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Temps de lecture : 4 min

09/03/2026

Plan d’action ministériel pour les Femmes en Agriculture : un changement de paradigme ?

L’annonce du « Plan d’action pour favoriser la place des femmes en agriculture » annoncé par Annie Gennevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, lors du Salon international de l’agriculture, marque un tournant dans la politique agricole française. Avec six axes, 41 mesures et l’engagement conjoint de deux ministères, le gouvernement reconnaît que l’avenir du secteur agricole dépend aussi de la capacité à attirer, soutenir et fidéliser les talents féminins.

Pour qui a suivi les travaux menés ces deux dernières années par Agridées et Vox Demeter, ce Plan résonne de manière particulière : plusieurs enjeux et propositions mis en lumière dans notre Note « Entrepreneuriat féminin en agriculture : libérer les potentiels ! »  trouvent désormais une traduction institutionnelle. Cette convergence n’a rien d’un hasard : elle témoigne du chemin parcouru par les agricultrices elles-mêmes, par les réseaux professionnels, et par la réflexion collective qui a fait émerger dans le débat public l’enjeu central du renouvellement agricole au féminin. Elle représente également le résultat du trait d’union opéré par Naida Driff-Lamia (haut fonctionnaire à l’égalité des droits au sein du Ministère) entre le groupe de travail Agridées-Vox Demeter à l’origine de la Note et le groupe de travail ministériel à l’origine du plan.

 

Visibilité, modèles et récit agricole : un alignement inédit

Le premier axe du Plan vise à rendre les femmes visibles, à montrer et valoriser leurs parcours, leurs compétences, leurs productions. C’est exactement une des pierres angulaires de notre Note, qui soulignait combien l’absence de rôles modèles pénalise les vocations, limite l’audace, ou entretient le sentiment de ne pas « être légitime ».

Le Ministère reprend ici un diagnostic très proche de celui que nous défendions :

  • La communication institutionnelle doit refléter la diversité réelle des métiers et des profils ;
  • La mise en lumière de cheffes d’entreprise agricoles est un levier d’attractivité ;
  • La société a besoin de voir les femmes là où elles sont déjà, mais où on ne les voit pas encore.

Le lancement de portraits mensuels, la création d’un logo « Femmes Agri », ou l’ambassadrice annuelle du prix « Femmes – Agriculture -Territoires » (prix coorganisé par l’École Supérieure d’Agriculture d’Angers et par les associations Vox Demeter et Back to earth) sont autant de réponses concrètes à cette nécessité de transformation culturelle. Ce ne sont plus des signaux faibles : ce sont des signaux politiques.

 

L’enseignement agricole au cœur du changement

L’axe 2 du Plan place l’école au centre du dispositif : formation des encadrants à la lutte contre les stéréotypes, mentorat 1 agricultrice / 1 élève, accompagnement renforcé pour les stages, intégration de modules sur l’entrepreneuriat féminin.

Ici encore, la convergence avec notre Note est palpable :

  • Nous appelions à des modules obligatoires intégrant leadership, management, gouvernance, droits, organisation du travail, afin de favoriser une culture entrepreneuriale ;
  • Nous insistions sur la nécessité de préparer les jeunes filles à des métiers encore fortement marqués par une culture masculine et de développer la lutte contre les stéréotypes ;
  • Nous soulignions le rôle clé de l’école dans la lutte contre l’autocensure et dans la diffusion d’un récit renouvelé du métier.

La réponse ministérielle reprend ces fondements : accompagner les nouvelles générations du monde agricole, c’est former non seulement à des compétences techniques, mais à une culture de l’entrepreneuriat et de l’égalité.

 

Maternité, santé et organisation du travail : un virage majeur et nécessaire

Le Plan consacre un axe complet à l’accompagnement de la maternité, de la parentalité et des conditions de travail. La maternité était l’un des points cardinaux de notre Note : nous plaidions pour un changement systémique afin que les agricultrices puissent réellement prendre leur congé maternité, sans risque économique, sans obstacles logistiques.

Le Plan reprend plusieurs propositions essentielles :

  • Information renforcée par la MSA ;
  • Adaptation des plages horaires de remplacement ;
  • Promotion du congé paternité ;
  • Développement des modes de garde en ruralité ;
  • Réflexion sur le remplacement pour enfant malade ou handicapé.

Ce que nous considérions comme un verrou structurel majeur devient désormais un objet de politique publique. C’est un progrès déterminant : aucun renouveau agricole ne sera possible si la maternité reste un risque pour l’entreprise agricole.

 

Installation, transmission, financement : les défis identifiés deviennent des leviers d’action

Notre Note analysait les difficultés d’installation spécifiques aux femmes, notamment :

  • La réticence des cédants ;
  • Les biais bancaires possibles ;
  • La méfiance envers les profils non issus du milieu agricole et féminins ;
  • Les projets « atypiques » souvent portés par des agricultrices ;
  • La nécessité d’un accès facilité à l’information.

 

Là encore, le Plan fait écho à ces constats :

  • Sensibilisation des conseillers à l’installation ;
  • Information centralisée ;
  • Création d’espaces d’échanges entre pairs ;
  • Mise en place d’un réseau national de mentorat féminin ;
  • Engagement des banques dans la communication et la sensibilisation.

 

Plusieurs de ces éléments figuraient explicitement dans nos propositions, preuve que les compréhensions des dynamiques de terrain ont été partagées.

 

Statuts, ergonomie, matériel : la partie visible de l’iceberg

L’un des apports de notre Note était l’analyse de la morphologie féminine comme impensé agricole : matériel non adapté, pénibilité accrue, équipements de protection mal conçus, difficulté à conduire ou atteler certaines machines.

Le Plan reprend précisément ces enjeux, avec :

  • Une enquête nationale sur les matériels à adapter ;
  • Un objectif d’intégrer les morphologies féminines dans les normes techniques ;
  • Une « vérification genrée » lors des contrôles de conformité ;
  • Des actions spécifiques prévues dans le Plan Santé-Sécurité au Travail de la MSA.

Ce glissement -de l’angle mort vers l’action technique et réglementaire – marque un tournant historique.

 

Gouvernance et mixité 

Notre Note proposait de rendre obligatoire la publication d’un index égalité dans les collectifs de gouvernance agricoles.

Le Plan reprend littéralement cette idée :

  • Publication annuelle d’un index dans les organismes sous tutelle ;
  • Travail sur les règles juridiques pour favoriser la parité ;
  • Charte des temps pour rendre compatibles engagement et vie familiale ;
  • Formations à la gouvernance pour les futures administratrices.

 

Ce que nous appelions de nos vœux – une transformation structurelle et culturelle des collectifs – commence à s’ancrer dans la stratégie publique.

 

Un moment de bascule historique ?

Le Plan du Ministère n’est pas une simple somme de mesures. Il marque un changement de paradigme : la reconnaissance que la place des femmes n’est pas un simple sujet sociétal, mais une condition stratégique de survie du modèle agricole français. Il traduit aussi un mouvement intellectuel auquel notre think tank a pleinement contribué :

  • En formulant des diagnostics partagés ;
  • En objectivant des angles morts (ergonomie, leadership, statuts, maternité) ;
  • En produisant une grille de lecture entrepreneuriale nouvelle ;
  • En mettant en avant les clés culturelles du renouveau agricole.

 

La puissance publique, les réseaux professionnels et les agricultrices avancent désormais ensemble. La dynamique est lancée. Il reste à s’assurer que ces mesures deviennent, sur le terrain, des transformations réelles. Agridées, fidèle à son rôle, continuera d’y contribuer.