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3 questions à

Temps de lecture : 5 min

13/05/2026

Paul Auffray, nouveau président de l’Acta

Paul Auffray, éleveur en Bretagne spécialisé en production porcine et cultures céréalières, succède à Anne-Claire Vial à la présidence de l’Acta.

Votre parcours est fortement ancré dans les filières agricoles et les organisations professionnelles. Cela change votre manière d’aborder la présidence de l’Acta ?

J’ai commencé par les Jeunes Agriculteurs. Je m’y suis retrouvé très vite, d’abord par curiosité et par souci d’ouverture d’esprit. Quand on est jeune exploitant et qu’on fonce dans le travail, on a aussi besoin de prendre du recul et le pouls du métier que l’on exerce. Très rapidement, je suis devenu président des JA des Côtes-d’Armor, puis membre du bureau national, d’abord avec Christiane Lambert, puis avec Pascal Coste.

En 2001, je suis rentré à la Chambre d’agriculture. J’ai pris la responsabilité de la filière porcine pour la région Bretagne et piloté la reconstruction de la station expérimentale porcine de Crécom. Je suis administrateur de la Fédération Nationale Porcine, sans discontinuité depuis 1996. Je suis devenu, en 2004, secrétaire général sous la présidence de Jean-Michel Serres, puis j’ai ensuite effectué deux mandats à la présidence, parallèlement à d’autres responsabilités, notamment à l’Ifip-Institut du porc.

Tout cela pour dire qu’aujourd’hui, en prenant la présidence de l’Acta, je m’appuie sur 30 ans d’expérience. On ne se décrète pas président d’une structure collective du jour au lendemain. Il faut avoir exercé des responsabilités, piloté des conseils d’administration, pris des décisions. C’est cela qui donne du corps à un engagement.

Quelle vision souhaitez-vous porter à la tête de l’Acta, et comment comptez-vous travailler avec les différentes filières et partenaires agricoles ?

La vision, on la partage avec les représentants professionnels, la recherche, les coopératives, les Chambres d’agriculture, des structures comme Agridées, et bien sûr les pouvoirs publics. Il ne faut pas hésiter à développer des relations très larges pour affiner sa vision et sa stratégie. C’est important, parce qu’en tant qu’instituts, nous n’avons pas vocation à définir la vision de l’agriculture française de demain. Ce n’est pas notre rôle. Nous sommes avant tout une boîte à outils, un collectif d’expertise et d’innovation, au service des besoins des filières et des agriculteurs pour accompagner les transitions.

Il est important de bien connaître le réseau, les responsables, les interlocuteurs des secteurs agricoles pour pouvoir avancer efficacement et collectivement.

Vous insistez sur l’importance de la recherche appliquée. Concrètement, comment l’Acta peut-elle renforcer encore le lien entre production scientifique et besoins opérationnels des agriculteurs ?

Vous n’êtes pas sans savoir que les sujets agricoles font aujourd’hui beaucoup débat dans la société, dans les médias, au Parlement ou encore au sein d’associations. Pour faire simple, moins les gens connaissent l’agriculture, plus ils ont un avis tranché. Comme beaucoup d’agriculteurs, je dois dire que cela m’agace beaucoup.

Tout le monde a un avis sur l’eau, sur les phytosanitaires, sur les types d’élevages qu’il faudrait développer. Ce que je souhaite surtout, c’est pouvoir répondre à ces controverses et apporter un éclairage crédible et objectif.

Et c’est là que la recherche appliquée joue un rôle essentiel. Tous les sujets de recherche, qu’ils concernent le végétal ou l’animal, doivent évidemment faire l’objet d’un travail scientifique approfondi. Mais pour que ces travaux deviennent réellement utiles aux agriculteurs, ils doivent être validés, testés et confirmés dans des conditions concrètes. Un protocole expérimental peut être scientifiquement intéressant, donner de bons résultats en station, mais s’il n’a pas de viabilité économique correcte, il sera difficilement applicable sur le terrain. C’est bien pour cela que la notion de recherche appliquée est essentielle : il faut des travaux scientifiquement pertinents et surtout applicables dans les exploitations, avec des conséquences économiques positives.

Il arrive parfois que des travaux n’aboutissent pas aux résultats espérés. Mais un résultat négatif reste aussi une réponse utile. Il permet de dire à la profession : « ce n’est pas cette voie-là qu’il faut suivre ». En ce sens, l’échec n’est pas forcément négatif dès lors qu’il est analysé et qu’il apporte des enseignements.

Nous avons la chance d’avoir un dispositif agricole quasi unique en Europe, fondé sur plusieurs piliers complémentaires : le syndicalisme, les coopératives et les structures économiques privées, les Chambres d’agriculture et les instituts techniques. À mes yeux, cet équilibre est un véritable atout qu’il faut préserver.

Quelles sont les priorités stratégiques de l’Acta pour les prochaines années ?

La question de l’eau est un enjeu majeur, qu’il s’agisse des usages et ou de sa qualité. Le sujet du changement climatique s’impose avec de nouvelles pratiques, des évolutions d’assolement et d’élevage. Cela passera notamment par des évolutions variétales, mais aussi par une adaptation des systèmes de production. Toutes les régions françaises sont touchées mais pas forcément de la même manière.

Un autre sujet important concerne la santé des plantes. Je considère que le terme de « pesticides », ne veut pas dire grand-chose. Entre un fongicide et un insecticide, il n’y a rien de comparable. Quand on intervient, c’est avant tout pour préserver la santé des plantes. Il est important de distinguer les usages, les familles de produits, les risques, les alternatives et les conditions d’emploi. Notre rôle est d’objectiver ces sujets, avec rigueur scientifique, sans caricature.

Il y a aussi les questions liées au bien-être animal et à la relance de l’élevage. Enfin, il y a tout ce qui tourne autour du numérique et de l’intelligence artificielle. Je pense que, dans les prochaines décennies, ces outils vont permettre aux agriculteurs de progresser dans leurs pratiques et dans le pilotage de leurs exploitations.

Agridées et l’Acta mènent des travaux et des réflexions sur l’avenir de l’agriculture française. Voyez-vous des complémentarités ?

Nous devons collectivement imaginer l’agriculture de demain. Cela pose de nombreuses questions de fond : Quel modèle agricole voulons-nous préserver ? Une agriculture familiale ou une agriculture davantage capitalistique et sociétaire ? Quelle taille idéale d’exploitation faut-il viser ? Faut-il encourager davantage les systèmes de polyculture-élevage qu’on a parfois tendance à abandonner aujourd’hui ? Comment accompagner la diversification des activités, par la méthanisation par exemple.

Il y a aussi toute la question du renouvellement des générations. Quel type de chefs d’entreprise voulons-nous demain ?

La question du pilotage du foncier est également centrale, tout comme celle des modalités de financement des entreprises. Entre les exploitations qui empruntaient 500 000 euros il y a quinze ans et celles qui mobilisent plusieurs millions d’euros aujourd’hui, les enjeux ont complètement changé.

Toutes ces questions méritent d’être posées et d’être étudiées et analysées par les instituts techniques et leurs partenaires.