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08/07/2026
Protéines : l’illusion ukrainienne
Les plans protéines sont aux politiques agricoles ce que sont les « marronniers » pour les médias, ils reviennent périodiquement. Celui que la Commission européenne a communiqué le 7 juillet dernier ne déroge pas à la règle. Après avoir repris toutes les données illustrant la dépendance européenne aux importations, la Commission égraine toutes les mesures susceptibles d’encourager la production, de consolider les filières de transformation et de diversifier les origines des importations. La mention d’actions dans le domaine de la circularité, s’agissant des bio fuels ou de la bioéconomie, apparaît comme l’une des propositions nouvelles de même que les perspectives d’atteindre une plus grande autonomie grâce à la coopération avec l’Ukraine, candidate à l’adhésion à l’Union Européenne.
Mais qu’en est-il vraiment de ce dernier argument ?
Effectivement, l’UE-27 est globalement déficitaire en protéines végétales, et si l’autosuffisance est atteinte pour le colza, ou près de l’être pour le tournesol, les pois et les féveroles, l’Union est dépendante à 90 ou 95, selon les années, des importations de graines de soja (14 à 15 millions de T) et de tourteaux de soja (16 à 18 millions de T). Le Brésil, les États-Unis et l’Argentine dominent le marché mondial de ces produits, et représentent la majeure partie des origines des importations européennes. Il faut remonter à la conclusion, en 1962, des accords du Dillon Round du GATT pour comprendre les causes de cette dépendance : les 6 pays de la Communauté Économique Européenne naissante en jetant les bases du Marché Commun Agricole ont troqué le dispositif de protection tarifaire des céréales contre l’application de droits nuls sur les importations des graines oléagineuses, de leurs tourteaux et des graines protéagineuses. Ces dispositions ont pesé et pèsent encore sur la capacité de développer des productions européennes, handicapées par leur défaut de compétitivité vis à vis des pays tiers concurrents.
L’entrée de l’Ukraine dans l’UE est elle une solution pour que l’Europe élargie parvienne à l’autonomie d’approvisionnement en protéines végétales ?
C’est du moins ce que les tenants d’une adhésion rapide de l’Ukraine mettent en avant pour contrebalancer les chocs de compétitivité auxquels seraient confrontées les filières européennes des grandes cultures ou des viandes blanches. Ces écarts de compétitivité avaient été bien été démontrés à partir de juin 2022, lorsque par solidarité avec l’Ukraine attaquée par la Russie, les exportations ukrainiennes ont bénéficié d’un accès libre au marché de l’Union.
L’argument ukrainien est-il solide à l’épreuve des faits ?
L’application de droits nuls aux importations de pays tiers des différentes catégories de protéines végétales conduit à ne pas faire de différence entre la situation actuelle et celle d’une Ukraine membre participant au Marché Unique de l’Union dans la mesure où aucun obstacle tarifaire ne s’applique actuellement aux importations des graines et des tourteaux ukrainiens de soja. Par ailleurs, cette culture occupe une place secondaire dans les assolements ukrainiens avec une production d’environ 6 M de T de soja, quand il s’agit de 20 M de T de blé, de près de 30 M de T de maïs, de 12 M de T de tournesol. Cela permet à l’Ukraine d’exporter au total 4 M de T de graines de soja, et de 1,7 à 2,0 M de T de tourteaux de soja, dont 1,3 M de T de graines et 1 M de T de tourteaux vers l’UE.
Ainsi la capacité de l’Ukraine à réduire la dépendance européenne est-elle bridée à la fois par les niveaux de production du complexe soja, et l’intérêt commercial et logistique d’exporter vers d’autres destinations que l’UE, dont notamment la Turquie et l’Égypte. Par ailleurs l’application du Plan « protéines » européen à l’Ukraine ne serait pas de nature à y modifier les profitabilités respectives des grandes cultures.
L’argument selon lequel l’adhésion de l’Ukraine à l’Union pourrait améliorer l’autonomie protéique du nouvel ensemble économique demeure donc totalement illusoire. D’ores et déjà l’application de droits nuls à l’importation pour le soja comme pour tous les produits oléoprotéagineux ukrainiens leur donne un accès libre au marché de l’Union, soit une situation à laquelle l’adhésion n’apportera aucun changement.