16/11/20

Trois questions à Thierry BAILLIET

Polyculteur-éleveur à Loos-en-Gohelle dans les Hauts-de-France & agriyoutubeur

Connu pour sa chaîne YouTube « Agriculteur d’aujourd’hui » lancée en 2013, Thierry Bailliet, polyculteur-éleveur des Hauts-de-France prend cette fois-ci la plume. Il publie en effet cet automne 2020 l’ouvrage « Dans les bottes de ceux qui nous nourrissent », aux éditions France Agricole*.  Un livre multimedia, pédagogique et immersif, mais aussi “collectif” tant il met aussi en avant la communauté des agricultrices et agriculteurs connectés**, pour mieux comprendre à leurs côtés les réalités de secteur. Leur point commun ? L’envie de valoriser avec authenticité et créativité « le plus beau métier du monde » selon l’auteur,  qui y appose son regard d’agriculteur d’aujourd’hui, convaincu par les solutions d’avenir qu’offrent les agricultures, dans toute leur diversité. Nous l’avons questionné à l’occasion de la publication de son ouvrage.

 

1/ Je m’adresse au pionnier des réseaux sociaux et à l’homme de terrain. Selon vous, les agriculteurs d’aujourd’hui sont-ils devenus meilleurs communicants que ceux dont c’est le métier ?

 

Il me semble difficile de comparer des professionnels de la communication à des agriculteurs qui communiquent ou de juger s’ils sont meilleurs ou pas.

Mais qui, mieux qu’un agriculteur, peut expliquer son métier ? Nous sommes légitimes pour le faire et nous parlons avec nos “tripes », avec nos émotions, notre désarroi, nos joies, etc. Certes, la forme n’est pas parfaite mais qui peut reprocher à un agriculteur débutant sur les réseaux sociaux d’être mal habillé, de mal cadrer son reportage ou de manquer de fluidité ? Ce mode de communication a l’avantage de reconnecter les liens avec le grand public, de nous exprimer auprès d’un public plus large. Et plus on communique, plus on s’améliore !

 

 

2/ En quoi les consommateurs ont aussi selon vous évolué ces dix dernières années ? Quels messages voulez-vous leur faire passer en priorité notamment à la jeune génération qui comme vous le dites s’est éloignée de la vie rurale et de ses réalités ? 

 

Globalement, les consommateurs s’intéressent de plus à leur environnement et à leur alimentation ; une prise de conscience “écolo” s’opère depuis dix ans, les jeunes parents s’inquiètent de l’alimentation qu’ils donnent à leurs enfants : c’est un fait positif et une prise de conscience indispensable.

Mais dans le même temps, les réseaux sociaux, les médias à sensation véhiculent des “fakes news” et des discours généralisés, raccourcis. C’est l’émotion et le sensationnel qui prennent le dessus, c’est « la course à l’audimat » qui guide l’éditorial de certains médias qui diffusent l’information trop rapidement, avec des titres racoleurs. Dans ce contexte, comment expliquer nos pratiques ? L’agriculture est bien plus complexe qu’on ne veut bien le montrer, elle n’est pas binaire. Nous ne pouvons pas changer nos pratiques en un claquement de doigts, nous devons répondre à des normes, à des réalités de marche, de prix et enfin nous ne pouvons pas engager de changements en étant sans cesse critiqués et incompris comme c’est parfois le cas…

 

 

3/ Pensez-vous qu’il y a eu un « effet Covid 19 et confinement » sur l’image des agriculteurs et leur rôle ?

 

Oui, il y a un effet Covid 19. Des professions un peu négligées et pourtant indispensables au bon fonctionnement de notre société ont été remises à l’honneur, comme les services de santé, de police, mais aussi les caissières, les éboueurs… Les agriculteurs ont eux aussi bénéficié de cette prise de conscience du grand public.

Une envie de retour à la proximité s’est fait ressentir dans les ventes directes des producteurs surtout pendant le confinement et encore un peu par la suite. C’est un rappel aux règles de la nature qui remet l’agriculture à sa juste place.

Il faut profiter de cette situation pour prendre en main notre communication et recréer des liens directs, en ouvrant nos fermes, en allant à la rencontre de nos consommateurs pour faire prendre conscience des réalités de nos métiers. C’est ce type d’action que je désire pousser avec l’édition de mon livre, mais aussi par la mise à disposition en février d’un reportage et de fiches techniques pour que chaque défenseur de l’agriculture ait des outils pour communiquer autour de lui dans des écoles, auprès de ses voisins ou dans sa commune.

Ensemble, nous devons remettre l’agriculture et ses pratiques au cœur d’un débat sociétal apaisé, de façon plus constructive qu’actuellement et faire évoluer nos pratiques sans subir des demandes et incohérences “idéologiques”.

 

Propos recueillis par Marie-Laure HUSTACHE 

 

*Informations pratiques :
« Dans les bottes de ceux qui nous nourrissent » de Thierry Bailliet – 270 pages.
Editions France Agricole, 2020
ISBN : 978-2-85557-707-4
Sortie en prévente vendredi 9 octobre 2020, sur www.agriculteurdaujourdhui.com
Prix de vente : 19,90 euros TTC

 

A propos de Thierry Bailliet : 
Thierry Bailliet est polyculteur-éleveur à Loos-en-Gohelle dans les Hauts-de-France, sur une exploitation familiale de 150 hectares en partie en BIO (pommes de terre, betteraves, carottes, blé, pois…) avec sa femme et son fils. Connu sous le nom
de « Thierry agriculteur d’aujourd’hui », il défend depuis 7 ans sur les réseaux sociaux les agricultures sous toutes leurs formes.

YouTube (78 200 abonnés) : Thierry agriculteur d’aujourd’hui
Facebook (24 000 abonnés) : facebook.com/agriculteurdaujourdhui
Twitter (7 300 abonnés) : @agriculteuraujo

**  Thierry Bailliet a rencontré 10 agriculteurs-rices « connectés » ayant des pratiques, productions, techniques différentes et inspirantes, aux quatre coins de la France :
• Emilie et Benjamin – Viticulteurs bio dans l’Hérault, près de Béziers / YouTube : La Vitibio
• Jacques de Cools – Cultivateur en agriculture de conservation des sols en Seine-Maritime
• Pierre Loubens – Cultivateur en semis direct dans le Gers
• Rémi Duméry – Cultivateur dans la Petite-Beauce / Twitter : DumDum
• Etienne Fourmont – Eleveur laitier dans les Pays de la Loire / YouTube Etienne : Agri youtubeurre
• Benoît Faucon – Eleveur laitier dans le nord de la Mayenne
• Gilles Van Kempen – Cultivateur en techniques culturales simplifiées dans le Loiret / YouTube : Gilles VK
• Gaël Blard – Cultivateur bio dans la Drôme / YouTube : Gael Blard agriculteur bio
• Julien Ducat – Producteur de bananes et éleveur de buffles en Guyane
• Théo Joyeux – Futur éleveur dans le Marais poitevin / YouTube : Théo Futur Eleveur.

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