Articles
Temps de lecture : 3 min
08/07/2026
Prix agricoles et chocs des coûts
Depuis sa création en 2010, l’Observatoire de Formation des Prix et des Marges (OFPM) produit chaque année un rapport transmis au Parlement conformément à sa mission « d’éclairer les acteurs économiques et les pouvoirs publics sur la formation des prix et des marges au cours des transactions au sein de la chaîne de commercialisation des produits alimentaires, qu’il s’agisse des produits de l’agriculture, de la pêche ou de l’aquaculture ». Sensibilisée par les demandes des producteurs agricoles de voir se renforcer leur pouvoir de négociation dans les chaines de commercialisation, la Commission européenne a créé l’Observatoire de la chaîne agroalimentaire (Agri-Food Chain Observatory-AFCO) dont la mission est de surveiller les coûts de production, les marges, et de procéder à des échanges d’information sur les pratiques commerciales.
À l’occasion de ses réunions périodiques, la Direction Générale de l’Agriculture présente une mise à jour de l’évolution des prix des intrants, de leurs indices de prix et de leurs impacts sur les chaînes agroalimentaires jusqu’à l’évolution de l’inflation alimentaire. En mai dernier, cet état documenté mettait l’accent sur les conséquences de la fermeture du Détroit d’Ormuz sur les prix de l’énergie et des engrais. Les données relatives à l’évolution des coûts et des prix démontrent l’existence d’un délai entre un choc de prix des intrants et leurs transmissions tout au long des filières agroalimentaires, comme ce fut le cas en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
C’est à cette question de la transmission des chocs de coûts de production à la chaîne agroalimentaire française que répond un document de travail de l’INSEE publié en juin 2026 (disponible uniquement en anglais). L’analyse réalisée sur la période 2015-2023 conclut que statistiquement les augmentations brutales des coûts agricoles sont répercutés à proportion de 67% sur les prix départ-usine des industriels et de 77% pour les autres acheteurs. En termes de délai de transmission des chocs de prix, l’étude montre que les ajustements de prix interviennent dans un délai de cinq trimestres pour les distributeurs et de trois trimestres pour les autres clients.
Cette étude met en lumière le rôle des industries agroalimentaires comme facteurs de transmission partielle des hausses de prix et documentent les délais d’une transmission incomplète des chocs en amont sur les prix à la consommation. Ces observations confirment les effets des conditions de concurrence imparfaite tout au long des filières agroalimentaires et les inégalités de pouvoir de négociation entre agriculteurs, industriels et distributeurs. L’OFPM en France, l’AFCO au niveau européen s’attachent à la granularité par filière des analyses de transmission des coûts, des prix et de la formation des marges. S’appuyant sur ces travaux, les pouvoirs publics, soucieux d’établir des conditions plus équitables de négociation, ont sanctuarisé en France la part du prix correspondant au coût des matières premières agricoles dans les négociations de prix en aval au titre d’Egalim, tandis que Bruxelles a renforcé le pouvoir de négociation des agriculteurs en dérogeant aux règles de la concurrence au bénéfice des Organisations de Producteurs.
Il est légitime de s’interroger sur les effets limités de ces dispositions dès lors que l’ensemble des transactions entre maillons des filières agroalimentaires s’inscrivent dans le cadre d’une économie de marché libéral. Les chocs récents de prix de l’énergie ou des engrais devraient se transmettre avec plus ou moins de retard aux industriels et aux distributeurs, avec un effet différé sur l’inflation alimentaire et une compression des marges des producteurs et des transformateurs selon leurs pouvoirs respectifs de négociation.