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Temps de lecture : 7 min

21/09/2026

Midterms et vote agricole : quels signaux en provenance des USA ?

Les élections de mi-mandat aux États-Unis qui se dérouleront le 3 novembre 2026 vont être un examen de passage intéressant à plus d’un titre pour le président américain Donald Trump et son administration. Habituellement favorable à l’opposition présidentielle et fonctionnant comme un mécanisme de rééquilibrage du pouvoir législatif face au pouvoir exécutif, ces élections visant à renouveler un tiers des sièges du Congrès aujourd’hui dominé par le parti républicain constituent un véritable référendum pour Donald Trump et sa base électorale.

D’un côté flamboyante par la progression presque indécente de ses gains de productivité, dopés par les performances du secteur de la tech et de l’intelligence artificielle, et des indicateurs de revenu au plus haut, la croissance américaine se retrouve aussi très fragilisée par les impacts du blocage du détroit d’Ormuz provoqué par l’intervention américaine en Iran, une inflation galopante qui érode le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et une guerre commerciale aux effets néfastes sur de nombreux secteurs de l’économie américaine.

Parmi les strates de votants au sein de la société américaine, l’influent vote agricole US est régulièrement scruté pour juger du soutien politique dont bénéficie le parti présidentiel. Historiquement attaché au parti républicain, le vote agricole pour ces Midterms ne fera sans doute pas exception, mais force est de constater qu’un certain nombre de motifs d’insatisfaction et d’inquiétude ressortent des enquêtes menées dans le milieu rural américain. Les résultats d’une enquête du Farm Journal[1] menée auprès de 974 agriculteurs et éleveurs américains dans 44 États révèle une forte dégradation du climat économique et politique dans les campagnes américaines. La hausse des coûts des intrants et du matériel constitue de loin la première préoccupation des producteurs, devant la volatilité des prix agricoles, les politiques commerciales et les droits de douane. Plus de la moitié des répondants estiment d’ailleurs que les politiques fédérales ont eu un impact négatif sur leur exploitation au cours de l’année écoulée.

Notons que si les conséquences de la guerre commerciale menée tous azimuts par le président américain à l’encontre de la Chine et de ses principaux partenaires économiques n’apparait qu’en 4e position des motifs d’insatisfaction, on ne peut omettre la dégradation historique de la balance commerciale agroalimentaire américaine et sa bascule durable en territoire négatif sous le second mandat de Donald Trump. Avec un déficit cumulé sur les sept premiers mois à -15,7 milliards de dollars, les résultats de l’année 2026 devraient rester dans la lignée des deux précédents exercices où le déficit agroalimentaire américain s’était situé à -36 Mds$ en 2024 puis -40 Mds$ en 2025. La récente escalade avec le voisin canadien, un partenaire économique historiquement privilégié, risque de renforcer les difficultés d’exportation des Farmers tout en continuant d’accentuer l’inflation pour les consommateurs américains.

Cette situation économique globale nourrit une frustration politique croissante. Si 61 % des producteurs comptent toujours voter pour leur parti habituel, environ 40 % expriment une forme d’indécision ou d’ouverture à une autre offre politique. Cela ne signifie toutefois pas un basculement massif vers les démocrates : l’électorat rural demeure très républicain comme mentionné précédemment, mais une partie de celui-ci considère désormais que ni les républicains ni les démocrates ne comprennent suffisamment les réalités du monde agricole.

Plusieurs enjeux pourraient donc influencer le vote lors des élections de mi-mandat. Parmi eux, la généralisation de la vente d’E15 (essence contenant 15 % d’éthanol) occupe une place particulièrement importante : 45,5 % des producteurs interrogés la considèrent comme un enjeu électoral très ou extrêmement important. Son développement permettrait notamment de créer un débouché supplémentaire pour le maïs américain. Plus largement, les agriculteurs demandent moins un changement idéologique de politique agricole qu’une plus grande stabilité économique, des débouchés commerciaux et des politiques publiques davantage connectées aux réalités des exploitations.

Rajoutons enfin que le retard pris dans les négociations entourant les contours du prochain Farm Bill[2] a participé à alimenter ce climat d’incertitudes pour les Farmers, même si les deux Chambres du congrès espèrent parvenir à un accord avant la tenue des élections.

Inflation sur les coûts de production, incertitudes sur les orientations de la prochaine politique agricole, dégradation du commerce extérieur agroalimentaire, demande de montée en puissance de l’utilisation de produits agricoles pour des usages énergétiques, et sentiment de déconnexion avec les élites quelle que soit leur appartenance politique… Autant de sujets qui tendent à directement faire écho avec les attentes et les préoccupations du secteur agricole européen et français.

À l’approche d’une élection présidentielle française de 2027 qui s’annonce particulièrement ouverte, aucun candidat ne pourra faire l’économie d’une réponse concrète à ces préoccupations s’il entend reconquérir le vote agricole. Car la leçon américaine est peut-être aussi valable de ce côté-ci de l’Atlantique : le sentiment d’abandon du monde agricole transcende largement les appartenances politiques. Hausse des coûts, perte de compétitivité, incertitudes sur les politiques publiques et sentiment de ne plus être compris par les décideurs alimentent une même défiance. Une défiance qui, de Washington à Paris, ne se traduit pas nécessairement par un basculement politique, mais rend le vote agricole plus volatil et donc plus stratégique.

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[1] https://www.agweb.com/news/policy/inside-ag-vote

[2] L’équivalent de la politique agricole aux Etats-Unis.