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Temps de lecture : 3 min

18/11/2022

Quand l’innovation s’inspire du Vivant

Les 25 et 26 octobre 2022 avait lieu la 7ème édition du Biomimexpo à Paris.
Ce Salon est consacré depuis 2011 au biomimétisme. Ou l’art de s’inspirer du vivant pour innover.  La France fait partie des pays pionniers sur ces sujets, notamment sous l’impulsion du Ceebios (le centre d’études et d’expertises dédié au déploiement du biomimétisme en France).

Le terme biomimétisme reste encore très diversement défini. Pour reprendre des éléments de définition d’Emmanuel Delannoy, l’un des experts les plus reconnus en France, le biomimétisme désigne une approche philosophique et conceptuelle, interdisciplinaire, qui vise à l’écoconception de produits, de procédés et de systèmes, sobres en énergies et en ressources, reposant sur les principes du vivant et s’insérant dans les limites planétaires. En termes d’organisations, la nature appelle aussi à des logiques de symbiose et de coopération, notamment dans des environnements adverses. Le concept de biomimétisme porte à la fois des valeurs de science, d’innovation et d’éthique. Il apparait comme une voie à explorer pour développer des activités économiques visant à réduire ses impacts négatifs voire dans l’idéal devenir réparatrice des écosystèmes naturels. Le biomimétisme ne doit pas être perçu comme une solution à tout mais juste comme un moyen pour bâtir un nouveau modèle. Cette vision intègre notamment que les technologies ne sont qu’une partie des solutions de réponse à tous nos besoins, qui eux-mêmes doivent aussi être reconsidérés.

Le Salon Biomimexpo est l’occasion de faire une revue des connaissances actuelles et des projets en cours dans l’ensemble des secteurs économiques. Les exemples les plus emblématiques de la bio inspiration sont par exemple le velcro inspiré par la graine de la bardane, l’effet lotus pour concevoir des surfaces autonettoyantes, le système de détection des obstacles des chauves-souris (radar), la dureté des mollusques pour fabriquer des matériaux résistants, les écailles de poisson pour les gilets pare-balles, la bioluminescence, les mécanismes d’accroche sur les surfaces des pattes des insectes…).

En agriculture, l’apport de la biodiversité et des services écosystémiques à la production de biomasse n’est plus à démontrer (régulation, production…). Plus largement, la vocation de l’agriculture régénératrice est de prendre soin de la biodiversité pour pouvoir l’exploiter dans la durée. En termes de techniques bio inspirées, nous pouvons par exemple citer les systèmes de pièges à phéromones pour empêcher la reproduction des insectes bioagresseurs avec l’objectif de réduire l’usage de pesticides (biocontrôle) ou encore l’usage de plantes pour dépolluer les sols (photoremédiation). Certains systèmes agroforestiers ou de permaculture sont aussi inspirés de la nature (mélanges de plusieurs cultures dans un même espace). C’est également tout le sens des recherches actuelles sur les interactions entre les plantes et leur microbiote ou encore sur la microbiologie du sol (interactions entre les bactéries, les champignons, les insectes et les racines des plantes), porteuses d’espoirs sur l’amélioration de la résilience des systèmes agricoles en réduisant au maximum l’usage des produits de synthèse. En optimisant ces associations, les plantes peuvent gagner en autonomie. Enfin, du côté des filières animales, il se développe des systèmes acoustiques qui reproduisent les sons naturels des animaux soit pour les faire fuir (la SNCF travaille sur l’usage de sons animaliers pour faire le gibier jute avant le passage d’un train) soit pour les attirer, et pouvant être sources de bien-être animal (dans les élevages par exemple). Les applications du biomimétisme sont aussi nombreuses dans les secteurs de la santé, de la cosmétique, du bâtiment ou encore des transports.

L’attrait du biomimétisme se voit également sur le plan financier. Selon Newscorp Conseil, créateur du collectif Biomim’Invest, ce secteur a réussi à lever plus de 500 millions d’euros en 2022 grâce notamment à BPI France, quelques fonds régionaux spécialisés et des banques leaders comme BNP Paribas et Crédit Mutuel. Parmi les exemples de produits innovants en développement : colle chirurgicale inspirée des mollusques, hémoglobine universelle inspirée du ver marin, hydrolienne productrice d’énergie inspirée de l’ondulation marine, ingrédients bioactifs inspirés des microalgues…).

La biodiversité planétaire reste encore globalement méconnue, notamment dans sa dimension interconnectée. Et chaque espèce ou écosystème qui disparait est une source d’inspiration et de solutions en moins pour le futur. Dans un contexte où l’on parle de plus en plus d’économie régénératrice, s’appuyer sur les processus de développement et de survie déployés par les plantes et les animaux est un enjeu d’avenir. Le Système-Terre, avec l’ensemble de la biodiversité qui le constitue, résultant de plus de 3,8 milliards d’années d’évolution de la vie, développe en permanence des modes d’adaptation et de collaboration entre les espèces qui peuvent servir de modèles à la lutte contre le réchauffement climatique, le développement de l’économie circulaire ou trouver de nouvelles ressources et matières renouvelables. En somme, cela doit nous amener à concevoir la Nature comme une source de solutions et non une contrainte.