03/12/20

Olivier Frey

Consultant

Fin observateur du secteur coopératif, Olivier Frey publie une étude inédite sur les performances financières et extra-financières des 100 plus importantes coopératives agricoles européennes. Il nous en présente les grandes lignes.

 

1/ Quelle a été votre méthodologie et l’originalité de votre approche ? 

Si le Copa-Cogeca publie régulièrement une synthèse sur les coopératives agricoles de l’UE , son analyse se limite généralement à l’évolution du seul chiffre d’affaires. J’ai pour ma part voulu aller plus loin en comparant l’évolution des principaux ratios financiers (résultat d’exploitation, EBITDA…) des 100 plus importantes coopératives agricoles européennes en termes de chiffre d’affaires et ce sur une période de 5 ans. Pendant 3 ans j’ai collecté les données financières et structuré une base de données, qui permet de comparer les principales coopératives agricoles européennes entre elles. Je ne me suis pas limité à l’UE, j’ai élargi aux pays hors UE tels que la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni. Je me suis également intéressé à la stratégie de développement durable de ces coopératives en analysant leurs rapports de performance extra-financière (quand ceux-ci existaient). Le résultat final est une étude qui est, à ma connaissance, inédite et qui permettra aux décideurs des grandes coopératives agricoles de se benchmarker avec leurs homologues européennes et à ceux qui s’intéressent au monde coopératif agricole de mieux comprendre sa diversité au niveau européen, que ce soit en termes de législation, d’activité ou de taille.

 

2/ Que peut-on retenir globalement de cette étude très poussée ?   

En Europe, il existe une grande hétérogénéité en ce qui concerne les coopératives agricoles. Les lois ne sont pas les mêmes et il y a une diversité en termes de taille mais également d’organisation. Les 100 premières coopératives agricoles européennes ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 237,5 milliards d’euros en 2019. Au sein de ce top 100, les coopératives françaises sont les plus nombreuses mais leur taille reste modeste : les 32 coopératives agricoles françaises ne représentent qu’un peu plus du quart du top 100 européen contre 22% pour les 16 coopératives allemandes. Seules Agrial, InVivo et Sodiaal dépassent les 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, et seule Agrial fait partie du top 10 européen.

Les coopératives françaises ont une législation plus restrictive que les autres. Les coopératives du Nord de l’Europe sont plus internationalisées (car implantées dans de petits pays) et ont, pour certaines d’entre elles, un quasi-monopole sur la collecte (Danish Crown dans le porc au Danemark, Friesland Campina dans le lait en Hollande). De plus, plusieurs coopératives européennes ont des associés coopérateurs dans plusieurs pays (Arla Foods a des associés coopérateurs dans 7 pays).

 

3/ Et enfin quelles éventuelles surprises avez-vous eu lors de vos travaux de recherche et d’analyse ? 

j’ai pu constater que les plus grandes coopératives ne sont pas forcément celles qui ont les meilleurs ratios financiers.  J’ai également découvert que les coopératives du Nord de l’Europe ont développé de véritables stratégies de développement durable à long terme avec des ambitions affichées de neutralité carbone à horizon 2050.

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache 

@SAFThinkTank

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