Site non disponible sur ce navigateur

Afin de bénéficier d'une expérience optimale nous vous invitons à consulter le site sur Chrome, Edge, Safari ou Mozilla Firefox.

Retour à la liste des contenus

3 questions à

Temps de lecture : 5 min

28/04/2026

Ludivine Allardon, directrice générale d’Agrosolutions

Replacer l’agronomie au cœur des décisions : de l’amont à l’aval, les nouveaux modèles pour des exploitations plus résilientes

Face aux aléas climatiques, aux tensions économiques et à l’évolution des attentes sociétales, les filières agricoles doivent repenser leurs modèles d’accompagnement. Plus que jamais, la réflexion agronomique ne peut se limiter à une approche segmentée : elle doit relier l’amont à l’aval, reconnecter performance économique et performance agronomique, et intégrer de nouveaux leviers comme les agrienergies ou les services environnementaux rendus. Cette conviction peut se lire à travers trois axes structurants : anticiper, régénérer, sécuriser. Trois leviers complémentaires qu’Agrosolutions active en articulant les besoins des filières avec les réalités du terrain agricole.

Cabinet d’expertise conseil en agriculture et environnement, Agrosolutions compte 50 collaborateurs et accompagne depuis plus de 50 ans les transitions agricoles et agroalimentaires en mobilisant l’expertise agronomique, l’innovation collective et l’ancrage territorial.

1/ Pourquoi devient-il indispensable de repenser les modèles d’accompagnement entre production agricole, filières et marchés ?

Pendant longtemps, les évolutions des pratiques agricoles ont été largement guidées par l’aval des filières : exigences des marchés, cahiers des charges industriels, attentes de transformation ou de distribution. Cette organisation a permis de structurer les débouchés, mais elle a parfois laissé penser que l’innovation et la valeur se décidaient principalement après la production.

Aujourd’hui, chez Agrosolutions, nous pensons que l’amont a, lui aussi, beaucoup à apporter. Les agriculteurs sont avant tout des chefs d’entreprise. Ils ne sont pas seulement les exécutants de standards de filière : ils portent des solutions concrètes en matière d’agronomie, de résilience, de performance environnementale et d’innovation opérationnelle.

C’est en partant de ce constat que nous avons notamment créé le référentiel APPRIVOISE pour mesurer la biodiversité agricole à travers 6 indicateurs simples et tracé dans SMAG. Pensé avec les agriculteurs, cet outil illustre une conviction simple : lorsqu’un dispositif de pilotage est construit à partir des réalités du terrain, il devient plus simple à renseigner, plus utile pour la prise de décision et plus pertinent à remonter à l’échelle des filières. L’enjeu n’est pas d’imposer de nouveaux reportings, mais de faire émerger des indicateurs réellement utilisables et créateurs de valeur pour tous.

Cette logique irrigue d’autres démarches que nous accompagnons. La charte Harmony, portée avec Mondelez, a ainsi permis de structurer des indicateurs agroenvironnementaux concrets autour des pratiques culturales et de la biodiversité. Dans l’Aube, nous contribuons également, avec la Chambre d’agriculture, à la structuration d’une filière maraîchère territoriale, en reconnectant production locale, débouchés économiques et organisation collective.

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage, mais de produire durablement, efficacement et avec une meilleure maîtrise des risques. Dans cette dynamique, l’amont agricole entend désormais être pleinement proactif et moteur dans les démarches de durabilité des productions.

2/ En quoi l’agronomie revient-elle aujourd’hui au cœur des enjeux stratégiques ?

L’agronomie redevient centrale car elle constitue la base de la performance durable. Fertilité des sols, gestion de l’eau, biodiversité fonctionnelle, rotations culturales ou résilience face aux stress climatiques ne sont plus des sujets périphériques : ce sont désormais des déterminants économiques majeurs et bien compris par toute la chaîne alimentaire.

Chez Agrosolutions, tout part du terrain et de l’amont agricole. Depuis plus de 50 ans, nos équipes animent le réseau d’expérimentation des coopératives agricoles. Cette proximité avec les réalités agronomiques nous donne une légitimité forte pour accompagner ensuite les agro-industries, les filières et les territoires dans leurs propres trajectoires de transformation.

C’est aussi pour diffuser cette expertise que nous avons développé des formats de transmission accessibles à tous les niveaux de technicité : agroformations, podcasts, modules spécialisés. Qu’il s’agisse de consolider les fondamentaux ou d’approfondir des sujets très techniques comme le stockage du carbone, notre ambition est de faire monter en compétence l’ensemble des acteurs : agriculteurs, coopératives, industriels ou énergéticiens.

L’agronomie permet aussi de concilier productivité et transition environnementale. Elle devient un langage commun entre performance technique, rentabilité économique et exigences réglementaires. Demain, les exploitations les plus compétitives seront souvent celles qui auront investi dans leur capital agronomique : qualité des sols, autonomie, efficience des ressources et capacité d’adaptation.

La recherche appliquée jouera également un rôle décisif pour identifier les solutions pertinentes à l’échelle européenne puis les rendre rapidement opérationnelles sur le terrain afin de changer d’échelle. C’est dans cet esprit qu’Agrosolutions est engagé dans plusieurs projets de recherche sur le carbone – Marvic, Cafamore et Credible – ainsi que sur la biodiversité, avec APPRIVOISE et Bio-Capital.

3/ Comment renforcer durablement la résilience des exploitations ?

La résilience agricole repose sur la capacité à absorber les chocs : hausse des coûts, volatilité des prix, sécheresses, pression réglementaire ou tensions géopolitiques. Pour cela, les exploitations doivent diversifier leurs revenus et sécuriser leurs charges.

Les agrienergies représentent à ce titre un levier stratégique majeur. Pendant longtemps, ces sujets ont été principalement portés par les énergéticiens, qui ont joué un rôle moteur. Aujourd’hui, les coopératives se saisissent pleinement de ces enjeux afin d’accompagner leurs adhérents de manière collective, cohérente et ancrée dans les territoires.

C’est dans cette perspective que nous avons créé le Club Agrienergies, réunissant douze coopératives agricoles. L’objectif est de partager les retours d’expérience, construire des offres adaptées aux agriculteurs adhérents et garantir une cohérence des projets à l’échelle des territoires coopératifs.

Méthanisation, agrivoltaïsme, valorisation de biomasse ou autoconsommation énergétique peuvent générer des revenus complémentaires, améliorer l’autonomie énergétique et stabiliser les modèles économiques. Lorsqu’ils sont structurés à l’échelle collective, ces projets permettent également de mutualiser les investissements, de partager l’expertise et de mieux répartir la valeur créée.

Mais ces projets n’ont de sens que s’ils s’intègrent dans une stratégie agronomique cohérente. L’énergie ne doit pas se substituer à la vocation nourricière de l’agriculture, mais venir en complément pour renforcer la robustesse des exploitations et accélérer leur transition. Plus largement, la résilience passe par une approche combinée : excellence agronomique, diversification économique, innovation collective et accompagnement de long terme. C’est sans doute là que se jouera l’avenir de l’accompagnement agricole : aider les exploitants non seulement à produire, mais à durer.