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Temps de lecture : 3 min

04/09/2026

Union européenne, l’Islande reste de glace

À l’occasion d’un référendum tenu le 29 août 2026, les Islandais ont majoritairement refusé (à 52,8 %) le principe d’une réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne. La manifestation de cette tiédeur constitue une mauvaise nouvelle pour l’Europe, en recherche d’un souffle dynamique en ces temps géopolitiques troublés.

L’histoire des relations entre l’Islande et l’Union européenne est celle de la construction d’un partenariat solide, amical, dont l’attrait semble néanmoins insuffisant pour aboutir à un mariage, même de raison. En 2009, à la suite de la grave crise financière et bancaire de 2008, l’Islande avait pourtant officiellement déposé une demande d’adhésion. Elle avait obtenu le statut de pays candidat dès 2010, et les négociations d’adhésion progressaient rapidement. Un changement d’orientation politique interne a mis fin à ce processus en 2013 avec une annonce islandaise du retrait de la candidature en 2015. L’UE en a pris acte, sans retirer formellement le statut de candidat, créant une situation originale de « gel ». Ce référendum estival visait à prendre le pouls de la population afin de relancer ou non le processus de négociation, tout en promettant un second référendum relatif au contenu de l’éventuel traité d’adhésion. Le « Non » l’a emporté, pourquoi ?

En fait l’Islande connaît bien l’Union européenne, trop peut-être. En effet si l’Islande appartient à l’Espace Économique Européen, avec la Norvège et le Liechtenstein, ce qui lui permet notamment de participer au Marché unique européen dans le cadre d’une zone de libre-échange (mais sans Union douanière), si elle est également membre de l’espace Schengen, elle a conservé toute sa souveraineté sur des politiques clés, au premier chef la pêche avec la gestion des zones de pêche, ainsi que sur la politique agricole, des politiques économiques cruciales, mais aussi identitaires, difficiles à placer dans un registre collectif continental.

Pour l’exprimer simplement, et sans caricaturer, les Islandais étaient amenés à faire un choix de priorité entre apporter la réponse à une position géopolitique fragilisée du fait des expansionnismes de grandes puissances à l’œuvre en adhérant au club européen ( qui comprend aussi une clause mutuelle de défense dans ses traités), ou maintenir leurs capacités de décision nationale et territoriale pour ces politiques économiques (poids de la pêche) en repoussant l’adhésion à une Union intégratrice… et soucieuse de nouvelles contributions budgétaires. Sociologiquement, la capitale Reykjavik dans sa partie centrale a voté favorablement, le reste du territoire a pesé négativement. Un signal connu.

Au final, ce vote ne devrait pas entraîner de répercussions graves, les portes restent ouvertes. Mais, hélas, il montre qu’un pays européen à haut niveau de vie, et aux valeurs démocratiques avérées ne ressent pas suffisamment d’attrait pour l’Union. Ce qui a contrario interrogerait sur les souhaits des candidats actuels à l’adhésion.

Enfin, cela montre que les débats géopolitiques, tout aussi importants soient-ils selon l’endroit où l’on se trouve, n’effacent pas pour les citoyens les questions économiques et sociales du quotidien, la demande de proximité du politique. Espérons que la glace se brisera, une autre fois.