3 questions à
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26/01/2026
Alexandre Merle, agriculteur et président de l’association Les Voix Agricoles
Dans un contexte où la parole agricole peine souvent à se frayer un chemin entre polarisation médiatique et injonctions contradictoires, nous avons posé trois questions à Alexandre Merle, agriculteur et président de l’association Les Voix Agricoles qui revient sur la genèse et la mission du collectif, ainsi que sur son ambition : redonner toute sa place au témoignage du terrain.
1/ Quelle est l’origine de l’association Les Voix Agricoles et quel constat vous a poussée à la créer ?
Avant la naissance de notre association, le projet des Voix Agricoles avait été lancé par Marine Colli, consultante indépendante spécialiste des politiques agricoles, avec le soutien de la Fondation européenne pour le Climat, avec cet objectif : essayer de contribuer à dépolariser le débat public agricole, en l’enrichissant de témoignages et de récits individuels d’agricultrices et d’agriculteurs d’horizons et de profils divers, engagés dans la transition écologique à l’échelle de leur ferme. L’ambition était d’essayer de faire une place pour les agriculteurs qui voudraient prendre la parole dans le débat public non pas pour choisir un camp idéologique parmi ceux dont on nous met en scène l’affrontement en permanence et s’y tenir, mais au contraire pour parler très concrètement de ce qu’ils font sur leur exploitation pour s’adapter au changement climatique et améliorer leurs pratiques au regard des enjeux de durabilité, de ce qui marche, de ce qui ne marche pas, de leurs besoins d’accompagnement.
Pour essayer cela, la première étape a été de « recruter » une première promotion d’agricultrices et d’agriculteurs en janvier 2025 qui ont accepté de se lancer dans cette aventure. C’est au milieu du programme de cette première promotion qu’a émergé l’idée de se structurer en association, pour pérenniser le projet et l’ouvrir à d’autres promotions annuelles d’agriculteurs. Le Conseil d’administration de notre association est composé de 12 agricultrices, agriculteurs et étudiants de la 1ère promotion.
2/ En quoi consiste concrètement l’action de Les Voix Agricoles et comment accompagnez-vous les agriculteurs engagés dans les transitions ?
La mission de notre association se concentre sur le volet « communication » de la transition agricole. Concrètement, nous recrutons chaque année une « promotion » d’agricultrices, d’agriculteurs, d’étudiant(e)s en agriculture/agronomie d’horizons et de profils très divers, qui s’engagent dans un programme annuel de formation (à la prise de parole, au media training, aux réseaux sociaux, à la connaissance du fonctionnement médiatique et institutionnel, …) et de sessions de dialogue avec une très grande diversité d’acteurs de la transition agricole (experts, acteurs des filières économiques, acteurs associatifs, acteurs politiques, …). Nous fonctionnons principalement en visioconférence (2 sessions par mois) et organisons également 2 séminaires en présentiel ainsi que plusieurs événements publics par an, toujours avec la volonté de faciliter le dialogue entre les agriculteurs d’une part, et entre les agriculteurs et d’autres acteurs du débat sur la transition agricole d’autre part.
La promotion 2026 compte 25 agricultrices, agriculteurs et étudiants, de 18 à 55 ans, représentant toutes les productions et toutes les régions agricoles de France.
3/ Quel impact espérez-vous pour Les Voix Agricoles sur le débat public agricole en France ?
L’apport de ces témoignages individuels, directement connectés à la ferme, vise également un objectif de réconciliation et de décloisonnement. En montrant la voie à de possibles récits en commun, impliquant agriculteurs et citoyens et transcendant les clivages entre organisations qui sont peut-être parfois – ou tout du moins en partie – artificiels. L’idée n’est évidemment pas pour les agriculteurs des Voix Agricoles de venir parler à la place des organisations dont la parole est nécessaire et légitime, mais simplement d’apporter à côté de cette parole collective une multitude d’illustrations bien concrètes de ce qu’est ou devrait être la transition agricole, à l’échelle des fermes.