Site non disponible sur ce navigateur

Afin de bénéficier d'une expérience optimale nous vous invitons à consulter le site sur Chrome, Edge, Safari ou Mozilla Firefox.

Retour à la liste des contenus

Points de vue

Temps de lecture : 3 min

15/10/2026

« Il ne peut y avoir de transition environnementale sans transition économique »

Quand les rendements baissent, le coût de production à la tonne augmente mécaniquement. Mais le prix de vente de cette production n’obéit pas à la même logique. Il dépend largement de marchés influencés par l’offre et la demande mondiale, les tensions géopolitiques ou les décisions commerciales internationales.

Il n’y a donc pas de lien systématique entre la qualité d’une récolte et le prix de marché : une mauvaise récolte en France peut augmenter fortement les coûts supportés par un agriculteur sans que le marché ne lui garantisse un prix élevé.

Le prix auquel le consommateur achète les produits est lui aussi déconnecté du coût de production. Un prix agricole bas ne garantit pas un prix bas en rayon, pas plus qu’une meilleure rémunération de l’agriculteur ne signifie nécessairement une forte hausse du prix payé par le consommateur. Entre les deux, c’est toute la question du partage de la valeur avec les industriels et les distributeurs qui se pose.

Pourtant, il est demandé à l’agriculteur de continuer à produire sans garantie sur sa rémunération future, et d’investir dans la transition agroécologique pour réduire son empreinte carbone, préserver la biodiversité, répondre à de nouvelles attentes sociétales et contribuer à notre souveraineté alimentaire…

Depuis vingt ans, nous avons multiplié les cahiers des charges en pensant qu’une prime de quelques euros par tonne suffirait à faire évoluer les pratiques. Cela n’a pas permis d’engager la transition à la hauteur des enjeux. Et comment demander à un agriculteur d’investir sur cinq ou dix ans lorsque sa rémunération reste adossée à des marchés qui peuvent basculer au gré d’une crise géopolitique ou d’une décision commerciale prise à l’autre bout du monde ?

La transition a besoin de temps long. Elle a donc besoin d’un modèle économique qui lui donne ce temps. Le commerce équitable peut changer la donne. Non pas en opposant producteurs, transformateurs et distributeurs, mais en sécurisant d’abord la relation économique avec des engagements dans la durée, des prix construits de manière plus transparente, une visibilité suffisante pour permettre à l’agriculteur d’investir et de faire évoluer ses pratiques. Rééquilibrer les rapports commerciaux est essentiel pour coconstruire une feuille de route environnementale avec les agriculteurs et mutualiser la prise de risque.

Une filière ne peut être durable que si chacun accepte de supporter la part du risque qu’il est le mieux placé pour absorber. Il ne s’agit pas de mettre à dos producteurs, industriels et distributeurs, chacun jouant un rôle essentiel dans la chaîne de valeur. Mais il est urgent de sortir d’un système asymétrique, dans lequel le risque est supporté par celui qui dispose du moins de pouvoir de négociation : le producteur.

Si on veut vraiment surmonter cette crise, le risque climatique et le risque économique doivent être répartis sur l’ensemble des acteurs de la filière. Et c’est possible ! Il suffit qu’une enseigne de la grande distribution s’engage dans une relation équitable avec ses fournisseurs ; elle se distinguera de ses concurrents et prendra soin des consommateurs en leur offrant la garantie de produits de proximité, respectueux des exigences environnementales et sanitaires.

Commercer équitablement, c’est partager le risque. C’est la seule voie pour produire autrement.