Points de vue
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09/07/2026
« Le temps presse »
La canicule frappe gravement tout le pays, les personnes et les biens. Les activités économiques en souffrent, dont au premier chef l’agriculture, pourtant réputée résiliente, mais qui se retrouve là confrontée à un choc qui appelle soutiens et transitions. Ces perspectives amènent à mobiliser tous les calendriers, du court terme au long terme, sans chercher à fractionner les différentes temporalités qui ont toutes leurs exigences.
Les difficultés volent en escadrille et ne disparaitront pas après le 14 juillet, du fait de leurs fondamentaux structurels. Le réchauffement climatique met l’eau et la sobriété de son usage au centre des enjeux. Le projet de loi d’urgence agricole cherche à y apporter rapidement des réponses. Il serait bon qu’une majorité parlementaire se dégage afin de s’accorder sur un texte, toujours en débat, qui constaterait la nécessité d’une gestion apaisée de l’utilisation de l’eau, condition sine qua non de la souveraineté agricole et alimentaire. Bien entendu la transition climatique nous impose plus généralement un recours maximal à l’innovation technologique et organisationnelle, à l’écoute des pratiques du terrain, à une planification stratégique de la décarbonation, et à un partage sociétal de l’information. Nombreux sont les projets de textes en gestation à Bruxelles, ou à Paris, qui veulent participer à cette dynamique dans leur propre calendrier, souvent lié à la réforme de la PAC. C’est là un agenda clé.
Dans ce cadre, le revenu agricole constitue un challenge à surveiller. Il doit pouvoir s’exprimer dans un cadre organisé où la création de valeur peut se protéger contre les aléas, mais aussi contre les concurrences asymétriques, que ce soit au sein de la chaîne ou dans les affrontements internationaux inégaux. En tout état de cause, un marché intracommunautaire qui retrouverait une unicité qui semble se fissurer y contribuerait. Au-delà de la subsidiarité convenue, les aides sont européennes, les normes doivent être européennes et le marché s’avérer européen. Le socle de notre compétitivité doit se concevoir européen, la régulation également. Là aussi le temps de l’analyse stratégique est venu, sans trop attendre. L’élargissement de l’Union européenne nécessiterait en même temps un approfondissement, au risque sinon de créer nous-même des contradictions internes.
Les actuelles négociations d’élargissement sont lancées dans un univers dit « d’autonomie stratégique », où l’Union européenne multiplie les accords internationaux. La question de l’équilibre des échanges commerciaux agricoles se pose désormais avec plus d’acuité, du fait des écarts normatifs, notamment environnementaux et sociaux dans des échanges libéralisés. Une des façons de résoudre l’équation consisterait à intégrer de nouveaux pays au sein de l’Union : telle sera la question posée pour l’avenir des relations entre l’Europe et l’Ukraine. La Commission suit son processus dans les négociations. L’entrée de l’Ukraine renforcera-t-elle l’Union, ou mettra-t-elle en cause la vitalité économique territoriale de nombreuses régions fondée sur une agriculture viable ? Une question à porter aux décideurs politiques.
Les Latins avaient une maxime, festina lente, hâtes-toi lentement. Ce qui veut aussi dire : emparons-nous dès maintenant des sujets clés, y compris dans le dialogue. Pour le long terme, le temps presse aussi.
Le 24 septembre prochain, Agridées organisera une Conférence de rentrée à propos des négociations agricoles d’élargissement avec l’Ukraine, venez nombreux !
Bel été.