3 questions à
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05/10/2026
Alexandre Farro, président du Trombinoscope
« Une Vision pour la France » est une collection de huit documentaires consacrés aux capacités dont dépend l’avenir du pays : nourrir, protéger, soigner, produire. Son premier chapitre, « Le Cri de nos campagnes », sera projeté en avant-première le 13 octobre prochain, chez Agridées. À cette occasion, nous avons rencontré Alexandre Farro, président et éditeur du Trombinoscope. Ce dernier nous en dit plus sur le premier volet de cette série de documentaires ambitieux et essentiels.
1/ Pourquoi mettre la souveraineté au cœur du débat public, et pourquoi commencer par « nourrir » ?
Parce que la souveraineté n’est pas un mot de colloque. C’est une liste de capacités très concrètes : nourrir, soigner, produire, protéger. On les croit acquises jusqu’au jour où elles manquent. Nous avons voulu les regarder à hauteur de ceux qui les tiennent à bout de bras, et non à travers des rapports.
Nourrir s’est imposé en premier parce que c’est la plus intime de ces capacités : chacun en dépend à chaque repas. C’est aussi là que l’écart entre le discours et le réel se voit le plus. Les Français aiment leurs agriculteurs, et pourtant la France est passée d’un million de fermes à la fin des années 1980 à moins de 400 000 en 2020. Cette disparition s’est faite sans bruit. Ce film veut la faire entendre, pour qu’on en débatte enfin.
2/ Que recouvre ce « cri », et où sont aujourd’hui les fragilités du modèle agricole ?
C’est un cri économique, social et politique à la fois, et c’est pour cela que nous avons choisi ce mot. Un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, dans la profession qui travaille le plus. L’engrais et l’énergie flambent, et une crise climatique arrive chaque année, parfois deux.
Le film montre trois fragilités. La première concerne la production : une phrase entendue dans le film résume tout, « la société a des exigences que le consommateur n’a pas ». Les Français réclament du local en paroles, puis achètent au prix dans les rayons, si bien que la volaille française ne représente plus que 48 % de ce que nous consommons. La deuxième concerne la compétitivité : nos exploitations vendent aux cours mondiaux, face à des concurrents, européens compris, qui ne supportent ni les mêmes normes ni les mêmes charges sociales et fiscales. La troisième concerne la décision : 400 000 fermes font face à cinq centrales d’achat, et des choix qui les concernent se prennent à Bruxelles ou à Paris, loin de leurs cours de ferme.
3/ Au-delà des divergences, quelle conviction ressort, et que voulez-vous mettre en débat le 13 octobre ?
Le film n’a ni voix off ni commentaire : la parole appartient à ceux qui font. Et malgré leurs désaccords, ils disent tous la même chose. La crise est structurelle, pas conjoncturelle, et les réponses existent déjà sur le terrain. Une Région oriente des aides européennes vers les jeunes éleveurs. Des producteurs retournent voir les maires pour faire accepter de nouveaux poulaillers. Un agriculteur propose que chaque décideur administratif, jusqu’à Bruxelles, passe une journée sur une ferme.
Le 13 octobre, nous poserons une question simple : à quel niveau la France veut-elle reprendre la main sur ce qui la nourrit ? Dans le rayon du supermarché, dans la commune, dans la région, à Paris ou à Bruxelles ? Et par quoi commence-t-on ? Nous attendons des engagements, pas des intentions. L’éleveuse du film a le dernier mot : « C’est pas notre métier, c’est notre passion, c’est notre vie. » Le moins que nous leur devions, c’est une vision pour la France et des actions pour reprendre la main.