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Temps de lecture : 2 min

04/03/2026

Durabilité ou dérégulation ? La souveraineté alimentaire à l’épreuve du commerce international

Au Salon de l’Agriculture, la souveraineté alimentaire s’est imposée comme l’un des thèmes majeurs des débats. Dans ce contexte, Quentin Mathieu, Responsable Entreprises et Prospective économique, a pris part à la conférence organisée par Max Havelaar France.

Dépendre moins… mais de qui ?

Première contradiction : la volonté de réduire nos dépendances. On pense souvent aux intrants. Mais comme l’a souligné Gaël David, secrétaire fédéral de la CFDT agri-agro, un enjeu moins visible demeure : la main-d’œuvre agricole. « Nous sommes très vulnérables en Europe sur la main d’œuvre. De plus en plus de personnes ont des titres de séjour pour les récoltes. On les enferme dans des situations très précaires et on semble chercher à accomplir un travail sans le travailleur. » La souveraineté alimentaire ne peut faire l’impasse sur la question sociale.

 

Libre-échange et niveaux d’exigence

Deuxième tension : signer des accords de libre-échange tout en rejetant certaines normes.

Marie Pochon, députée de la Drôme, l’a rappelé : « Les accords de libre-échange doivent se poser la question des niveaux d’exigence qu’on a pour notre nourriture en tant que citoyens et consommateurs. Pour la souveraineté, il faut pouvoir se nourrir sans nuire aux autres. »

La cohérence entre commerce international et standards sociaux et environnementaux est au cœur du débat.

 

Le rôle et les limites du consommateur

Autre contradiction : l’injonction faite aux consommateurs dans un système qui peine à se transformer. Frédéric Faure, vice-président de Biocoop, a rappelé que, par notre assiette, « nous votons trois fois par jour ». Mais Sophie Tabary, agricultrice des Voix agricoles, a nuancé : « Il y a des gens qui n’ont pas d’argent, on ne peut pas responsabiliser le consommateur tout seul. C’est hypocrite de dire qu’on doit produire à bas coûts pour les personnes les plus pauvres. On a plein de choses à faire en termes de coopération avec tous les acteurs pour relier les choses et créer un système cohérent et vertueux. »

 

Exportations et équilibre des filières

Le commerce international pose aussi la question de l’équilibre des flux. Quentin Mathieu a ainsi rappelé : « nous importons 60 % de la viande utilisée en dehors de nos foyers, alors que la France a un cheptel plus que conséquent, qui propose de la viande locale et de qualité. Il y a une erreur dans la matrice, on ne trouve pas le juste équilibre. »

 

Le revenu agricole, condition de la durabilité

Enfin, la question du revenu reste structurante. Max Havelaar France a rappelé qu’en donnant aux agriculteurs les moyens économiques de bien produire, une souveraineté alimentaire capable de nourrir dignement le monde est possible.

La souveraineté alimentaire ne peut être réduite à un slogan. Elle interroge à la fois les modèles de production, les échanges internationaux, la justice sociale, le revenu agricole et la cohérence des politiques publiques. Le débat reste ouvert. Et il mérite d’être posé sans caricature, à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et géopolitiques qu’il recouvre.

 

Cette table ronde était animée par Marine Colli, spécialiste des politiques agricoles et commerciales internationales.