3 questions à
Temps de lecture : 4 min
26/03/2026
Thomas Binet, directeur et fondateur de Vertigo Lab
Face aux enjeux de transition écologique et aux arbitrages économiques qu’ils impliquent, élus et acteurs des filières agricoles doivent repenser leurs choix stratégiques. Vertigo Lab les accompagne grâce à des analyses d’impact et des outils d’évaluation dédiés. Nous vous proposons de découvrir leur approche, structurée autour d’un fil conducteur : décrypter, révéler, basculer.
1/ Quelle est l’approche de Vertigo Lab et en quoi consiste le fait de « traduire les réalités écologiques en réalités économiques » ?
Vertigo Lab est un bureau d’études et de recherche spécialisé dans la mesure d’impact autour de 3 champs d’expertise : agriculture et alimentation, biodiversité et climat, économie territoriale. L’un de ses objectifs est de rendre visibles dans l’analyse économique des dimensions souvent ignorées : biodiversité, qualité des sols, résilience des systèmes alimentaires ou dépendance des territoires aux importations. Pour cela, nous développons des outils d’analyse combinant modélisation des flux alimentaires et économiques, analyses économiques et environnementales. Ces méthodes contribuent à évaluer la contribution réelle d’une filière agricole à l’économie d’un territoire, mesurer les effets économiques de pratiques agroécologiques ou encore analyser l’impact de politiques publiques alimentaires. L’enjeu est de donner aux décideurs publics et privés des bases quantitatives pour arbitrer entre différents scénarios de transition agricole et alimentaire.
Nous réalisons des études pour le compte d’institutionnels (ex : MAASA, FranceAgriMer) et des collectivités qui sollicitent notre regard d’experts sur des sujets clés (paiements pour services environnementaux (PSE), eau, diagnostic de résilience alimentaire, etc.). Sur le sujet des PSE par exemple, nous accompagnons les acteurs de leur conception à leur déploiement, que ce soit dans le cadre de guides pratiques pour le Ministère de l’Agriculture, de démarches plus opérationnelles comme le dispositif multi-acteurs porté par le collectif AgriParisSeine ou encore dans le cadre d’études portant sur les conditions de réussite et les impacts des PSE (appliqués à l’eau notamment) réalisés pour le compte de WWF. Nous accompagnons les entreprises dans leur stratégie de durabilité, ou encore les interprofessions et coopératives agricoles sur leur politique d’ancrage territorial ou bien leurs stratégies de transition agroécologique.
2/ Comment les outils de mesure d’impact renouvellent-ils l’analyse du rôle de l’agriculture dans les territoires ?
L’agriculture est souvent évaluée uniquement à travers sa production, alors qu’elle structure en réalité des systèmes économiques territoriaux beaucoup plus larges, dont des pans entiers de l’économie locale dépendent. Nous avons récemment travaillé sur les abattoirs, dont le rôle essentiel et les interdépendances pour les territoires a clairement été mis en lumière. Nos outils de mesure rendent visibles des effets souvent diffus ou invisibles : emplois indirects, dynamisation du tissu économique local, maintien d’activités annexes, effets d’entraînement sur d’autres secteurs. Cette capacité à révéler les liens invisibles nous semble essentielle pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre et agir.
Les outils que nous mobilisons contribuent à éclairer certains sujets emblématiques : la relocalisation de l’alimentation, par exemple, n’est pas seulement un enjeu de consommation, mais peut s’inscrire dans un véritable projet économique et territorial. Ils mettent ainsi en évidence que, derrière une politique d’achats, se jouent des transformations profondes : structuration des filières, sécurisation des débouchés agricoles, création de valeur locale et renforcement de la résilience des territoires.
3/ Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour concilier transition écologique, création de valeur et ancrage territorial des filières agricoles ?
Le principal défi est de transformer les modèles économiques des filières pour qu’ils intègrent les contraintes écologiques tout en restant viables pour les producteurs et les territoires. Cette « double transition » implique souvent de repenser l’organisation des chaînes de valeur : diversification des productions, transition agroécologique, relocalisation d’une partie de la transformation alimentaire ou renforcement des filières territoriales. Nous travaillons pour cela à l’identification de nouveaux outils économiques ou financiers pour soutenir ces transitions . Nous sommes également convaincus que les acteurs financiers doivent intervenir au plus près des chaînes de valeur, en soutenant les acteurs de la transformation afin qu’ils puissent appuyer cette double transition. En ce sens, nous avons travaillé sur un beau projet qui verra le jour très prochainement.