3 questions à
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29/06/2026
Jean-Luc Duval, président de La Coopération Agricole
Éleveur de jeunes bovins dans l’Orne et producteur de pommes à cidre, Jean-Luc Duval a consacré plus de vingt ans de son engagement à la défense des agriculteurs, à la valorisation du travail et de la production agricole et au développement du modèle coopératif. Président national de Jeunes Agriculteurs de 2000 à 2002, vice-président du groupe coopératif Agrial depuis 2007 et vice-président national de La Coopération Agricole depuis 2024, il succède à Dominique Chargé à la tête du premier mouvement économique agricole et agroalimentaire français.
Vous prenez la présidence de La Coopération Agricole dans un contexte de ralentissement économique, de tensions géopolitiques et d’accélération du changement climatique avec des impacts directs sur le secteur. Quelle sera votre priorité ?
Je suis fils d’agriculteur, je suis agriculteur. J’ai passé ma vie à produire. Alors forcément, voir un grand pays agricole douter de sa capacité à produire m’interroge. Ma priorité sera de remettre la production au cœur du débat public.
Nous vivons une période paradoxale. Jamais les attentes envers l’agriculture et l’alimentation n’ont été aussi fortes : souveraineté alimentaire, climat, biodiversité, santé, énergie, emploi, vitalité des territoires. Pourtant, dans le même temps, notre capacité de production recule.
Je veux porter une conviction simple : pour réussir les transitions nous devons retrouver notre compétitivité, la décroissance n’est pas une option. La transition écologique, la transition énergétique ou encore l’adaptation de l’offre alimentaire pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation, ne pourront aboutir que si nous conservons des agriculteurs, des outils de transformation et des filières compétitives, attractives et solides sur nos territoires.
C’est précisément le rôle des 2000 coopératives agricoles partout en France : accompagner les agriculteurs coopérateurs, investir sur le temps long et construire des solutions collectives.
Quel rôle les coopératives agricoles ont-elles à jouer dans la reconquête de la souveraineté alimentaire française ?
Quand je regarde les coopératives, je vois surtout 3 agriculteurs sur 4 qui ont choisi de se regrouper pour être plus forts, ensemble.
Les coopératives agricoles sont l’un des atouts stratégiques les plus méconnus de notre pays. Pourtant, je rappelle qu’elles représentent 70 % de la production agricole française, près de 50 % de l’agroalimentaire, et plus de 200 000 salariés
Mais leur véritable force réside ailleurs : elles appartiennent aux agriculteurs eux-mêmes.
Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, le changement climatique et des marchés de plus en plus volatiles, notre modèle apporte une réponse moderne : créer de la valeur tout en conservant l’ancrage territorial, investir tout en raisonnant sur le long terme, innover et investir tout en maintenant la gouvernance entre les mains des agriculteurs eux-mêmes. C’est ça l’avenir.
Justement, quelle ambition portez-vous pour les coopératives agricoles dans les années à venir ?
Quand j’avais 35 ans, j’étais président des Jeunes Agriculteurs. Aujourd’hui, j’ai la responsabilité de présider La Coopération Agricole. Entre les deux, j’ai vu des générations d’agriculteurs s’installer, réussir, innover, mais aussi parfois renoncer face aux difficultés économiques, réglementaires ou au manque de perspectives.
L’une de mes priorités est désormais de redonner envie à une nouvelle génération d’agriculteurs coopérateurs de prendre le relais. Cela passe par des revenus, mais aussi par de la visibilité, de la stabilité et de la confiance dans l’avenir. Nous ne relèverons pas les défis agricoles, alimentaires et climatiques de demain sans femmes et sans hommes pour les porter.
Cela suppose de retrouver une juste répartition de la valeur sur l’ensemble de la chaîne alimentaire de l’amont à l’aval et donc des marges de compétitivité pour investir et moderniser davantage nos outils de production et reconquérir des parts de marchés, notamment à l’international.
Cela suppose aussi d’accélérer l’innovation, qu’il s’agisse de génétique, de numérique, d’intelligence artificielle ou d’adaptation au changement climatique.
Les coopératives ont été créées par des agriculteurs qui ont compris que les défis se relevaient mieux collectivement qu’individuellement. Je suis convaincu que cette idée reste extraordinairement moderne pour répondre aux défis des 20 prochaines années et même au-delà.