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Temps de lecture : 4 min

11/02/2022

Carbon farming: the devil is in the details

Ce début d’année 2022 est marqué par une forte mobilisation des acteurs politiques et techniques autour de « l’agriculture bas-carbone », ou « Carbon farming ».

La Commission européenne a publié en décembre 2021 une communication[1] sur les cycles du carbone durable (« Sustainable Carbon Cycles ») intégrant à la fois le Carbon farming et la bioéconomie.  Le 31 janvier 2022, la Commission a organisé une conférence en format webinaire autour de cette communication. Elle part du principe que pour atteindre la neutralité carbone en 2050 (principal objectif du Green Deal), il convient d’agir sur 3 leviers : réduire la consommation de carbone fossile, retirer du carbone de l’atmosphère et recycler et réutiliser le carbone dans des cycles de carbone durables (bioéconomie circulaire).

De plus, le Carbon farming est également une des priorités politiques de la Présidence française du Conseil de lUE (PFUE) en ce premier semestre 2022. L’ambition de la France est d’accélérer la mise en place d’un cadre européen pour une certification de la méthodologie permettant de générer des crédits carbone pour attirer la confiance des financeurs sur le marché volontaire. Ce sujet était au cœur du Conseil informel des ministres de l’agriculture de l’UE les 7 et 8 février à Strasbourg, présidé par Julien Denormandie[2].

La volonté politique est bien là, tant du côté des Etats membres que de la Commission européenne. Notre ministre a donc eu raison d’évoquer un « momentum politique » autour du carbone farming, qualifiant les agriculteurs de « soldats du climat ». Pour le Commissaire européen à l’agriculture, également présent à Strasbourg, le carbon farming est « trois fois gagnant » : pour le climat, pour la qualité des sols et pour le revenu des agriculteurs.  Le constat est fait : de nombreuses initiatives existent et il convient à présent d’amplifier le mouvement.

Mais… le diable est, comme toujours, dans les détails

Réconcilier les approches et les intérêts des acteurs risque d’être compliqué, comme l’ont montré la conférence organisée par la Commission européenne le 31 janvier, la journée technique du pôle B4C le 1er février ou encore le colloque de l’Académie d’agriculture de France du 9 février 2022.

Oui, les acteurs se mobilisent, les initiatives fleurissent et c’est heureux, pour tester des démarches et ne pas partir de zéro. Cependant, tous n’optent pas pour la même définition de l’agriculture bas-carbone, n’utilisent pas tous la même méthodologie, et n’ont pas tous le même périmètre d’action.

Oui, il faut résolument encadrer ces démarches pour qu’elles soient crédibles, transparentes, attirent la confiance des investisseurs pour qu’ils soient prêts à acheter des crédits carbone agricoles.

Sur la définition, l’agriculture bas-carbone se définit-elle par une augmentation de la séquestration additionnelle du carbone dans les sols agricoles, ou bien faut-il lui ajouter une réduction des émissions de gaz à effet de serre des exploitations (dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote) pour réaliser un véritable bilan carbone. Le sujet n’est pas tranché. Avec le Label Bas Carbone, le système porté par la France et ses acteurs ont pris la seconde option, mais la Commission, dans sa communication sur les cycles du carbone durable, penche plutôt pour la première. Autre point, l’agriculture bas-carbone doit-elle reconnaître spécifiquement les vertus de l’agriculture de conservation des sols ? Les avis sont partagés.

Sur la méthodologie, le Label Bas Carbone nous est familier en France, mais il existe une vingtaine d’autres standards différents dans le monde (publics ou privés, sur une base de compensation ou de certification des pratiques). Différents modèles sont utilisés pour mesurer la teneur du sol en carbone organique à travers le monde. Sont-ils équivalents ?  Faut-il mesurer ou modéliser les impacts des actions de transition engagées par les agriculteurs ? Avec quels outils de mesure et quels modèles ? En d’autres termes, la certification bas-carbone doit-elle reposer sur une obligation de moyens ou de résultats ? Tous les Etats membres n’auront pas forcément les mêmes moyens de mise en œuvre, suivi et vérification de la « qualité » des crédits carbone générés…  D’autre part, comment s’assurer de la simplicité d’accès à ces systèmes pour les agriculteurs ? Enfin, comment tenir compte de la non-permanence du carbone dans les sols et des co-bénéfices de l’agriculture bas-carbone (biodiversité, qualité de l’eau, fertilité des sols…) ?

Enfin sur le périmètre, le Label Bas Carbone a un périmètre strictement national, validé par le ministère de la transition écologique pour des crédits carbone générés en France. Pour qu’il soit intéressant pour des grands groupes internationaux d’acheter des crédits carbone générés sous LBC, il faudrait étendre son périmètre au-delà des frontières, par exemple en construire une déclinaison européenne avec certains ajustements.

Au final, la question est de construire un modèle crédible, solide, un indicateur de durabilité, qui évite l’écueil du greenwashing, qui inspire la confiance des financeurs, qui génère du revenu pour les agriculteurs, atténue le changement climatique… et participe au financement de la transition agricole.

Des réponses seront apportées à ces questions dans le Conseil agricole européen de mars-avril 2022, où Julien de Normandie promet « l’ancrage du momentum politique » sur le carbon farming, et fin 2022, sous présidence tchèque, avec une proposition de cadre et de certification de la Commission européenne.

 

 

[1] Voir l’analyse Agridées du 9 décembre 2021 : l’agriculture du carbone se construit https://www.agridees.com/analyses/lagriculture-du-carbone-se-construit/

[2] Voir l’article Agridées du 11 février 2022 : agriculture bas-carbone : bientôt une certification européenne ? https://www.agridees.com/articles/agriculture-bas-carbone-bientot-une-certification-europeenne/