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05/03/2026
Au défi de la compétitivité européenne
A la veille du séminaire des chefs d’État de l’Union européenne qui s’est tenu le 12 février dans le château médiéval belge d’Alden Bielsen, nombreuses ont été les voix pour appeler les dirigeants européens à prendre dans l’urgence des mesures pour restaurer la compétitivité des entreprises européennes.
Ce fut le sens de l’appel lancé à Anvers le 11 février par la « Communauté de la déclaration d’Anvers » qui réunit 1300 compagnies, associations et syndicats à l’occasion du Sommet industriel européen. Y ont participé notamment la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, les commissaires Teresa Ribera, Stéphane Séjourné, Wopke Hoekstra, ainsi que le Chancelier allemand Friedrich Merz et le Président français Emmanuel Macron. Lors de cet événement le Président du CEFIC (Conseil européen de l’industrie chimique), PDG de BASF, a déclaré que l’Europe perd actuellement sa capacité industrielle à un rythme inconnu jusqu’à présent, que cela affecte tous les secteurs, qui demandent que soient réunies les conditions favorables de compétitivité permettant d’assurer la transition vers des économies à énergies propres.
Au même moment, pas moins de 42 organisations européennes des secteurs agricoles et agroalimentaires ont demandé dans une déclaration commune que les dirigeants européens entendent leur voix et passent à l’action par des politiques et investissements nécessaires pour assurer l’avenir, la résilience et la compétitivité de l’ensemble du secteur.
Comment ces appels ont-ils été entendus ?
Sans doute sous la pression des nombreuses parties prenantes, d’un contexte géopolitique tendu, de la concurrence chinoise et nord-américaine, les messages des rapports Letta et Draghi de 2024 semblent avoir été entendus, leurs auteurs ayant d’ailleurs été invité à se joindre aux dix-neuf chefs d’états présents le 12 février dernier.
Des recommandations de l’ancien premier ministre italien Enrico Letta a été retenu l’idée de passer du « marché unique » (The single market) à « un seul marché » (One market). Ce plus d’Europe vise à revivifier les échanges intra-communautaires qu’un constat du FMI considère confrontés à des barrières internes équivalentes à des tarifs douaniers de 44 % ad-valorem pour les biens et 110 % pour les services. Parmi les solutions pour parvenir à un marché réellement unifié ont été évoquées les simplifications des législations européennes et l’harmonisation des législations nationales. A titre d’exemple, la Commission souhaiterait mettre en œuvre un 28ème régime, à côté des 27 existants, permettant la création d’entreprise en 48 heures.
Relever le défi de la compétitivité exige une politique massive d’investissement dans les secteurs innovants comme le recommandait le rapport Draghi de septembre 2024 à hauteur de 800 milliards d’euros. Cet objectif a même été rehaussé à 1200 milliards par la Banque Centrale Européenne pour prendre en compte les ambitions en matière de défense. Pour accélérer la mobilisation de l’épargne privée, une réforme des structures financière est à l’ordre du jour avec la transformation de « l’Union des marchés de capitaux » lancée en 2014 par le Président Junker en « Union de l’épargne et des investissements » pour s’affranchir des obstacles actuels en matière d’infrastructures financières.
Comme l’a déclaré le Président du Conseil Antonio Costa, à l’issue du sommet informel, la transition énergétique demeure la meilleure stratégie à long terme pour parvenir à une autonomie stratégique et des prix bas de l’électricité, de même qu’il s’agit de protéger les industries stratégiques et de réduire les dépendances dans certains secteurs.
De cette réunion, on retiendra surtout la mise en avant du « made in Europe » comme un signal lancé aux consommateurs pour encourager la préférence communautaire, et l’ouverture du débat sur une Europe à deux vitesses : faute de recueillir l’unanimité sur certaines avancées des coalitions de pays pourraient se constituer pour aller de l’avant. Cette remarque de la Présidente de la Commission à propos de la réforme financière préfigure-t-elle également une révision institutionnelle élargissant les domaines de décision à la majorité qualifiée ou la multiplication de cercles de pays liés par des engagements particuliers comme c’est par exemple le cas pour la zone euro.
Le Conseil européen qui se réunira le 15 mars prochain devrait statuer sur tous les sujets évoqués précédemment, et l’on verra si les urgences en matière de compétitivité auront déterminé le passage à l’action. Ces urgences sont d’autant plus aiguës dans les secteurs agricoles et agroalimentaire qu’ils sont exposés à des concurrences