25/03/20

Diane Doré

Secrétaire Générale, Chambre syndicale française de la levure

La CSFL est un syndicat professionnel qui représente les producteurs de levure en France. Elle est également membre du syndicat européen COFALEC (Confédération des Fabricants de Levure de l’Union européenne).

Le secteur de la levure est un secteur peu connu en France, alors que la France est leader mondial et compte 10 sites dédiés à la levure et dérivés de levure qui emploient plus de 2.500 salariés. Le métier des producteurs de levures est de valoriser une matière première riche et naturelle essentielle pour les Français et l’économie de la France : la levure.

 

 

1/ Pouvez-vous nous préciser ce que sont les levures ?

Les levures sont de véritables trésors aux innombrables bienfaits ! Champignons unicellulaires de la souche « saccharomyces cerevisiae », ils sont naturels et essentiels à la fermentation comme Pasteur a pu le révéler dès 1850.

 

La levure est un ingrédient essentiel dans la fabrication du pain, du vin ou de la bière, produits qui font la renommée de la France au niveau international, mais ses champs d’application sont bien plus larges. Riches de leurs vertus nutritionnelles et santé, les levures sont présentes partout dans notre alimentation, dans les compléments alimentaires, en tant que probiotiques dans l’alimentation humaine et animale et dans la protection des plantes.  Elles sont aussi un maillon important du secteur de la santé : certains dérivés sont des ingrédients indispensables dans la composition de certains produits de diagnostic et pharmaceutiques.

 

 

2/ Comment cette industrie contribue à la transition vers une chaîne alimentaire saine et durable ?  

Au-delà des applications alimentaires, l’industrie de la levure est un secteur porteur de nombreuses solutions d’avenir. Dans un contexte de réchauffement climatique et à l’heure où la Commission européenne veut faire du “Green Deal” sa priorité, les producteurs de levure apportent des solutions naturelles pour répondre aux enjeux de la transition agricole et de la durabilité de la chaîne alimentaire, notamment celui de la « Farm to Fork Strategy ».

 

Utilisées comme probiotiques en nutrition animale, les levures permettent de réduire considérablement l’usage des antibiotiques dans les élevages en renforçant les défenses immunitaires des animaux.

 

Sans danger pour l’homme et l’environnement, les levures sont également utilisées comme bio-fongicides naturels. Elles protègent les plantes en favorisant l’utilisation de mécanismes et d’interactions naturelles et contribuent ainsi à réduire l’utilisation de fongicides chimiques.

 

Enfin, les levures sont capables de transformer les parties non comestibles des plantes en biocarburant. Sous l’action des enzymes et des levures, les fibres végétales (cellulose, hémicellulose, lignine) peuvent être transformées en bioéthanol, un carburant renouvelable à base de carbone non fossile.

 

Ce secteur constitue donc un catalogue incroyable de solutions innovantes pour la transition écologique de la chaîne alimentaire.

 

 

3/ La production de levure, c’est partir de la biomasse pour développer du vivant, nous sommes donc en plein dans le champ de l’économie circulaire ?

Nos membres sont des levuriers, c’est à dire des éleveurs de levures.

 

A partir d’une toute petite quantité de levure d’une souche sélectionnée, la levure se multiplie très rapidement dans un substrat riche en eau, sucre et autres nutriments et micronutriments.

 

Les betteraves sucrières fournissent la source de sucres (sirop de sucre et mélasses). A l’issue du processus de multiplication, les levures sont récoltées et conditionnées pour être vendues. Elles restent vivantes durant tout le cycle de production.

 

De plus, les coproduits issus de ce process de production contiennent des nutriments précieux qui sont transformés et valorisés en aliments pour bétail et en biofertilisants.

 

A partir d’une matière première issue du végétal : les sirops de sucre et la mélasse, nous produisons donc des levures vivantes aux multiples pouvoirs et applications ainsi que des fertilisants et aliments pour animaux.

 

Notre secteur constitue donc une illustration parfaite des bienfaits d’une économie circulaire !

 

 

Propos recueillis par Yves Le Morvan

@SAFThinkTank

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