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25/03/2026
SNANC – Stratégie Nationale pour l’Alimentation la Nutrition et le Climat
Attendue depuis près de deux ans, la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC), prévue par la Loi Climat Résilience de 2021, a été publiée dans sa version définitive le mois dernier. Elle fixe les orientations de la politique de l’alimentation à horizon 2030, avec un objectif ambitieux : garantir à tous les Français l’accès à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays.
Plus concrètement, elle vise à structurer une politique de l’alimentation :
- Moins émettrice de gaz à effet de serre,
- Plus respectueuse de la santé humaine,
- Davantage protectrice de la biodiversité,
- Et favorisant la résilience des systèmes agricoles et des systèmes alimentaires territoriaux.
Cette stratégie succède au Plan National pour l’Alimentation et la Nutrition (PNAN) qui servait jusqu’à présent de document cadre du Plan National de l’Alimentation (PNA) et du Plan National Nutrition Santé (PNNS). Ces deux plans, principaux instruments de la politique nutritionnelle et de l’alimentation, vont désormais s’aligner sur la SNANC qui constitue le nouveau socle de la politique alimentaire national.
Cette évolution marque un tournant, en intégrant les enjeux climatiques et en promouvant une dimension transversale des politiques alimentaires, notamment en faisant le lien avec une approche globale de type « One Health »[1] reliant santé humaine, animale et environnementale. Dans cette perspective, elle repose sur une gouvernance interministérielle, pilotée conjointement par les ministères en charge de l’Agriculture, de la Santé et de la Transition écologique, dont l’articulation constituera un enjeu clé de mise en œuvre.
Dans un contexte fragilisé par l’instabilité gouvernementale, sa publication a également été retardée par des arbitrages sensibles et disputés en interministériel et auprès des instances consultées, nécessitant des points de consensus qui impactent inexorablement son ambition. Nous proposons ici de revenir sur les principales orientations et les équilibres qu’elle traduit.
Limiter plutôt que réduire : vers un rééquilibrage en faveur des filières d’élevage françaises ?
Le principal intérêt de la SNANC réside dans sa capacité à articuler des objectifs sanitaires et enjeux environnementaux dont les recommandations respectives présentent des points de convergence. La réduction de l’exposition aux contaminants chimiques et l’évolution des régimes alimentaires contribuent conjointement à l’amélioration de la santé humaine et à la diminution de l’empreinte environnementale de nos systèmes alimentaires. A titre d’exemples, le développement de la consommation de protéines végétales et la consommation raisonnée de viande rouge, illustrent ces co-bénéfices, contribuant à la baisse des émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant les risques de cancer. Reste toutefois à préciser le point d’équilibre répondant aux logiques économiques du secteur agricole.
Alors que plusieurs instances, telles que le Haut Conseil de la Santé Publique, le Haut Conseil pour le Climat, le Conseil National de l’Alimentation ou encore France Stratégie préconisaient une réduction de la consommation de viande rouge, la SNANC retient finalement le terme de « limitation ». Ce choix sémantique traduit un arbitrage politique visant à préserver la place des filières d’élevage dans le système alimentaire, sans pour autant parvenir à apaiser les réactions du secteur.
Toutefois, cette orientation n’est pas incompatible avec une évolution des pratiques alimentaires vers des produits de meilleure qualité, tels que ceux issus de l’élevage pâturant. L’inflexion porte également davantage sur l’origine des produits et leur degré de transformation. Concrètement, l’objectif opérationnel est de pousser à une réduction de la consommation de viande et de produits carnés transformés d’origine importée, et de compenser en partie ces volumes par une renationalisation de la consommation de produits carnés.
Une stratégie qui maintient une approche volontariste dans le secteur agroalimentaire
La publication de la SNANC était particulièrement attendue pour ses orientations sur les pratiques du secteur agroalimentaire, en particulier concernant l’encadrement des aliments dits ultra-transformés (AUT) et des pratiques du marketing alimentaire.
Les aliments ultra-transformés font l’objet d’une controverse importante, en raison de la place significative qu’ils occupent dans l’alimentation des Français, représentant plus de 30% de leur apports énergétiques[1]. Dans ce contexte, plusieurs publications scientifiques appellent à des mesures plus contraignantes, mais pour autant la SNANC privilégie à ce stade la poursuite des travaux d’expertise scientifique sur les liens entre consommation de produits AUT et leur impact sur la santé plutôt que des mesures coercitives.
