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23/04/2026

One Health / Une Seule Santé

Dans le cadre de sa présidence du G7 en 2026 et à l’occasion de la journée mondiale de la santé, la France a accueilli le Sommet One Health/Une Seule Santé à Lyon du 5 au 7 avril, aboutissant à un certain nombre d’engagements. Cet événement international, inauguré par le Président de la République, a réuni un large panel : personnalités politiques, scientifiques, chefs d’entreprises, organisations non gouvernementales et organismes de financement (banques publiques de développement et organisations philanthropiques). La bonne nouvelle est que l’alimentation y a tenu un rôle important comme facteur de prévention/santé, non seulement dans la vision politique mais aussi dans la mobilisation des scientifiques.

Pour rappel, l’approche « One Health / Une Seule Santé », que nous travaillons chez Agridées depuis plusieurs années[1], repose sur le fait que les santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes, indissociables et intimement liées. Les nombreuses crises sanitaires, et tout particulièrement la pandémie de Covid-19, ont montré combien une mobilisation collective et interdisciplinaire était nécessaire pour mettre en place des actions de prévention des risques sanitaires, dont les impacts économiques sont substantiels.

Le Sommet One Health d’avril 2026 a confirmé le portage politique de cette approche dans une démarche de prévention/santé. Lors des différentes sessions, tables rondes et conférences de cet événement, les experts ont en effet rappelé qu’il est environ cent fois moins coûteux d’investir dans la prévention que de remédier aux conséquences d’une urgence sanitaire[2]. Un autre élément déterminant pour cadrer le débat, 75 % des maladies émergentes chez les humains sont aujourd’hui d’origine animale, une meilleure coordination interdisciplinaire et internationale est donc nécessaire, sur la base d’un solide socle scientifique.

Deux angles ont particulièrement retenu notre attention dans ce Sommet : la place importante accordée au rôle de l’alimentation pour la prévention, notamment au niveau territorial, et la mobilisation de la recherche internationale sur le rôle des microbiomes en termes de surveillance et de prévention One Health.

L’alimentation durable positionnée au premier plan en matière de prévention/santé

Le colloque scientifique « One Health, One Science », qui s’est tenu dans le cadre du Sommet, rassemblant plusieurs centaines de chercheurs, a proposé une série de recommandations[3] concernant les deux piliers classiques de One Health (maladies infectieuses (ré)émergentes et résistances aux antimicrobiens) et deux autres piliers plus récemment pris en considération dans One Health : les pollutions et les systèmes alimentaires durables.

Concernant spécifiquement les systèmes alimentaires durables, les scientifiques ont proposé notamment de :

  1. Lutter contre la pollution alimentaire en adoptant une approche exposome[4] pour comprendre les contaminations cumulatives (chimiques, biologiques et physiques) tout au long des chaînes alimentaires ;
  2. Prévenir les maladies chroniques liées à l’alimentation, en intégrant explicitement les maladies non transmissibles dans One Health et en réglementant les produits ultra-transformés ;
  3. Promouvoir des systèmes alimentaires territoriaux durables, reconnaitre le territoire comme échelle privilégiée pour la transformation des systèmes alimentaires et mettre en œuvre des politiques alimentaires territoriales ;
  4. Soutenir la transition vers des systèmes agroécologiques, notamment en développant des cadres pour rémunérer des services écosystémiques, et préserver la biodiversité dans les systèmes alimentaires.

Nous avons suivi avec intérêt la proposition 3 de promotion de systèmes alimentaires territoriaux durables, qui fait écho aux Projets alimentaires territoriaux (PAT) français. Dans la Note stratégique d’Agridées de 2024, nous indiquions que « les PAT sont, sans s’afficher comme tels, des manifestations opérationnelles de One Health ».  Notons que la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) publiée début 2026[5] les positionne comme des « leviers de transition des territoires » mais qu’ils pâtissent avant tout de financements de plus en plus limités.

