Dans le discours sur l’état de l’Union adressé aux parlementaires européens réunis à Strasbourg le 16 septembre dernier en présence de Mark Carney, Premier Ministre canadien, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission, a décrit l’été que l’Europe vient de connaître comme « l’été de vérité » (summer of thruth) vis-à-vis du changement climatique.
Parce que les médias se sont essentiellement fait l’écho de la suggestion d’Ursula von der Leyen que le Canada puisse devenir le premier État membre associé de l’UE, d’autres parties de son discours sont restées dans l’ombre, telles celles consacrées à la crise énergétique, à l’IA, ou encore au changement climatique et à l’actualité de la sécheresse et des canicules qui ont frappé les États membres.
Sur ce dernier sujet, après avoir évalué à 660 000 hectares les surfaces ravagées par les incendies et à 12 millions de tonnes les pertes de récolte, elle a réaffirmé que l’Europe « va et doit maintenir le cap sur ses objectifs climatiques ». Pour la Présidente von der Leyen atténuation et adaptation doivent être poursuivis simultanément pour atteindre un meilleur niveau de résilience au changement climatique. En particulier, elle a annoncé l’identification des 100 territoires les plus vulnérables d’Europe : cette cartographie devrait servir à évaluer les risques et les moyens de les gérer. S’agira-t-il d’une première pour désigner une partie des régions agricoles intermédiaires sur lesquelles un rapport ancien du CGAAER s’est penché, ou qui font l’objet des réflexions en cours du Groupe de travail d’Agridées « Vitalité des territoires » ainsi que dans les instances consulaires de Chambre Agriculture de France ou des syndicats agricoles ?
Quant au volet gestion des risques, la Présidente a promis la mise en place d’une alliance pour l’assurance des risques climatiques, après avoir déploré que seuls 25% des pertes dues à des catastrophes soient assurées, obligeant l’intervention des budgets nationaux.
Pour faire face aux évènements climatiques extrêmes, et la répétition à l’avenir d’étés semblables à celui de 2026, Ursula von der Leyen a annoncé la présentation prochaine d’un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur, comportant des systèmes d’alerte et une meilleure préparation sanitaire. S’agissant de la sécheresse, comme de la situation inquiétante de basses eaux des grands fleuves tel que le Danube, le Rhin ou la Garonne, la Présidente de la Commission a également annoncé une nouvelle initiative européenne pour l’eau, après avoir souligné « les risques que représente la pénurie d’eau pour nos agriculteurs, notre énergie et nos chaines d’approvisionnement ». En faisant un lien explicite entre les ressources en eau et la sécurité alimentaire, Ursula von der Leyen anticipe sur les débats futurs liés à la préparation et à la réponse aux crises de sécurité alimentaire dont le groupe d’experts EFSCM (European Food Security Crisis preparedness and response Mechanism) est saisi. Les professionnels de l’agriculture ne peuvent que regretter le silence de la Présidente sur les moyens qui doivent être déployés dans l’urgence pour faire face aux pertes économiques du secteur, cette dernière se bornant à déclarer que : « une fois de plus, les agriculteurs européens ont su faire face à cet interminable été »…
En France, Marion Guillou, l’ancienne PDG de l’INRA, membre du Haut Conseil pour le climat vient d’être missionnée par Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan (HCSP) pour proposer des pistes de transformation durable de l’agriculture française à l’horizon 2050, son rapport étant attendu pour février prochain, tandis que le CGAAER prépare un rapport sur la manière d’inscrire les politiques publiques du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire dans le temps long. Nul doute que ces travaux devront tenter de répondre à la difficile question de la résilience du secteur agricole au changement climatique comme aux perspectives d’évolution de la démographie agricole.
Mais à Bruxelles comme à Paris, la profession agricole se lasse des plans et rapports, quand elle attend des aides d’urgence et un financement de la PAC dans le cadre financier pluriannuel à la hauteur des besoins.