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Points de vue

Temps de lecture : 2 min

11/06/2026

« Énergie en agriculture : le vent l’emportera ? »

Longtemps refuge face aux aléas géopolitiques, climatiques et aux fluctuations des prix des produits agricoles, la production d’énergie a sécurisé les revenus de nombreuses exploitations, grâce à des tarifs subventionnés et garantis sur 15 à 20 ans, notamment pour l’électricité ou le biogaz.

Mais le vent tourne, nous vivons un véritable changement de paradigme. Dans un contexte budgétaire contraint, l’État orchestre la fin progressive du modèle fondé sur les obligations d’achat ou les compléments de rémunération, en estimant que biogaz et photovoltaïque sont désormais des filières matures appelées à rencontrer leur marché. Le temps de la vente énergétique encadrée laisse place à celui de l’incertitude du marché, avec deux voies principales.

La première est la généralisation des appels d’offre de la Commission de la Régulation de l’Énergie -dont les volumes et la programmation sont extrêmement incertains-, et le développement des contrats de gré à gré (PPA* et assimilés) qui traduisent la mise en relation entre grands producteurs et consommateurs d’énergie. La seconde est l’émergence du modèle de l’autoconsommation collective**, devenu compétitif avec la disparition programmée des alternatives subventionnées. Dans les deux cas, il s’agit d’un basculement d’une logique de production-vente soutenue par l’État à une synchronisation entre une production et une consommation. Le secteur bancaire, quant à lui, devra passer d’une logique de financement fondée sur des revenus quasi garantis à une logique d’évaluation du risque commercial et de la robustesse économique des projets…

Si cette philosophie du passage du flux poussé vers le flux tiré est louable, le risque de fragiliser – voire couler- certaines filières est réel. L’enjeu pour les chefs d’entreprise agricole producteurs d’énergie réside dans leur capacité à s’approprier l’autoconsommation collective et ses boucles locales, mais aussi à se structurer collectivement pour maitriser les rouages des marchés de l’énergie.  Il est également essentiel d’intégrer, dans la création de valeur, les externalités positives agricoles et environnementales comme leviers de compétitivité.

Pour ce faire, les politiques publiques doivent cesser les « stop and go », clarifier leur cap et offrir un cadre lisible et transversal. Les acteurs et actrices agricoles pourront ainsi investir et adapter leurs modèles aux vents contraires.

 

*PPA : contrat de gré à gré par lequel un producteur d’électricité vend directement son énergie à un consommateur, à un prix et sur une durée fixée à l’avance, sans passer par le marché classique ou un fournisseur traditionnel.

**ACC : production et partage local d’électricité entre plusieurs utilisateurs, encadrés par la loi, au sein d’un groupe organisé.