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07/09/2026
L’Europe sous choc climatique
L’Europe vient de subir un choc climatique sans précédent. Une très longue période de sécheresse, accompagnée de canicules extrêmes et d’incendies dévastateurs de massifs forestiers, a touché les territoires situés à l’ouest et au centre du continent. La France, le sud de l’Allemagne, le nord et le centre de l’Italie, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et l’ouest de la Roumanie ont été les plus affectés, tandis que les pays du Bénélux, la Slovénie et la Croatie l’ont été dans une moindre mesure. Par ailleurs le sud de l’Irlande, le nord de l’Allemagne, le Danemark, la Bulgarie, le sud de la Pologne comme l’ouest de l’Ukraine ont souffert au cours des derniers mois d’un important déficit hydrique, tandis que le nord de l’Espagne et le sud de la Turquie ont connu des records de températures élevées.
C’est sur la base de ce constat que le dernier bulletin périodique MARS (Monitoring Agricultural ResourceS) du Centre Conjoint de Recherche (JRC) de la Commission européenne vient de détailler pays par pays, régions par régions, la chronologie des évolutions météorologiques et leurs conséquences sur les productions agricoles. La France est certainement le pays le plus touché, ayant enchainé durant l’été trois vagues de canicule après une période de fortes chaleurs en mai et juin. Les rendements des cultures d’hiver, dont les moissons ont été exceptionnellement précoces, ont été relativement peu affectés, tandis que les cultures d’été non irriguées l’ont été gravement, de même que les prairies et les productions fourragères. La production française de maïs pourrait se situer à son plus bas niveau depuis 1980, soit 7 millions de tonnes selon certaines estimations. Les restrictions administratives d’irrigation se sont ajoutées aux conditions adverses de la sécheresse conduisant à des baisses de rendement de 30% par rapport à la moyenne quinquennale pour les surfaces qui pourront être récoltées, et de l’ordre de 24% pour le maïs ensilage. Selon le JRC, les rendements en betteraves sucrières et en pommes de terre seraient également réduits de respectivement -7% et -8%.
Globalement les bilans européens des céréales de la campagne 2026-2027 devraient être révisés en fonction des niveaux réels des productions. Si la récolte commercialisée de blé tendre devait se réduire à 122 millions de tonnes, en recul de 12,6 MT par rapport à 2025 selon des estimations de professionnels, la moisson française ne permettra pas de disposer de plus de 30,8 MT, ce qui inévitablement devrait réduire le potentiel d’exportations vers des pays tiers, d’autant que la part destinée à l’alimentation animale devrait augmenter pour compenser celle du maïs. En effet les estimations actuelles de la production européenne de maïs se chiffrent à environ 47MT, soit une baisse de 20% par rapport à 2025, la France étant le pays le plus affecté avec une réduction de l’ordre de 50%.
Le 1er septembre dernier, les associations spécialisées de la FNSEA ont donné leurs évaluations des aides nécessaires pour compenser les dommages subis du fait de la sécheresse et des canicules. Celles représentant les grandes cultures ont évalué leurs pertes de revenus à environ 6,5 milliards d’euros et ont sollicité des aides directes de 450€/ha, tandis que les associations spécialisées de l’élevage demandent une enveloppe de 3 milliards d’euros soit 300€/UGB. Le 4 septembre, la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a présenté le plan CASI* (canicules, sécheresse, incendies) soit 1 milliard d’euros d’aides d’urgence et la promesse d’un plan de relance en 2027, ce qui ne répond que très insuffisamment aux demandes professionnelles.
Au niveau européen, le Commissaire Christophe Hansen devrait annoncer un dispositif de soutien lors du Conseil informel des ministres de l’agriculture qui se tiendra à Dublin les 7 et 8 septembre, sachant que les représentants du COPA-COGECA réclament un soutien immédiat de trésorerie, et une utilisation plus souple des instruments de la PAC.
Au-delà des mesures immédiates qui doivent compenser les pertes de revenus des producteurs et éviter les mises en faillite des plus fragiles, le choc climatique que l’Europe vient de subir interroge sur les vulnérabilités du secteur agricole. La sécheresse pose la question essentielle de la gestion de l’eau et des stratégies de réserve par rapport au changement climatique qui répète désormais des séquences d’excès de pluviométrie en automne et en hiver, et des stress hydriques au printemps et en été. La question de l’adaptation des assolements est également posée pour parvenir à un plus grand degré de résilience.
Enfin, les effets du climat sur les marchés doivent conduire à repenser les stratégies de gestion du marché communautaire. Une étude récente publiée dans la revue Earth’s Future conclut que 74% des fluctuations du prix mondial du blé sont corrélées aux sécheresses sévères subies dans différentes régions du globe.
Ce constat, comme les déficits récents de production en Europe, renforce la nécessité de constituer des réserves stratégiques aussi indispensables pour faire face aux tensions géopolitiques qu’aux chocs climatiques dont on peut craindre qu’ils se renouvellent à l’avenir.
*Consultez notre article dédié : « Plan CASI : un milliard aujourd’hui, combien demain ? »