières, chercheuses, etc…Rassemblant plus de 230 membres, l’association Elles sont food ! se présente comme “la communauté des femmes de la food, de la fourche à la fourchette.” Nous avons voulu revenir avec sa co-fondatrice et présidente Marie-Pierre MEMBRIVES sur les récentes initiatives de son association et sur la place des femmes dans ces secteurs clés…

 

 

1/ Il y a eu cette couverture du media Les Marchés à laquelle vous avez réagi en tant que co-fondatrice et présidente de Elles sont Food !, et votre signature à l‘appel à Emmanuel Macron de 120 responsables de réseaux féminins et entrepreneurs pour une relance paritaire publiée le 30 janvier 2021 dans le JDD. Dans les secteurs alimentaires, la place et la visibilité des femmes est encore à améliorer largement. Comment peut-elle se déployer davantage ?

 

De nombreuses femmes évoluent dans les secteurs alimentaires, que ce soit dans le privé ou le public, en tant que salariées ou entrepreneures. On se rend compte cependant qu’elles accèdent moins facilement à des postes à responsabilités dans les organisations ou à des financements de leurs projets de création d’entreprises que les hommes. Ce qui est vrai dans l’industrie agroalimentaire est aussi vrai dans la recherche, la gastronomie et les filières agricoles.

Il faut dire que dès le début de leur carrière, les femmes ont tendance à accepter des emplois plus précaires et moins bien rémunérés que leurs homologues masculins comme le montre une récente infographie publiée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Cette infographie montre que les jeunes ingénieurEs en agroalimentaire représentent 61,7 % des diplômés des écoles d’agro mais force est de constater qu’on les voit peu aux sommets des organisations, elles qui gagnent en moyenne 8,4 % de moins que leurs camarades masculins en début de carrière.

Dans un univers où les hommes accèdent plus facilement aux fonctions stratégiques des organisations et se mettent plus naturellement sur le devant de la scène, comme le montre la récente couverture des Marchés, il nous parait essentiel de donner toute la place qu’elles méritent aux femmes talentueuses qui pourraient, par leurs parcours et leurs réussites, inspirer celles qui aimeraient elles aussi atteindre les sommets. Ces figures inspirantes, ces « role models » ne sont pas si nombreuses aujourd’hui, et elles se mettent moins spontanément en avant. Alors cela demande plus d’efforts d’aller les chercher pour les mettre en lumière que d’aller chercher les hommes qui sont rôdés à l’exercice, qui aiment ça… et que l’on connait déjà, aussi talentueux et inspirants soient-ils.

C’est pourquoi nous avons réagi à la couverture des Marchés, en toute amitié. Et nous sommes heureuses qu’en retour, ce media nous ait donné la parole sur le sujet de la place des femmes dans l’industrie agroalimentaire.

Les études montrent que la diversité au sein des organisations est source de performance. Or la diversité selon nous, commence par la mixité. Les femmes représentent tout de même la moitié de l’humanité. Il nous semble essentiel que les organisations en prennent conscience et qu’elles identifient un vivier de femmes de talent susceptibles de venir enrichir les équipes. Il est important que ces femmes soient accompagnées tout au long de leurs carrières afin qu’elles ne s’auto-censurent pas et afin que celles qui souhaitent prendre des responsabilités puissent pulvériser le plafond de verre qui existe encore souvent dans les organisations.

Alors ces mêmes organisations auront la chance de pouvoir compter sur des talents complémentaires pour constituer des équipes riches de la diversité des membres qui les composent, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, personnes venant d’horizons différents…

Cela implique souvent un changement de paradigme au sein des organisations afin d’attirer tous les talents et afin que chacune et chacun puisse s’y épanouir. Cela sous-entend donc une volonté profonde et sincère de faire bouger les lignes sur le sujet.

C’est pour cela que nous sommes signataires de la tribune lancée dans le JDD du 31 janvier appelant à la parité dans l’économie, tribune que vous pouvez encore signer ici.

Cette tribune appelle à considérer la mise en place de quotas progressifs dans les comex et codir car spontanément, exception faite de certaines organisations particulièrement engagées sur le sujet, la part des femmes dans ces instances n’évolue que très lentement. Cette tribune appelle également à une revalorisation des salaires, au financement des projets portés par les femmes et à un accompagnement à l’entrepreneuriat. Ces sujets nous semblent fondamentaux pour pouvoir accéder à la parité et donc à la performance en s’appuyant sur les talents de chacune et chacun.

 

 

2/ On compte quand même un certain nombre de femmes à la tête de start-up « Food ». Vous le constatez aussi ? Leur approche est-elle différente ?

Il y a en effet de nombreuses femmes à la tête de start-ups food. Un certain nombre d’entre elles font d’ailleurs partie de la communauté Elles sont food ! C’est le cas des fondatrices ou co-fondatrices de Résurrection (crackers élaborés à partir de drêches de brasserie et marc de pomme), United Kitchens (incubateur culinaire), ScanUp (app d’informations produits et de co-création de produits à destination des marques alimentaires), Graine de choc (pâtes à tartiner à base de féveroles), Matatie (goûters pour enfants sans allergènes) et de bien d’autres encore…

En équipes 100% féminines ou mixtes, elles portent des projets souvent tournés vers le « mieux manger » et l’alimentation durable mais cela reflète une tendance générale qui se traduit également dans les start-ups créées par des hommes. Pas de stéréotypes de genres dans la foodtech !

Sans doutes sont-elles toutefois moins présentes parmi les fondateurs des start-ups leaders de la digitalisation de l’alimentation  (logiciels de caisse, livraison, dark kitchens…)… celles où on observe les plus grosses levée de fonds. Coïncidence ? Probablement pas. On remarque en effet que les femmes sont à la recherche de financements plus modérés mais que les projets de femmes ont également plus de difficultés à trouver des financements… même si fort heureusement certains exemples prouvent le contraire.

 

3/ En quoi la communauté Elles sont Food ! s’inscrit-elle dans cette nouvelle dynamique ?

Elles sont food ! est une communauté qui rassemble environ 230 femmes issues de tous les secteurs de l’alimentaire (artisanat, industrie, conseil, foodtech, gastronomie, nutrition, recherche, communication…) aussi bien salariées qu’entrepreneures.

Notre ambition c’est, avec les hommes, de faire bouger les lignes concernant la visibilité, la reconnaissance et l’empouvoirement (plus français qu’empowerment et plus fidèle à nos convictions que « responsabilisation ») des femmes dans le secteur.

Pour cela, nous fédérons une communauté bienveillante lors de rencontres régulières (qui tendent à se digitaliser en ce moment), nous sensibilisons les acteurs du secteur par nos prises de parole et nos actions, et nous soutenons les projets de femmes qui nous tiennent à cœur.

Ceci afin que chacune se sente légitime et encouragée dans ses aspirations professionnelles.

De belles histoires sont nées entre nos membres et nous sommes fières d’avoir soutenu des initiatives comme le programme d’insertion par la cuisine réservé aux femmes Des Etoiles Et Des Femmes en Ile-de-France, ou d’avoir sensibilisé le secteur de la boulangerie au sujet de la place des femmes dans la filière pain dans le cadre de la CIBM (Convention Internationale de la Boulangerie Moderne). Toute femme professionnelle de l’alimentaire peut rejoindre la communauté en étant marrainée par une adhérente. RDV sur notre site !

 

Propos recueillis par Marie-Laure HUSTACHE

 

@SAFThinkTank

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