A propos de la main-d’œuvre détachée en agriculture en particulier, et de la motivation à y travailler, en général Publié le 4 septembre 2020 par Damien BONDUELLE

L’épisode de confinement et de fermeture des frontières dû au Covid 19 a permis à de nombreux consommateurs de prendre conscience de l’existence et du rôle crucial des travailleurs agricoles. Cette « armée de l’ombre de l’agriculture », pour reprendre l’expression du ministre de l’agriculture de l’époque, est devenue subitement et cruellement manquante bien qu’indispensable pour nourrir la population. On se souvient aussi de la difficulté à garder et à motiver les travailleurs agricoles parfois bénévoles et souvent improvisés, venant prêter main forte aux agriculteurs.

 

Le 13 août dernier, Willam Plummer signait un article dans Le Figaro à propos de la surveillance particulière des services de l’Etat sur le travail détaché* dans différents domaines professionnels et notamment en agriculture, ayant amené, écrit-il, les entreprises à respecter l’équivalence de traitement entre ces travailleurs étrangers et les citoyens français. Pour avoir pratiqué l’emploi de travailleurs étrangers sur une exploitation agricole à forte utilisation de main-d’œuvre, je ne me souviens pas avoir bénéficié de coûts horaires plus bas que pour les salariés permanents et locaux, la législation étant parfaitement claire sur cette obligation de rémunérer le personnel sur les mêmes bases. Par contre, la motivation au travail et la productivité constatée me motivait pour ce type de recrutement, sachant que la différence de coût, issue d’une utilisation d’heures majorées beaucoup plus importante, était largement compensée par la productivité et l’assiduité sur le terrain de la part de ces travailleurs en détachement, facilitant grandement l’organisation du travail.

 

Nouveaux arguments pour de nouveaux comportements

Et c’est surtout sur la base de la mauvaise réputation du travail manuel en agriculture qu’il fallait trouver une main-d’œuvre de remplacement, malgré une disponibilité apparente d’inscrits potentiels dans les bureaux de recrutement ou même à Pôle Emploi. Alors, comment modifier cette triste réputation alors que le domaine agricole possède de solides atouts pour satisfaire une population que l’on dit attirée par la nature, le retour aux sources, et voulant profiter d’un maximum de bienfaits que peut offrir la ruralité ? Encore faut-il en accepter quelques contraintes comme les aléas climatiques, la pluie, le froid ou au contraire les grosses chaleurs, quand ce n’est pas un problème d’horaire : en agriculture on se lève souvent très tôt, avant les poules ! Et c’est en fait tout le problème, car ces contraintes pénalisantes pour le bien-être et la vie familiale sont souvent un obstacle difficile à franchir.

 

A l’inverse, il serait intéressant d’écouter les personnes qui trouvent un intérêt à leur travail en entreprise agricole, là où la diversité des métiers et des compétences ne manquent pas. Les arguments sont étonnants. Ce qui revient souvent, c’est l’autonomie et la formidable liberté d’action, imposées par le caractère même des prestations agricoles, où la pratique de l’initiative individuelle vient compléter une solidarité d’équipe dans un cadre souvent clairement défini comme les volumes à traiter, la qualité des produits et l’importance de leur présentation, dernier élément qui rapproche l’acteur agricole au consommateur qu’il est lui-même. Mais au-delà de l’organisation du travail, c’est l’environnement lui-même qui attire. Comment expliquer la différence entre le travail au champ en comparaison au vacarme d’un atelier fermé ?  Comment ne pas apprécier l’ambiance des équipes de vendanges malgré le stress de la météo et la nécessaire adaptation aux contraintes de la maturité des raisins, qui bouscule les organisations ?

 

Oui il faut des capacités physiques pour une prestation parfois exigeante tant en rythme qu’en dextérité, et un temps d’adaptation nécessaire. Mais l’enjeu en vaut la peine si les bonnes volontés prennent l’avantage sur les résistances. Il nous faut donc créer les outils nécessaires, non pas pour générer une relocalisation – nous sommes bien ici sur le territoire français – mais pour rendre attractifs les travaux agricoles auprès de nos concitoyens en leur apportant les éléments permettant une réelle motivation à ce challenge.

 

Du côté des employeurs, la formation, le climat de confiance et une meilleure ambiance générale sur les lieux de travail, sources de bien-être et de motivation, permettront aux salariés de s’y investir sereinement. Ce nouveau comportement serait la base d’une meilleure réputation du travail au sein de nos entreprises agricoles, entraînant elle-même l’envie pour les sans-emploi d’y être intégrés.

 

 

* Instauré par une directive européenne en 1996, le détachement permet à toute entreprise d’un État membre de faire travailler, pour une durée limitée, des salariés d’un autre État de l’Union.

@SAFThinkTank