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03/03/2026
Conférence « On vous en dit plus sur le Mercosur ! »
Au démarrage du Salon international de l’agriculture, l’association Agri-Éthique organisait une conférence consacrée à l’accord UE-Mercosur et à ses conséquences potentielles pour les filières agricoles françaises. Autour de la table : Quentin Mathieu, responsable Entreprises et Prospective économique, Olivier Mevel, maître de conférences HDR en marketing, commerce et distribution, et Florence Garreau, directrice marketing et communication de La Fournée Dorée.
Un accord ancien, aux effets très actuels
Quentin Mathieu est revenu sur les fondamentaux de l’accord, fruit de « plus de 20 ans de négociations ». Parmi les points de vigilance évoqués : l’ouverture de contingents tarifaires sur la viande bovine (45 000 tonnes), concernant notamment des morceaux destinés à la restauration hors domicile, avec des « volumes non marginaux ».
L’accord pourrait également impacter d’autres débouchés comme le bioéthanol – qui représente environ 10 % de la production – et, de manière plus marginale, les filières porcine, rizicole et avicole. Pour les filières végétales, des effets sont attendus sur le sucre, le maïs ou encore le blé, dans un contexte d’augmentation des exportations sud-américaines
Au-delà des volumes, la question des écarts de normes et de coûts de production a été soulevée : l’entrée sur le marché européen de produits ne respectant pas les standards européens créerait, selon les intervenants, une « différence de compétitivité à tous les niveaux ».
Modèles agricoles et stratégie européenne
Interrogé sur le « modèle de la ferme Amérique du Sud », Olivier Mevel a replacé l’accord dans une perspective plus large, rappelant que l’Union européenne avait initialement pour objectif, en 1957, d’organiser l’autosuffisance alimentaire, avant d’évoluer vers une logique de libre-échange. Selon lui, « libre-échange et prix bas [ne sont] pas compatibles » avec les exigences actuelles des filières agricoles. Il a également souligné les divergences d’intérêts entre secteurs agricoles et industriels, notamment automobiles. La restauration collective a été identifiée comme un point sensible : les pièces et filets concernés par l’accord pourraient avoir un « gros impact » sur les filières bovines et avicoles.
Des engagements concrets côté entreprises
Florence Garreau a présenté la stratégie d’approvisionnement de La Fournée Dorée, qui s’appuie sur des contrats pluriannuels. Pour les agriculteurs, ces dispositifs offrent visibilité et prix indexés sur les coûts réels de production ; pour l’industriel, ils garantissent des volumes ; pour le citoyen, ils apportent des assurances sur l’origine et les pratiques.
L’entreprise s’est notamment engagée sur les œufs pour une durée de dix ans, afin de permettre aux producteurs d’investir et d’amortir leurs ateliers. Sur le blé, les engagements portent sur trois ans.
Le rôle du consommateur et des labels
La place du citoyen-consommateur a fait l’objet d’échanges nourris. Olivier Mevel a noté que les viandes importées pourraient cibler « les 10 à 30 % des ménages les plus pauvres », tandis que la montée en gamme issue des États généraux de l’alimentation en 2017 a été rapidement percutée par les crises successives (Covid, guerre en Ukraine, tensions commerciales).
En conclusion, Olivier Mevel a insisté sur « l’importance des labels », tandis que Quentin Mathieu appelait à « faire corps avec les agriculteurs », évoquant les enjeux de transmission et la nécessité de leur donner des clés pour produire.