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05/10/2026

Tribunal des agri-énergies : quand le débat devient un exercice de compréhension mutuelle

Lors des Assises territoriales de l’agroécologie et de l’alimentation organisées à Dijon, le collectif Nos Terres ont de l’Énergie* a proposé un format original de débat : le Tribunal des agri-énergies. L’objectif était d’interroger les conditions dans lesquelles les productions d’énergie renouvelable en agriculture peuvent contribuer à la transition écologique tout en préservant les fonctions nourricières et économiques des exploitations.

*Collectif qui rassemble des actrices et acteurs de la région Bourgogne Franche Comté engagés dans le développement des énergies renouvelables en agriculture avec l’ambition de concilier transition énergétique, performance des exploitations et création de valeur dans les territoires.

Inspiré du fonctionnement d’un procès, l’atelier réunissait un juge, un procureur, un avocat de la défense, plusieurs témoins et un jury composé d’acteurs et d’actrices issus de différents horizons (associations, recherche, enseignement, collectivités, organisations agricoles, assurance, banque…). Cette diversité de profils a permis d’aborder les agri-énergies sous des angles complémentaires : économique, agronomique, territorial, environnemental et sociétal.

La question soumise au tribunal était volontairement clivante : « Les agri-énergies sont-elles une solution d’avenir ou une nouvelle guerre du foncier ? » L’originalité de l’exercice résidait dans sa dimension participative, une moitié du public était invitée à défendre les bénéfices des agri-énergies tandis que l’autre devait porter les critiques et les inquiétudes qu’elles suscitent, indépendamment de ses convictions initiales. En obligeant chacun à adopter un point de vue différent du sien, l’atelier visait  favoriser une meilleure compréhension des arguments des autres parties prenantes et à dépasser les postures de principe pour faire émerger un débat plus nuancé sur le foncier, la souveraineté énergétique, le revenu agricole, l’acceptabilité des projets ou encore le partage de la valeur.

Parmi les témoins figuraient Sylvain Raison, Chef d’entreprise agricole et producteur d’agri-énergies et Gabrielle Dufour, responsable Energie et Durabilité des systèmes chez Agridées, chargés pour l’un d’apporter un retour d’expérience et pour l’autre un éclairage sur les évolutions du métier de chef d’entreprise agricole. Les deux interventions ont mis en évidence que les agri-énergies ne constituent pas seulement une diversification d’activité, mais traduisent une transformation plus profonde de l’entreprise agricole confrontée à des risques croissants : volatilité des marchés, incertitudes climatiques ou encore hausse des coûts énergétiques.

À travers les projets de méthanisation, d’agrivoltaïsme ou photovoltaïque, les chefs d’entreprise agricole endossent progressivement de nouvelles responsabilités. Ils ne produisent plus uniquement des denrées alimentaires ; ils pilotent également des projets complexes, mobilisent des partenaires financiers, négocient des contrats de long terme et contribue à la production d’énergie des territoires. Les agri-énergies illustrent ainsi l’élargissement des missions confiées à l’agriculture et la montée en puissance de sa fonction stratégique dans les transitions énergétique, climatique et territoriale.

Au fond, la véritable question ne porte peut-être pas sur le développement des agri-énergies lui-même, mais sur la capacité des agriculteurs et des agricultrices à en rester les principaux acteurs et bénéficiaires, au service de l’avenir de leurs exploitations et de leurs territoires.