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Temps de lecture : 4 min

09/06/2026

Marché des terres agricoles : un rebond en 2025, mais des équilibres toujours fragiles

Après trois années de recul, le marché des terres et prés repart à la hausse en 2025. Les transactions progressent, les surfaces échangées augmentent et les prix poursuivent leur progression. Mais derrière cette reprise, les dynamiques restent contrastées selon les territoires, les productions et les profils d’acquéreurs. Surtout, les questions de transmission des exploitations et d’accès au foncier deviennent centrales pour l’avenir de l’agriculture française.

Un marché des terres qui repart à la hausse

Selon les données publiées par la Fédération nationale des Safer dans l’édition 2025 du Prix des terres, le marché des terres et prés retrouve un niveau proche de celui observé avant la crise sanitaire.

En 2025, les transactions augmentent de 3,2 %, les surfaces échangées de 5,9 % et la valeur globale du marché de 11 %. Les biens loués tirent particulièrement cette dynamique, avec une forte progression du nombre de ventes (+ 7,3 %), des surfaces (+ 12,9 %) et de la valeur (+ 22,6 %). À l’inverse, les biens libres poursuivent leur repli en nombre de transactions et en surface.

Cette reprise reste toutefois très variable selon les régions. Plusieurs départements du centre et du sud de la France enregistrent des hausses, tandis que des baisses persistent sur la façade ouest, dans le Bassin parisien ou dans certaines zones du sud-est.

  • Évolution des marchés – 2020-2025

Des prix qui continuent de progresser

Le prix des terres et prés libres continue d’augmenter pour la quatrième année consécutive. Il atteint désormais 6 460 euros par hectare en moyenne nationale, soit une hausse de 0,9 % en 2025.

Dans les zones de grandes cultures, la progression est plus marquée encore. Les prix dépassent désormais 8 000 euros par hectare, soutenus par le rebond des volumes produits malgré un contexte toujours compliqué sur les marchés céréaliers.

À l’inverse, les territoires de polyculture-élevage et les zones d’élevage bovin connaissent un léger recul des prix. Les difficultés structurelles de certaines filières continuent de peser sur les capacités d’investissement et sur les perspectives de reprise des exploitations.

Le prix des terres louées progresse également, à 5 350 euros par hectare (+ 2,5 %). Le marché locatif reste particulièrement dynamique, notamment parce qu’il constitue souvent une solution plus accessible pour les jeunes agriculteurs souhaitant s’installer.

  • Évolution des transactions sur le marché des terres et prés entre 2024 et 2025

Le renouvellement des générations au cœur des enjeux fonciers

Au-delà des chiffres de marché, le principal sujet reste celui de la transmission des exploitations. D’après les données du recensement agricole rappelées dans l’étude des Safer, la moitié des agriculteurs présents en 2020 seront partis à la retraite d’ici 2030. Pourtant, cette vague de départs ne se traduit pas automatiquement par une explosion des ventes de foncier.

La raison est simple : aujourd’hui, les exploitations se transmettent de plus en plus sous forme d’outils de production complets. Foncier, bâtiments, matériel, cheptel, parts sociales ou baux sont désormais fortement imbriqués.

Dans le même temps, le nombre d’installations continue de diminuer. En 2024, MSA recense 12 661 nouvelles installations, soit une troisième année consécutive de baisse. L’accès au foncier reste l’un des principaux freins. Les besoins de capitaux sont importants et s’ajoutent aux investissements nécessaires pour reprendre les bâtiments, le matériel ou les cheptels.

  • Devenir envisagé dans 3 ans selon la taille économique des exploitations

Des exploitations agricoles de plus en plus grandes et complexes

L’étude met également en évidence une évolution profonde de la structure des exploitations. Le nombre total d’exploitations continue de diminuer, tandis que les grandes structures progressent. Les exploitations de plus de 200 hectares représentent désormais une exploitation sur dix et concentrent près d’un tiers des surfaces agricoles.

Les structures agricoles deviennent également plus complexes. Le développement des formes sociétaires, la présence d’associés non exploitants ou encore l’arrivée de capitaux extérieurs modifient progressivement les modes d’accès au foncier.

Cette évolution se traduit notamment par une forte progression du marché sociétaire. Les surfaces concernées par les transactions sociétaires sont passées de 616 000 hectares en 2019 à plus d’un million d’hectares en 2025. Pour les Safer, cette tendance contribue à expliquer pourquoi les volumes de terres mises en vente restent relativement stables malgré les nombreux départs à la retraite.

Le portage foncier prend de l’ampleur

Face aux difficultés d’installation, les dispositifs de portage foncier se développent.

Les Safer rappellent que le foncier loué représente déjà plus de 60 % de la surface agricole utile en France, avec une proportion encore plus forte chez les jeunes agriculteurs.

De nouveaux outils apparaissent également pour faciliter l’installation. Plusieurs structures privées proposent désormais des solutions d’achat différé ou de portage de long terme afin d’alléger la charge foncière des exploitants.

Le fonds ELAN, soutenu par les Safer, illustre cette évolution. Il permet un portage du foncier pouvant aller jusqu’à trente ans, avec possibilité de rachat progressif par l’exploitant.

Artificialisation : un net ralentissement

Autre enseignement majeur de l’année 2025 : la poursuite du recul de l’artificialisation.

Les surfaces destinées à l’urbanisation ou aux infrastructures continuent de diminuer fortement. Elles atteignent 8 500 hectares en 2025, soit deux fois moins qu’il y a quatre ans.

Ce recul s’inscrit dans le contexte des objectifs de sobriété foncière et du Zéro artificialisation nette (ZAN), mais aussi dans un environnement économique qui freine certains projets immobiliers ou d’infrastructures.

Dans le même temps, les Safer alertent sur le développement du marché des espaces de loisirs, d’agrément et d’anticipation de changement d’usage. Ce marché représente désormais des surfaces supérieures à celles de l’artificialisation. Même si ces transactions concernent souvent de petites parcelles, elles participent progressivement au morcellement et au mitage de l’espace rural.

Un marché agricole sous tension entre transmission et souveraineté

Pour les Safer, l’enjeu des prochaines années dépasse largement la simple question du prix des terres. Le défi porte désormais sur la capacité à accompagner les transmissions, à orienter le foncier vers l’installation plutôt que vers l’agrandissement, et à maintenir des exploitations agricoles viables dans les territoires.

Dans un contexte de renouvellement des générations, de pression économique sur certaines filières et d’évolution rapide des structures agricoles, la question foncière apparaît plus que jamais comme un sujet stratégique pour l’agriculture française.