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08/01/2026

Contrôle des importations déloyales de fruits et de légumes : un pas dans le bon sens

L’annonce par le premier ministre Sébastien Lecornu et par la ministre de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, Annie Genevard, de la prise d’un arrêté datant du 5 janvier 2026 portant suspension d’importation, d’introduction et de mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux, en France, de denrées alimentaires provenant de pays tiers à l’Union européenne contenant des résidus de certaines substances actives phytopharmaceutiques interdites d’utilisation dans l’Union européenne interroge quant à sa portée réelle.

La reprise des mouvements agricoles à l’approche d’une hypothétique signature de l’accord de libre-échange avec les pays du MERCOSUR le 12 janvier a poussé les autorités gouvernementales françaises à réagir en ciblant notamment les importations de produits alimentaires – principalement des fruits et des légumes – traités et cultivés avec des fongicides et des herbicides interdits dans l’Union européenne que sont le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate-méthyl et le carbendazime.

Il est difficile de percevoir cette annonce comme une véritable mesure de rétorsion ou de correction d’un déséquilibre économique et d’une inégalité de concurrence. Nonobstant la capacité des équipes gouvernementales a déployé une brigade dédiée pour effectuer ces contrôles, les importations de fruits et légumes notamment d’origine sud-américaines – si tel est le message que souhaite envoyer le gouvernement – pèsent objectivement peu dans la balance commerciale française. On peut également questionner la traçabilité des produits bruts traités avec ces substances dans les circuits industriels, l’arrêté du 5 janvier faisant mention d’une obligation de diligence auprès des transformateurs en sachant que la détection des résidus de produits phytosanitaires est d’autant plus difficile à identifier une fois les produits transformés et reformulés. Quelques chiffres clés ci-dessous illustrent plus largement les questionnements autour de cette décision.

En 2024, moins de 5 % du total des fruits et moins de 1 % du total des légumes importés par la France étaient originaire d’Amérique du Sud. Sur les 170 000 tonnes de fruits sud-américains qui atterrissent dans les étals français plus de 120 000 tonnes concernent exclusivement les produits de la banane provenant de Colombie et d’Equateur. Le reste des produits concernés par cet arrêté laissent également songeur, puisque touchant des filières qui ne sont pas établies en France (agrumes sans IG, mangues, avocats) ou des productions dont les tonnages sont très modestes pour représenter une véritable concurrence déloyale (abricots, cerises, raisins et fruits à coque en provenance notamment du Chili).

Á noter cependant des flux réguliers d’importations de pommes en provenance d’Argentine et du Chili – aux alentours de 18 000 tonnes d’après l’Association Nationale des Producteurs de Pommes – mais qui représente moins de 10 % du total des volumes de pommes importés par la France.

Au global sur l’ensemble des pays tiers exportant des fruits en France, les volumes de denrées rentrant directement en concurrence avec les productions hexagonales sont proportionnellement très faibles. Signalons également le faible impact de cette décision sur les légumes à l’exception d’un sujet structurel concernant les tomates importées dont plus du trois quart proviennent du Maroc et de certaines légumineuses comme les lentilles.

      

Si l’on peut comprendre et souscrire à la logique de la publication de cet arrêté – sous réserve de la validation de sa légalité par les autorités européennes – celui-ci reste sans commune mesure face aux enjeux agricoles qui se profilent en ce début d’année 2026. La logique aurait aussi voulu que cette suspension des importations s’applique à l’ensemble des produits alimentaires dont l’utilisation de produits phytosanitaires interdits en Europe est bien connue et documentée, tel que l’anthraquinone pour la culture du thé ou l’atrazine pour la production du café. Mais il est certain qu’une telle mesure n’aurait pas emporter l’adhésion des consommateurs français.

Finalement, en sachant que l’origine de la majeure partie du déficit national en fruits et des importations étrangères de légumes provient des flux d’échanges avec les pays membres de l’Union européenne, cette réalité rappelle brutalement que les principales problématiques de compétitivité et de souveraineté de nos filières sont bien loin de se situer uniquement hors de nos frontières et du marché commun.