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3 questions à

Temps de lecture : 5 min

09/07/2026

Béatrice Mottier, déléguée générale du CNRA

Béatrice Mottier, déléguée générale du CNRA (Conseil National pour la Résilience Alimentaire), revient pour nous sur la notion de « résilience alimentaire » et sur les enjeux qu’elle soulève face aux aléas climatiques, géopolitiques, sanitaires et économiques qui ponctuent l’actualité. L’occasion d’aborder les missions essentielles portées par le CNRA et les temps forts à venir de l’association.

1/ Le CNRA est né en 2020 autour de la notion de « résilience alimentaire ». Comment définissez-vous aujourd’hui cette notion, et en quoi répond-elle aux fragilités révélées par les crises récentes : climat, logistique, pouvoir d’achat, souveraineté alimentaire ?

La résilience alimentaire d’un territoire, c’est sa capacité à nourrir sa population, quels que soient les aléas. Qu’ils soient climatiques, géopolitiques, sanitaires ou économiques.

Les derniers mois en sont une illustration presque quotidienne. Guerre en Ukraine, tensions autour du détroit d’Ormuz, événements climatiques extrêmes, épizooties, inflation… autant de situations qui nous rappellent combien notre système alimentaire est fragile.

On parle beaucoup de souveraineté alimentaire, c’est-à-dire de notre capacité à produire. C’est indispensable, mais cela ne suffit pas. La vraie question est aussi celle de notre capacité à permettre à chacun d’accéder à une alimentation saine, abordable et durable, quand surviennent les crises et chacun peut constater qu’elles sont récurrentes et de plus en plus nombreuses.

Pour y parvenir, nous devons préserver nos capacités de production, accompagner la transition de nos modèles agricoles, protéger nos ressources et recréer des filières robustes dans les territoires.

Pour le CNRA, il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans résilience. Et il n’y a pas de résilience sans une vision qui relie agriculture, alimentation, santé, économie et territoires.

2/ Le CNRA organise ses actions autour de trois verbes : relier, influencer, outiller. Pouvez-vous expliquer ce que recouvrent concrètement ces trois dimensions dans votre fonctionnement quotidien ?

Ces trois verbes résument notre raison d’être.

Relier, parce que la résilience alimentaire est un sujet transversal. Aucun acteur ne peut la porter seul. Nous agrégeons celles et ceux qui font bouger les lignes, nous faisons dialoguer des mondes qui travaillent encore trop souvent en parallèle : agriculteurs, entreprises, chercheurs, collectivités, acteurs de la santé, de la restauration collective ou encore associations. C’est cette diversité qui fait la richesse du CNRA. Notre capacité à se mobiliser, à échanger et à partager est puissante. C’est à cela que prennent part nos adhérents.

Influencer, ensuite. Pour faire évoluer le regard sur les sujets de résilience alimentaire, ils sont au croisement de nombreux enjeux : économiques, sanitaires, environnementaux, sociaux et territoriaux. Notre rôle est d’alimenter le débat public avec une vision constructive. Nous le faisons avec nos CNRApitch, ces webinaires abordent de façon pédagogique des sujets de fond avec des experts mais aussi, lors de notre journée parlementaire qui regroupe politiques, scientifiques et acteurs de la Résilience alimentaire.

Enfin, outiller. Pour accompagner celles et ceux qui souhaitent avancer sur le chemin de la résilience alimentaires des territoires, comme les acteurs publics, les collectivités ou les entreprises nous avons créé un Guide AFNOR Spec des bonnes pratiques qui est illustré d’exemples concrets pour passer à l’action. Il a été réalisé en mobilisant plus de 200 acteurs (scientifiques, entreprises, associations, producteurs, etc.) de la résilience alimentaire. Ce guide fait aujourd’hui l’objet d’un travail miroir au niveau européen auquel nous participons aux côtés de l’AFNOR et se poursuit au travers de nos Trophées qui permettent de poursuivre ce sourcing de bonnes pratiques. Nous avons également créé une formation dédiée sur ce sujet à l’intention des décideurs et acteurs de terrain qui souhaitent passer à l’action. Nous allons travailler demain sur la création d’un Indice pour la résilience alimentaire des territoires, ce sera un outil qui permettra aux acteurs territoriaux de voir où ils en sont et sur quels leviers appuyer pour évoluer positivement.

3/ À quelques mois de la prochaine Présidentielle, quels sont les principaux projets ou priorités du CNRA ?

Nous voulons avant tout incarner ce que nous sommes : un réseau de terrain et un accélérateur de solutions.

C’est tout le sens du Tour de France de la résilience alimentaire que nous lancerons dans les prochaines semaines. Nous irons à la rencontre des territoires pour montrer que la résilience alimentaire est en action mais que chacun doit agir pour un passage à l’échelle que les urgences réclament. Ce sera aussi l’occasion de mettre en lumière nos adhérents, d’écouter les acteurs locaux et de nourrir le débat avec des expériences de terrain.

À l’approche de l’élection présidentielle, nous souhaitons aussi replacer l’alimentation au cœur du débat public. C’est un sujet qui concerne chacun d’entre nous, trois fois par jour. Parler de l’assiette, c’est parler d’agriculture, bien sûr, mais aussi de santé, d’économie, de climat, d’aménagement du territoire et de pouvoir d’achat. Notre journée parlementaire de février, puis le Salon international de l’agriculture, seront des temps forts pour porter cette vision et rappeler que la résilience alimentaire est un enjeu d’avenir qui dépasse largement le seul secteur agricole.