Articles
Temps de lecture : 3 min
07/04/2026
La filière française du foie gras en reconquête
Selon les données présentées par le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG) lors d’une conférence de presse fin mars 2026, la filière française du foie gras confirme un retour progressif à l’équilibre après plusieurs années de crises. Production stabilisée, consommation en reprise et stratégie sanitaire structurante : ces éléments redessinent les perspectives d’une filière emblématique, au croisement des enjeux de souveraineté alimentaire et de vitalité des territoires.
Une production stabilisée après la crise sanitaire
Après les épisodes successifs d’influenza aviaire, la filière affiche des indicateurs de stabilisation. En 2025, la production française de foie gras dépasse les 16 800 tonnes, soit un niveau équivalent au double du point bas atteint en 2022. Elle progresse légèrement par rapport à 2024. Cette évolution intervient dans un contexte sanitaire toujours présent, marqué par la poursuite de la stratégie de vaccination. Selon le CIFOG, « cette stratégie a permis de sécuriser l’offre et de restaurer la fiabilité de la production ».
Une consommation qui repart, portée par l’attachement des Français
Du côté de la demande, les indicateurs sont orientés à la hausse. En 2025, les ventes en magasins progressent sur un an, après une forte reprise en 2024.
Plus largement, l’enquête menée par CSA pour le CIFOG montre que 91% des Français déclarent consommer du foie gras, un chiffre en hausse par rapport à 2024. Le produit reste fortement associé aux moments festifs, mais il tend également à être consommé tout au long de l’année.
Les achats des ménages progressent de +6,9 % en volume en 2025, portés à la fois par une augmentation du nombre d’acheteurs et des quantités achetées. Près de 11 millions de foyers ont ainsi acheté du foie gras sur l’année.
Distribution : un potentiel encore à exploiter
En grande distribution, qui représente 65 % des ventes en valeur, la dynamique reste
globalement positive sur l’ensemble de l’année 2025. La période des fêtes de fin d’année a toutefois été plus contrastée, avec un recul des ventes en volume.
Le CIFOG souligne néanmoins que « la performance du foie gras dépend fortement des conditions de mise en marché ». L’élargissement de l’offre, l’anticipation de la mise en rayon et l’animation commerciale sont identifiés comme des leviers déterminants pour soutenir les ventes.
Restauration : un redémarrage progressif
En restauration hors domicile, la reprise est engagée mais reste incomplète. Les ventes de foie gras ont progressé de +43,2 % par rapport à 2022, point bas de la crise. Malgré cette progression, les niveaux d’avant 2019 ne sont pas encore retrouvés. Le CIFOG indique que « la filière poursuit ses actions pour accompagner les professionnels, notamment via des dispositifs de formation, des événements et des outils numériques dédiés ».
Les attentes des consommateurs restent élevées : 89% des Français souhaitent la présence de foie gras dans les restaurants en période de fêtes, et 66% tout au long de l’année .
Un redressement du commerce extérieur
Sur le plan international, la filière enregistre un excédent commercial de 35,6 millions d’euros en 2025, en hausse de 10 millions d’euros par rapport à 2024. Cette amélioration s’explique notamment par une baisse des importations (-26%), dans un contexte marqué par des épisodes d’influenza aviaire dans d’autres pays producteurs. Les exportations restent en léger recul.
Le CIFOG souligne que « la poursuite de la réouverture des marchés internationaux constitue un enjeu majeur pour consolider cette dynamique. »
Une filière au cœur des territoires
La filière foie gras représente environ 100 000 emplois directs et indirects en France, majoritairement en zones rurales. Elle est particulièrement présente en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Bretagne, Pays de la Loire et Alsace. Au-delà de son poids économique, elle participe également à la valorisation du patrimoine gastronomique français. Le foie gras est reconnu comme patrimoine culturel et gastronomique protégé depuis 2006.
Une stratégie sanitaire encore dépendante du soutien public
La consolidation de la filière repose en partie sur la poursuite de la stratégie de vaccination contre l’influenza aviaire. Le CIFOG souligne que « ce dispositif représente un coût important, notamment pour la surveillance et le suivi vétérinaire ». L’interprofession appelle ainsi à un maintien du soutien de l’État, tant pour le financement des mesures de prévention que pour les compensations liées aux pertes subies lors des épisodes récents.
Entre patrimoine, économie et innovation
Au croisement des enjeux agricoles, économiques et culturels, la filière foie gras illustre les défis contemporains de la souveraineté alimentaire française. Elle conjugue :
- un savoir-faire traditionnel reconnu et protégé
- une forte valeur ajoutée économique
- une capacité d’innovation, notamment sanitaire
- un ancrage territorial fort
Sa trajectoire récente montre qu’une filière peut, malgré des crises majeures, se restructurer et rebondir. Reste désormais à transformer cette phase de stabilisation en véritable relance durable, en France comme à l’international.