Sur le plan du marketing, la stratégie fixe un objectif de réduction de l’exposition des enfants et des adolescents aux publicités et parrainages pour des produits défavorables à la santé. Cette réduction repose sur des dispositions volontaires, en mobilisant la Charte alimentaire 2025-2029 et le cadre du règlement européen sur les services numériques (Digital Service Act). Des mesure réglementaires pourraient être envisagées si ces dispositifs s’avéraient insuffisants.
Ainsi, la SNANC privilégie une approche volontariste, centrée sur l’information et le comportement des consommateurs. Or, différents rapports[2] soulignent les limites de cette intervention. En effet, cette première approche, sous-estime la diversité des déterminants psychologiques et financiers qui influencent les choix alimentaires, ne prenant pas suffisamment en compte les contraintes imposées[3] par l’environnement (prix, accessibilité, disponibilité). C’est pourquoi une approche davantage axée sur l’environnement alimentaire semblait nécessaire pour favoriser des évolutions durables des habitudes de consommation.
Les PAT un réel axe d’intervention ?
Les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), outils de déclinaison territoriale opérationnel de la SNANC, sont décrits comme des « leviers de transition des territoires ». Reposant sur une approche transversale et impliquant de multiples acteurs, ils occupent une place particulière dans la politique alimentaire nationale. La stratégie souligne leur contribution à la souveraineté alimentaire, en renforçant l’autonomie des systèmes alimentaires et l’ancrage territorial de l’alimentation, tout en rappelant le rôle croissant des collectivités territoriales dans le pilotage de cette politique.
Ainsi, les PAT se positionnent comme un outil stratégique permettant de concilier différents objectifs de la SNANC. Ils facilitent à la fois l’atteinte des seuils de la loi EGALIM dans le cadre de la restauration collective et constituent également un soutien au développement de filières territorialisées bio. Le bio dont l’un des objectifs programmatiques fixé par les pouvoirs publics est de parvenir à une part moyenne de 12 % de la consommation en valeur sur l’ensemble des circuits.
Pour devenir un levier durable, leur positionnement devrait être renforcé, notamment par une clarification des critères et des conditions de labellisation ainsi qu’une meilleure articulation avec les dispositifs existants, afin d’optimiser l’efficacité des dynamiques territoriales.
Enfin, la SNANC préconise un financement des PAT en phase opérationnelle (niveau 2) par l’État, avec pour objectif d’atteindre une couverture d’au moins 80 % du territoire. Cependant, les moyens actuellement annoncés apparaissent non seulement insuffisants au regard des objectifs attendus, mais marquent également un désengagement de l’Etat quant aux soutiens financiers et aux moyens d’accompagnement jusqu’ici mise en œuvre pour contribuer au déploiement et à la massification des PAT. Sans inflexion majeur, les PAT se verront très limités quant à leur capacité d’action pour répondre aux ambitions fixées par la SNANC.
Conclusion
Cette stratégie était particulièrement attendue, au vu de son ambition, de son caractère transversal et du panel d’acteurs sollicités (institutions, collectivités, filières agricoles, entreprises, associations et citoyens). Elle se distingue notamment par l’intégration des enjeux climatiques et par son inscription dans une logique de souveraineté alimentaire.
L’ambition de cette stratégie peut toutefois être questionnée. À l’instar du précédent programme, elle repose essentiellement sur une logique incitative plutôt que coercitive. Malgré les recommandations du CGAAER, les leviers considérés comme les plus efficaces ne sont pas encore priorisés, faisant plutôt l’objet de débats afin de privilégier une approche volontariste. Pourtant ces leviers ont « atteint leurs limites en matière d’efficacité », justifiant les attentes pour une stratégie davantage orientée vers l’environnement alimentaire.
À la différence des versions précédentes, les prochains PNNS et PNA devront désormais s’inscrire dans le cadre de la SNANC 2025-2030. Leur publication dans les prochaines semaines permettra de donner un nouvel éclairage sur la déclinaison opérationnelle de cette stratégie et son impact concret dans les politiques alimentaires.
[1] Travaux réalisés par Agridées en 2024 par Marie-Cécile Damave https://www.agridees.com/app/uploads/2024/02/Note-One-Health-Une-seule-sante-fevrier-2024-web.pdf
[2] IGAS–CGAAER, 2025, d’après Touvier et al., 2023 ; basé sur NutriNet-Santé
[3] IGAS-CGAAER, 2025, Evaluation du programme national pour l’alimentation et du programme national nutrition santé.