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18/05/2026
Colloque : « Donner une ambition au vin français »
À l’initiative du député de l’Aisne Julien Dive, le colloque « Donner une ambition au vin français » s’est tenu le 28 avril 2026 à l’Assemblée nationale. Organisé avec le collectif « Oui à l’innovation ! », l’événement avait pour objectif de mettre en débat les grands défis auxquels fait aujourd’hui face la viticulture française : baisse de la consommation, mutation des usages, changement climatique, adaptation réglementaire et compétitivité des filières.
Dans son introduction, Julien Dive, député de l’Aisne, a rappelé que la filière viticole traversait une transformation profonde, bien au-delà d’une simple crise conjoncturelle. Entre évolutions des comportements de consommation, tensions économiques et dérèglements climatiques, le vignoble français doit désormais repenser ses modèles, ses discours et ses outils d’adaptation. Le colloque s’est structuré autour de trois tables rondes consacrées à la consommation et à l’image du vin, à l’adaptation climatique du vignoble et enfin à la gouvernance de la filière.
La première table ronde, intitulée « Consommation et image du vin : un bouleversement sans précédent ? », a particulièrement marqué les échanges. Réunissant Samuel Montgermont, président de Vin & Société, Jérôme Baudouin, rédacteur en chef de La Revue du vin de France, et Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants, cette séquence a permis de dresser un constat partagé : la consommation de vin ne disparaît pas, mais change profondément de nature.
Les intervenants ont souligné la fin progressive du modèle historique d’une consommation quotidienne liée au repas familial. Désormais, le vin s’inscrit davantage dans une logique de plaisir, d’expérience et de consommation occasionnelle. Jérôme Baudouin, rédacteur en chef de La Revue du vin de France, a notamment rappelé que les jeunes générations ne reproduisent plus les habitudes de leurs parents : elles boivent moins fréquemment, mais recherchent davantage de sens, d’émotion et de qualité dans leurs achats.
Cette évolution conduit la filière à revoir sa manière de parler du vin. Pour plusieurs intervenants, le principal frein n’est pas le prix mais la complexité du discours entourant le produit. Jérôme Baudouin a critiqué une forme de sacralisation excessive du vin, devenue parfois intimidante pour le consommateur. Selon lui, à force de sophistication, le vin a parfois cessé d’être perçu comme un produit de convivialité accessible.
Les échanges ont également porté sur l’image du vin dans le débat public. Samuel Montgermont, président de Vin & Société, a rappelé que la filière défend depuis longtemps une consommation responsable et modérée, mais qu’elle se heurte aujourd’hui à des discours assimilant parfois toute consommation d’alcool à un risque sanitaire uniforme. Plusieurs participants ont insisté sur le fait que le vin ne peut être réduit à une simple boisson alcoolisée : il constitue aussi un patrimoine culturel, touristique et territorial majeur pour la France.
Au-delà du diagnostic, cette table ronde a aussi fait émerger plusieurs pistes de reconquête. Les intervenants ont évoqué la nécessité de repenser les formats de consommation, avec des contenants plus adaptés aux usages actuels, mais aussi de renouveler les récits autour du vin. Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants, a insisté sur l’importance de l’incarnation, du lien au territoire et de l’œnotourisme pour recréer un attachement durable entre les consommateurs et les producteurs.
Cette séquence a finalement montré que l’avenir du vin français ne se jouera pas uniquement dans les vignes ou dans les caves, mais aussi dans sa capacité à retrouver une place lisible et désirable dans la société contemporaine. Face à des consommateurs plus mobiles, plus diversifiés et plus exigeants, la filière est appelée à réinventer ses usages, ses formats et son discours sans renier ce qui fait sa singularité culturelle et territoriale.