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08/07/2026
Qui sont les nouveaux agriculteurs ? Enquête sur la génération de la relève
Alors qu’un agriculteur français sur deux sera en âge de partir à la retraite d’ici 2030, le renouvellement des générations se pose plus que jamais comme l’un des défis majeurs de l’agriculture de demain. Un enjeu essentiel qui esquisse d’ailleurs les mutations déjà à l’œuvre au sein des nouvelles générations d’agriculteurs, mettant en lumière de nouveaux profils qui choisissent aujourd’hui d’exercer ce métier.
Bien loin des représentations traditionnelles, cette génération de la relève vient bousculer les schémas précédemment établis et redéfinir par la même occasion les manières de s’informer et d’apprendre. C’est ce que révèle l’enquête inédite menée par Ipsos bva, pour l’Acta (le réseau des instituts techniques agricoles). Conduite auprès de 300 agriculteurs et agricultrices nouvellement installés (depuis 5 ans ou moins), cette étude dresse le portrait de ces nouveaux actifs agricoles, de leurs attentes et des pratiques d’information de cette nouvelle génération qui met à mal les repères traditionnels.
Des générations qui se suivent mais ne se ressemblent pas…
Il n’existe plus un profil unique d’agriculteur, et cette nouvelle génération le prouve. Si les enfants d’agriculteurs (les héritiers) nouvellement installés restent la majorité, représentant 53% des intéressés, l’installation en dehors du cadre familial de personnes non issues du milieu agricole prend de l’ampleur. Les nouveaux installés présentent ainsi des trajectoires multiples et variées, parfois complètement étrangères au monde agricole. Plus d’un tiers d’entre eux n’ont d’ailleurs pas suivi de formation agricole initiale.
Les parcours se diversifient progressivement. Après les héritiers, les jeunes ruraux représentent désormais 35% des profils, suivis par les reconversions professionnelles, dont la part s’élève à 10%, avec une nette majorité émanant des classes supérieures.
Plus jeunes mais également plus féminisés, ces nouveaux actifs explorent également de nouveaux modèles d’exploitation ! Ils exploitent ainsi des surfaces plus grandes, 92 ha en moyenne, tout en développant des systèmes plus diversifiés, faisant la part belle à l’agriculture biologique avec 1 exploitation sur 3 conduite en bio (soit le double de la moyenne nationale). Outre les modes de production bio, les nouveaux installés diversifient plus fréquemment leurs activités (vente en direct, accueil à la ferme, transformation) et valorisent davantage leurs productions, notamment à travers des labels de qualité.
Plus qu’une simple relève, ce renouvellement générationnel contribue pour beaucoup à faire évoluer les façons de produire, d’entreprendre et d’envisager le métier.
De l’insatisfaction à l’exploration : une quête frustrante de l’information
Cette évolution s’accompagne également d’une adaptation du rapport à l’information de ces nouveaux installés. Face à la diversification des profils et des parcours, les repères traditionnels peinent en effet à répondre aux besoins et aux interrogations de cette nouvelle génération, massivement connectée.
Contrairement à leurs aînés, les nouveaux agriculteurs et agricultrices ne s’appuient plus sur quelques sources données pour guider leurs décisions. Ils multiplient ainsi les points de vue au service du pilotage de leur exploitation. Si les réseaux sociaux arrivent en tête des pratiques d’information, avec une nette préférence pour Facebook, les nouveaux actifs naviguent aussi entre les moteurs de recherche, les sites spécialisés, les échanges entre pairs ou encore les formations. Le recours aux outils digitaux occupe donc une place centrale dans ces nouvelles pratiques pour piloter leur exploitation (météo, fertilisation et gestion des sols, etc.). Et l’intelligence artificielle n’est pas en reste : 10% des nouveaux installés déclarent déjà utiliser l’IA pour s’informer, une donnée qui invite à la vigilance.
Autant de supports qui confèrent à ces nouveaux agriculteurs et agricultrices une forte autonomie et une capacité à construire un écosystème d’information inédit, sans pour autant les satisfaire… C’est en effet le paradoxe qui ressort de l’étude menée par l’Acta : malgré l’abondance des ressources, beaucoup désespèrent de trouver une information adaptée et en phase avec la réalité de leur quotidien. Une frustration et une insatisfaction criante quand on sait que seul 1 nouvel installé sur 10 s’estime très satisfait de l’information qu’il trouve. En cause, des informations trop générales et difficilement transposables à leur réalité de terrain. L’enjeu ne réside donc plus tant dans l’accès au savoir que dans sa pertinence, sa fiabilité et sa facilité de mobilisation.
Se former pour mieux s’informer ?
Face à ce constat d’insatisfaction vis-à-vis de l’information disponible, quelles alternatives s’offrent alors aux nouveaux installés ? À l’heure où tout un chacun est à même de produire et diffuser de l’information, la confiance se présente comme un critère essentiel de cette quête. Dans ce contexte, la formation continue apparaît comme une ressource fondamentale : 92% des nouveaux actifs agricoles jugent la formation continue importante, et 65% d’entre eux y ont déjà eu recours. Des chiffres qui révèlent une attente forte : celle d’un véritable accompagnement et de contenus techniques directement mobilisables sur l’exploitation agricole et concrètement utiles à la prise de décision.
Ce rapport favorable à la formation interroge également sur la relation des nouveaux agriculteurs et agricultrices aux acteurs historiques de l’accompagnement agricole. Chambres d’agriculture, groupements d’agriculteurs ou encore coopératives arrivent ainsi en tête devant les instituts techniques, qui restent encore méconnus auprès des nouveaux installés. Un défi de reconnaissance à relever pour les instituts donc, surtout quand on sait que les agriculteurs qui connaissent leurs travaux les consultent régulièrement et que 82% des nouveaux installés se déclarent intéressés par les formations qu’ils proposent.
Conclusion
À travers cette enquête sur la nouvelle génération des actifs agricoles, l’Acta brosse plus qu’un portrait, elle révèle toute la diversité et la complexité de ces nouveaux agriculteurs et agricultrices, qui façonnent à leur échelle l’agriculture de demain.
Plus qu’une rupture avec leurs aînés et au-delà d’un simple rapport à l’information, ces évolutions traduisent la nécessité pour les organisations de recherche et développement de s’adapter à des attentes économiques, environnementales et sociétales de plus en plus nombreuses et différenciées.