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Temps de lecture : 4 min

05/03/2026

Faire face aux risques de sécheresse avec les pratiques de l’agriculture durable et l’irrigation

En janvier 2026, un rapport de l’Organisation des Nations Unies introduisait la notion de « faillite hydrique », ce qui a fait les gros titres dans les media internationaux. L’agriculture prélevant 70 % de l’eau douce disponible, au niveau mondial, elle est la première concernée par ce constat alarmant. A l’heure où le changement climatique se manifeste par de plus en plus d’événements extrêmes, dont les sécheresses, et où la sécurité alimentaire est devenue un enjeu de chaque région du monde, il est devenu essentiel de faire le point sur l’état des connaissances et sur les liens entre climat, sécheresse et sécurité alimentaire, au niveau mondial.

C’est ce que propose une étude conséquente de l’OCDE parue en 2025. Au niveau national, l’INRAE a récemment mis en avant un certain nombre de solutions pour que la production agricole soit plus vertueuse, durable et résiliente face au risque de sécheresse.

 

L’intensification des sécheresses fragilise la sécurité alimentaire mondiale

 

Les travaux récents de l’OCDE[1] soulignent que la sécurité alimentaire mondiale dépendra de la capacité des systèmes alimentaires à résister aux chocs climatiques, en particulier aux sécheresses[2], et à opérer une transition structurelle vers une agriculture plus durable.

Le risque de sécheresse s’accélère. En effet, au niveau mondial, les surfaces impactées par la sécheresse ont doublé entre 1900 et 2020 et la fréquence et l’intensité de ces phénomènes ont augmenté sur 40 % des surfaces du globe entre 2000 et 2020.

Le changement climatique est le principal facteur d’accélération du risque de sécheresse. En effet, l’augmentation des températures accroît l’évaporation et la variabilité des régimes de précipitations annuels et saisonniers. Elle réduit également la couverture neigeuse et les réserves glaciaires. Dans un scénario d’augmentation des températures à 4°C, les sécheresses pourraient devenir sept fois plus fréquentes et intenses d’ici 2100.

L’accélération des sécheresses est également due à certaines activités humaines qui dégradent les écosystèmes, surexploitent la ressource en eau, artificialisent les sols ainsi que les pratiques agricoles non durables.

Les impacts sont systémiques tant sur la disponibilité en eau douce (en baisse sur 37 % des surfaces du globe depuis 1980) que sur la santé des écosystèmes (progression de la pollution des fleuves, successions de sécheresses et inondations).

Au niveau mondial, le secteur agricole est le plus affecté par les sécheresses, avec des pertes de rendement allant de 5 à 22 % les années les plus sèches. Toutes les espèces sont concernées. Dans les régions bien équipées en systèmes d’irrigation, les effets négatifs des sécheresses sont beaucoup plus faibles.

 

Quels leviers pour une agriculture plus résiliente face aux risques de sécheresse en France et dans le monde ?

 

Au niveau mondial, les recommandations de l’OCDE sont les suivantes :

  • Massifier les pratiques de l’agriculture durable pour améliorer la santé des sols, la rétention de l’eau et les rendements : par exemple, améliorer l’efficacité des systèmes d’irrigation pour réduire la consommation mondiale d’eau (jusqu’à 76 % selon les estimations), cultiver des plantes tolérantes à la sécheresse, utiliser des outils d’assurance-récolte ;
  • Mettre en place une politique efficace de gestion de l’eau, qui vise à la fois à réduire la demande et augmenter les disponibilités : prix de l’eau, efficacité du réseau, réutilisation, sensibilisation, intégration du changement climatique dans la planification à long terme ;
  • Investir dans la protection et la restauration des écosystèmes pour maintenir l’humidité des sols et recharger les nappes, par exemple avec la reforestation et la restauration des zones humiques.

En France, ces recommandations résonnent particulièrement avec le positionnement sur la gestion de la ressource en eau de l’INRAE, présente au Salon international de l’agriculture à Paris le 24 février 2026, dans la conférence « Eau et agriculture face au climat : innover aujourd’hui pour s’adapter demain ».

En effet, pour l’INRAE, il est nécessaire de changer de modèle agricole pour préserver la biodiversité, le cycle hydrologique et la santé des sols. Les pratiques de l’agroécologie (paillage des sols, apports en matières organiques, travail du sol limité, diversification des cultures, agroforesterie et mise en place de haies, restauration de zones humides) et la sélection variétale de cultures moins gourmandes en eau sont les leviers de ce changement de modèle agricole. L’INRAE conduit différents programmes de recherche (BAG’AGES, Bagghera) en ce sens avec de multiples partenaires, et en particulier des agriculteurs, dans le bassin Adour-Garonne.

D’autre part, les chercheurs de l’INRAE cherchent à mesurer les impacts des systèmes d’irrigation efficaces, c’est-à-dire économes en eau, tels que le goutte-à-goutte. La plateforme expérimentale PReSTI à Montpellier vise ainsi à optimiser les performances technologiques et agroenvironnementales de l’irrigation tout au long du cheminement de l’eau, depuis la prise d’eau jusqu’à son arrivée à la plante. Les chercheurs ont ainsi pu estimer que le passage de l’aspersion au goutte-à-goutte permet des économies d’eau de 10 à 30 % pour les grandes cultures, 20 à 35 % pour l’arboriculture et pour le maraîchage de plein champ.

L’articulation entre l’agroécologie et l’irrigation efficace est travaillée dans le projet de recherche de l’INRAE TAI OC, en région Occitanie. Ces deux leviers, pourtant clairement identifiés comme solutions d’adaptation au changement climatique, sont encore rarement liés dans la littérature.

L’irrigation serait-elle un levier de transition vers l’agroécologie pour une agriculture plus résiliente face au climat ?

 


[1] OCDE (2025), Perspectives mondiales des sécheresses : Évolution, impacts et politiques d’adaptation, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e69575eb-fr.

[2] Selon le GIEC, « les sécheresses sont des périodes caractérisées par un important déficit hydrique affectant des sources et des réservoirs d’eau, généralement marquées par des conditions météorologiques anormalement sèches. Ces périodes sont principalement provoquées par de faibles précipitations et peuvent être aggravées par des températures élevées ou des vents forts, qui accélèrent l’évaporation de l’eau, ainsi que par les activités humaines ». D’autre part, toujours selon le GIEC, « la sécheresse doit être distinguée de la rareté de l’eau, de l’aridité et de la désertification, bien que ces phénomènes soient liés. La sécheresse se caractérise par des niveaux d’eau ou de précipitations inférieurs à la moyenne, tandis que la rareté de l’eau renvoie à un déséquilibre entre l’offre et la demande d’eau ».