agridées

Site non disponible sur ce navigateur

Afin de bénéficier d'une expérience optimale nous vous invitons à consulter le site sur Chrome, Edge, Safari ou Mozilla Firefox.

Retour à la liste des contenus

3 questions à

Temps de lecture : 5 min

19/02/2021

Barbara MAUVILAIN

FEDERATION FRANCAISE DES BANQUES ALIMENTAIRES, Responsable du Service des relations institutionnelles

1/ Le Réseau des Banques Alimentaires est encore mal connu, dans son rôle et sa dimension. Peut-on rappeler son action essentielle ?

Les 79 Banques Alimentaires constituent le premier réseau national d’aide alimentaire en France, avec un maillage au plus près des territoires, en soutenant 2 millions de personnes par an, soit une personne sur deux recevant de l’aide alimentaire. 230 millions de repas sont distribués chaque année par les 5400 associations et Centres Communaux d’Action Sociale partenaires. Ce réseau de plateformes logistiques alimentaires et solidaires se situe à l’interface des filières agricoles et alimentaires et d’un tissu associatif particulièrement actif. Les « BA » sont regroupées au sein de la Fédération Française des Banques Alimentaires (FFBA).

Créées en 1984 sur le modèles des Food Banks américaines, le projet associe à la fois lutte contre le gaspillage et contre la précarité alimentaire. Les Banques Alimentaires ont été créées par et pour des associations, car collecter, stocker et distribuer des produits alimentaires nécessite des compétences, une logistique et des règles de sécurité exigeantes.

Chaque jour, les bénévoles collectent, trient et organisent le stockage de denrées alimentaires non commercialisables mais consommables : surplus du secteur agricole et agroalimentaire, de la distribution, de la restauration collective, collectes du grand public. Ces 76 000 tonnes de dons gratuits sauvés du gaspillage représentent 66% des produits distribués par les Banques Alimentaires, soit l’équivalent de 304 000 tonnes de CO² évitées. Des produits financés par le Fonds Européen d’Aide au plus Démunis et par l’État (Crédit National des Epiceries Sociales) complètent ce dispositif.

La deuxième mission assurée par les Banques Alimentaires est de créer du lien social par l’alimentation. Cela en soutenant le développement des associations partenaires, dont les 800 épiceries sociales et solidaires, en accompagnant les salariés et bénévoles des associations (formations dont le volet hygiène et sécurité), et en portant des projets comme des ateliers cuisine, des ateliers de transformation, la prévention santé, etc.

Il faut savoir que ce réseau fonctionne grâce à l’engagement et au professionnalisme de 6 880 bénévoles, 130 000 lors de la collecte nationale, accompagnés de 527 salariés. Les Banques Alimentaires font parties des 4 réseaux habilités par l’Etat pour gérer l’aide alimentaire avec Restau du Cœur, La Croix Rouge et Le Secours Populaire.

2/ La crise du COVID bouleverse-t-elle l’action des Banques Alimentaires ? Et que penser des initiatives actuelles pour faciliter l’accès à l’alimentation des plus fragiles ?

Depuis le début de la crise, les Banques Alimentaires font face à une augmentation du recours à l’aide alimentaire de l’ordre de 20%, avec la précarisation de l’emploi et l’arrivée de nouvelles populations fragilisées, comme les étudiants. A noter que depuis le premier confinement, les Banques Alimentaires n’ont jamais fermé et font preuve d’une remarquable capacité d’adaptation :

  • Etudiants, travailleurs en activité partielle, réserve civique, ce sont plus de 1500 bénévoles qui ont rejoint les équipes, pour prendre la relève des plus âgés, plus de 60% de l’effectif étant âgé de plus de 65 ans avant la crise.
  • Réorganisation des modèles de redistribution des denrées collectées, avec la préparation de colis et 200 nouveaux partenaires associatifs (CROUS, hébergements d’urgence, squats…).
  • Achats de denrées grâce à des subventions exceptionnelles pour reconstituer les stocks durement impactés, avec une baisse de 22% des stocks par rapport à 2019. Une nouveauté importante alors que notre projet associatif est basé sur le don.

Cette période est aussi marquée par un véritable élan de générosité, notamment des entreprises alimentaires grâce au partenariat actif entre la FFBA et l’ANIA et aux Français fidèles au rendez-vous de la Collecte Nationale qui a pu avoir lieu comme chaque année fin novembre, malgré la crise.

Dans ce contexte, les Banques Alimentaires soutiennent la nécessité d’engager une nouvelle étape dans la lutte contre le gaspillage alimentaire comme le propose Guillaume GAROT dans sa proposition de loi. Nous sommes notamment très attentifs aux propositions relatives au contrôle de qualité des dons, ceux en provenance de la distribution posant parfois question.

Enfin les Banques Alimentaires sont force de propositions dans le cadre d’un projet de chèque alimentaire qui reste à préciser. Tout dispositif doit s’inscrire dans une démarche d’accompagnement des personnes vulnérables. D’où la vigilance sur la monétisation et la digitalisation d’une aide aujourd’hui basée sur l’engagement et le savoir-faire de milliers de bénévoles. Nous proposons donc d’expérimenter un chèque pour les étudiants ou retraités précaires, et de confier une partie des chèques alimentaires aux grands réseaux habilités pour l’achat de produits agricoles français et locaux, comme cela été fait dans plusieurs régions ces derniers mois.

3/ Les filières agricoles ont toujours exprimé leur solidarité, y compris par l’engagement des jeunes. C’est toujours le cas ?

Bien sûr. Par exemple de multiples acteurs, dont agridées, s’unissent dans l’opération « Les Agriculteurs ont du cœur » qui constitue un formidable élan de solidarité du monde agricole afin de mobiliser des ressources alimentaires pour les Banques Alimentaires. La nuit de l’IHEDREA du 4 mars sera l’occasion de mettre en lumière l’ensemble des initiatives engagées.

A l’origine du projet, il y a le partenariat entre l’école d’agro-management IHEDREA et le réseau des Banques Alimentaires pour proposer un stage solidaire à une quarantaine d’étudiants. Ceux-ci se sont en effet retrouvés sans stage du fait de l’annulation du Salon de l’Agriculture. Il nous a paru important de répondre à leur sollicitation car si beaucoup de jeunes sont touchés par la crise, beaucoup d’entre eux se sont engagés dans notre réseau ces derniers mois en tant que bénévoles ou dans le cadre d’épiceries sociales étudiantes. Ces étudiants mettent toute leur énergie pendant leur stage pour recenser les ressources disponibles à l’échelle de leur département puis organiser la collecte pour les Banques Alimentaires en ciblant principalement les produits frais qui manquent particulièrement.

L’opération « Les Agriculteurs ont du cœur » va dans le sens de la volonté des Banques Alimentaires de resserrer les liens avec les agriculteurs. Nous achetons de plus en plus directement aux agriculteurs locaux : la Banque Alimentaire de Bayonne a par exemple acheté 15 tonnes de fruits et légumes aux producteurs bio des Landes.

Apporter une alimentation équilibrée, diversifiée et de qualité aux familles les plus modestes, et accroitre pour ce faire les débouchés des agriculteurs locaux, font partie des principes constitutifs du projet associatif des Banques Alimentaires.