3 questions à
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05/03/2026
Crédit Agricole du Maroc
Au Maroc, le changement climatique impacte la production agricole depuis plusieurs décennies, si bien qu’aujourd’hui les risques climatiques sont considérés comme des risques financiers à part entière. C’est pourquoi le Crédit Agricole du Maroc a adopté différents leviers pour accompagner les acteurs agricoles et agroalimentaires à s’adapter et à atténuer les effets du changement climatique, dans le cadre de sa stratégie de développement durable.
Lamya Taimouri et Meryem Benabdallah du Pôle Expertise Agricole et Développement Durable répondent à nos questions.
1/ Pouvez-vous présenter le Crédit agricole du Maroc, cette banque qui finance l’agriculture marocaine, son historique et son positionnement ?
Depuis sa création en 1961, le Crédit Agricole du Maroc (CAM) s’est imposé comme le partenaire historique du monde agricole et rural. Sa mission fondatrice est claire : financer l’agriculture et contribuer au développement du monde rural dans toutes ses dimensions économiques, sociales et humaines.
Confronté dès ses premières décennies aux contraintes structurelles de l’agriculture marocaine, et plus particulièrement aux épisodes récurrents de sécheresse des années 1980, l’établissement a engagé une évolution progressive de son modèle. Cette transformation visait à dépasser une approche conjoncturelle du financement agricole pour intégrer une lecture plus structurelle des risques, notamment climatiques, et renforcer la résilience des exploitations et des filières.
Devenu société anonyme en 2003, le CAM s’est imposé depuis 2008 comme un groupe bancaire majeur, doté d’un positionnement de banque universelle investie d’une mission socio-économique. Banque citoyenne, le Crédit Agricole du Maroc place les enjeux environnementaux et sociaux au cœur de son action, en accompagnant une agriculture durable, inclusive et résiliente.
Aujourd’hui 4ème banque de la place, le Crédit Agricole du Maroc s’appuie sur un modèle de collecte majoritairement urbain pour financer durablement l’agriculture. À travers une stratégie de financement structurée des filières agricoles et agro-industrielles, couvrant l’amont comme l’aval des chaînes de valeur, le CAM accompagne les investissements productifs, la modernisation des exploitations et la transformation agro-industrielle. Cette approche lui permet de financer, de manière structurelle, plus de 80 % des projets agricoles et agro-industriels au niveau national.
2/ Quelles sont les stratégies nationales dans lesquelles les actions du Crédit Agricole du Maroc s’inscrivent en matière de climat et de développement durable ?
En tant que bras financier du ministère de l’Agriculture, le Crédit Agricole du Maroc joue un rôle clé dans la mise en œuvre des stratégies agricoles nationales.
Entre 2008 et 2020, le Plan Maroc Vert a porté le développement d’une agriculture performante et solidaire, notamment à travers la structuration des filières, permettant de mobiliser près de 70 milliards de dirhams d’investissements au profit des projets agricoles et agro-industriels avec l’appui du CAM.
Depuis 2020, la stratégie Génération Green 2020-2030 prolonge cette dynamique en consolidant les acquis du secteur et en favorisant l’émergence d’une classe moyenne rurale. Dans ce cadre, le CAM est signataire, aux côtés du ministère de l’Agriculture et des filières, de contrats-programmes engageant les filières sur des objectifs de production, de durabilité et de création de valeur.
Ces orientations agricoles intègrent désormais pleinement les enjeux environnementaux et sociaux, faisant du développement durable un axe structurant des politiques sectorielles et des dispositifs de financement du secteur. C’est dans cette continuité, et en cohérence avec les engagements internationaux du Royaume du Maroc, notamment les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies et l’Accord de Paris à travers les Contributions Déterminées au niveau National, que le Crédit Agricole du Maroc a renforcé et structuré ses mécanismes de financement verts et durables.
Ces dispositifs visent à traduire concrètement les orientations nationales et internationales en actions au service des filières agricoles et agro-industrielles, contribuant à la fois à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et à l’adaptation aux effets du changement climatique.
3/ En quoi consiste le programme ISTIDAMA, qui bénéficie du soutien de l’Agence française de développement et encourage la transition verte des secteurs agricole et agro-industriel ?
Lancé en 2020 en partenariat avec l’Agence française de développement, le programme ISTIDAMA constitue l’un des leviers opérationnels de la stratégie de développement durable du Crédit Agricole du Maroc.
Il vise à accompagner la transition verte des secteurs agricole et agro-industriel à travers des investissements dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la gestion durable des ressources. Il se décline notamment à travers :
- ECOTAQA Agriculture et ECOTAQA Agro-Industrie, dédiés à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables ;
- AGRONIFAYA, pour le traitement et la valorisation des déchets agricoles et agro-industriels ;
- BIOFILAHA, pour le financement de l’agriculture biologique.
Ces offres combinent crédits d’investissement, primes et assistance technique. À titre d’exemple, ECOTAQA permet de financer l’installation de panneaux photovoltaïques dans les exploitations agricoles, tandis qu’AGRONIFAYA accompagne des projets de valorisation des effluents d’élevage, de compostage, de biomasse ou de recyclage des déchets agricoles. BIOFILAHA soutient quant à elle l’acquisition d’équipements et d’intrants en agriculture biologique, sous condition de certification.