La proposition 4 retient également notre attention, la rémunération des services environnementaux fournis par les agriculteurs figurant parmi les propositions d’Agridées dans différentes Notes stratégiques récemment publiées sur l’action climatique, la bioéconomie territoriale, ou encore One Health. Dans cette dernière, nous proposons un système de « Paiements pour services de santé publique » sur le modèle des Paiements pour services environnementaux et répondant à des objectifs sanitaires.

Sur cet axe de l’alimentation, la FAO[6] a annoncé au Sommet qu’elle lancera un cadre stratégique pour intégrer l’approche One Health dans les politiques et programmes agroalimentaires et qu’elle organisera en septembre 2026 une conférence internationale sur la mise en œuvre de One Health dans les systèmes alimentaires.   

Mobilisation de la recherche internationale sur les microbiomes

Une 5ème proposition du colloque scientifique en matière d’alimentation durable a consisté à créer un observatoire mondial des microbiomes One Health et utiliser les microbiomes comme un outil stratégique pour la durabilité de l’agriculture, l’aquaculture, l’élevage et la transformation alimentaire. Dans la foulée du Sommet, l’INRAE[7] a annoncé la création de cet observatoire qui cherchera à mieux comprendre le rôle des microbiomes (humains, des sols, des océans et des agroécosystèmes) dans Une Seule Santé.  L’étude et la surveillance des microbiomes pourrait en effet permettre de :

  • Mieux identifier les pathogènes potentiels avant qu’ils ne franchissent la barrière des espèces dans le cas des maladies zoonotiques;
  • Lutter contre la résistance aux antimicrobiens de microorganismes présents dans les sols, les nappes phréatiques et les animaux d’élevage ;
  • Renforcer la densité nutritionnelle des aliments et la sécurité alimentaire, la richesse en nutriments de l’alimentation étant directement liée au microbiome des sols, des plantes qui y poussent, de l’appareil digestif des animaux qui s’en nourrissent.

Le Sommet a permis de mettre en lumière de nombreux programmes internationaux de recherche en cours intégrant cette approche microbiome dans One Health. C’est par exemple le cas du World Microbiome Partnership, du programme cadre de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation Horizon Europe (qui finance divers travaux de recherche consacrés aux systèmes alimentaires, à la santé des sols et des animaux d’élevage, à l’environnement ou encore à la santé humaine).

Dans notre pays, France 2030 finance également le programme de recherche « Systèmes alimentaires, microbiomes et santé » piloté par l’INRAE et l’INSERM.

Nous avions identifié le champ des possibles des microbiomes en travaillant le sujet One Health. Nous continuerons à suivre de près les avancées scientifiques sur cette thématique importante pour les pratiques agricoles.

___________________

[1] Deux Notes stratégiques ont été publiées à la suite de réflexions en groupes de travail : One Health / Une Seule Santé : augmentée, territoriale, avec les agriculteurs (2024) et  Pour un score One Health territorial, outil de prévention / santé territoriale à la carte (2025)

[2] Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services – IPBES (octobre 2020) Workshop report on biodiversity and pandemics

[3] Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, ANSES (avril 2026) One Health-One Science – Synthèse des recommandations issues du colloque scientifique du 6 avril 2026

[4] Concept englobant la totalité des expositions à des facteurs environnementaux, c’est-à-dire non génétiques que subit un organisme humain depuis sa conception jusqu’à sa fin de vie, en passant par son développement in utero, complément l’effet du génome. (France Exposome)

[5] Benedicte Dalmais (25 mars 2026) SNANC – Stratégie nationale pour l’alimentation la nutrition et le climat

[6] La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation) appartient à la quadripartite internationale coordonnant One Health au niveau mondial, aux côtés de l’OMS, l’OMSA et le PNUE OMS : Organisation mondiale de la santé ; OMSA : organisation mondiale de la santé animale ; PNUE : Programme des Nations Unies pour l’environnement.

[7] INRAE (8 avril 2026) Création d’un observatoire mondial des microbiomes pour renforcer la santé globale à l’échelle internationale