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Temps de lecture : 3 min

17/03/2022

Sécurité alimentaire, un devoir européen de solidarité

Depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces armées russes, le 24 février 2022, la tragédie humaine qui se joue aux frontières de l’Union Européenne a créé un bouleversement des relations commerciales internationales sans précédent et, par voie de conséquence, une flambée des prix des matières premières, pétrole, gaz, aluminium, engrais, mais aussi céréales et oléagineux.

Ainsi la question de la sécurité alimentaire est-elle redevenue un sujet majeur de préoccupations dans le monde. Russie et Ukraine représentent ensemble des parts conséquentes du commerce mondial : 30% pour le blé, 32 % pour l’orge, un peu plus de 19% pour le maïs, plus de 20% pour les graines de tournesol et 76% pour les huiles de tournesol.

Dans la mesure où les chargements maritimes de ces produits se sont révélés très difficiles, voire impossibles  dans les ports de la Mer d’Azov et de l’Ukraine, les ruptures d’approvisionnement atteignent les grands pays importateurs du Bassin Méditerranéen. L’Egypte et les pays d’Afrique du Nord en sont les principales victimes, alors que, selon les estimations, 7,0 à 7,5 MT de blé restent à charger en Russie d’ici la fin de la campagne, et environ 5,6 MT d’Ukraine. En Europe, les importations d’huile de tournesol, de graines de tournesol et de maïs font largement défaut, en particulier en Espagne, au Portugal et en Italie.

Jusqu’au déclenchement des hostilités, les bilans céréaliers européens permettaient d’espérer un  stock de report raisonnable en blé, soit 25 jours du total des utilisations, exportations comprises, alors qu’au niveau mondial, les perspectives d’une consommation supérieure à la production avaient déjà eu pour effet de créer une augmentation sensible des prix. En ce qui concerne le maïs, la consommation européenne est supérieure à la production, de sorte que le recours aux importations est nécessaire pour 20% des utilisations, tandis que le marché mondial est à l’équilibre.

Solidarité entre Etats Membres

Après les attaques russes en territoire ukrainien, le gouvernement hongrois a pris un décret début mars pour restreindre les possibilités de sortie des grains, tandis que la Bulgarie annonçait sa volonté de constituer un stock de sécurité de 1,1MT de blé. Ces initiatives prises en contradiction avec le principe de libre circulation des marchandises sur le Marché Unique ont soulevé de nombreuses critiques de sorte qu’un certain nombre d’Etats Membres ont appelé la Commission à réunir le groupe d’experts du « Mécanisme européen de préparation et de réponse aux crises de sécurité alimentaire » (European Food Security crisis preparadness and response mechanism – EFSCM). En effet, conformément à la législation européenne, il ne saurait être question que chaque Etat Membre s’assure de sa propre sécurité au détriment de la sécurité collective.

Les travaux du Groupe d’experts du EFSCM ont débuté le 9 mars 2022, et la Commission s’est engagée à faire une communication le 23 mars prochain.

De nombreuses organisations professionnelles agricoles ont suggéré des mesures de gestion de marché, parfois contradictoires, pour faire face à la crise et garantir l’intégrité des filières agricoles et alimentaires, des producteurs jusqu’aux consommateurs. Pour l’heure, n’ont été évoquées officiellement que les possibilités d’ouvrir le stockage privé pour la viande porcine et le recours aux réserves de crises.

Le catalogue des suggestions est large : l’utilisation des jachères et des surfaces d’intérêt écologique pour accroître les surfaces consacrées aux grandes cultures, le détournement vers l’alimentaire des matières premières utilisées pour la production de bio-carburant, la limitation des exportations vers pays tiers, la dérogation aux normes européennes phytosanitaires et à la législation OGM pour permettre des importations de maïs et de soja en alternative aux origines Mer Noire etc…

La crise actuelle a réouvert le débat sur la pertinence du Green Deal et des stratégies « Farm to Fork » et « Biodiversité ». Pour les uns, les événements récents n’altèrent en rien  la poursuite de la lutte contre le changement climatique (1), pour d’autres, c’est une opportunité pour remettre en cause des orientations qui induisent des réductions de rendements et de productions européennes, comme l’ont démontré de nombreuses études (2)(3).

En tout état de cause, les décisions qui seront prises prochainement apporteront des amendements conjoncturels aux principes de gestion des marchés et de la mise en œuvre de la PAC 2023-2027. (Cf article : Les propositions européennes pour soutenir les agriculteurs impactés par la guerre d’Ukraine)

Solidarité entre l’UE et ses proches partenaires

Les études économiques de simulation des effets de la stratégie « Farm to Fork » ont démontré de manière convergente que la politique européenne se traduisait à l’horizon 2030 par une dégradation de la sécurité alimentaire au niveau mondial.

Si l’objectif du Pacte Vert de la Commission est louable, il pêche par naïveté en considérant que l’exemplarité du modèle européen conduirait d’autres pays à adopter un modèle similaire.
Cette incitation à délocaliser hors de l’Union les productions émettrices de gaz à effet de serre se double d’un aveuglement sur la dimension géopolitique du problème. La guerre en Ukraine met brutalement en évidence le devoir de solidarité que l’UE doit assumer vis-à-vis des pays proches, partenaires commerciaux et imbriqués dans la même zone d’influence.
C’est pourquoi l’Union Européenne doit reconsidérer ses orientations en matière climatique en les élargissant aux pays avec lesquels elle entretient des liens forts en toute matière, en Europe, avec bien sûr l’Ukraine et en Afrique.

La question du financement du développement économique de l’Afrique se pose aujourd’hui dans ce contexte conflictuel. La Chine et la Russie investissent le continent africain. La moindre présence de l’Union Européenne l’expose aux conséquences des crises de sécurité alimentaire de ces pays qui subissent déjà les modifications du climat.

Il n’est pas trop tard pour élargir le périmètre des politiques européennes de lutte contre le changement climatique et de participer activement aux transitions agricoles, alimentaires et énergétiques du continent voisin.

 

(1) https://www.iddri.org/en/publications-and-events/blog-post/war-ukraine-and-food-security-what-are-implications-europe

(2) https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/aepp.13176

(3) https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/65064349-f0dd-11eb-a71c-01aa75ed71a1/language-en#