Points de vue
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22/09/2026
« Penser l’IA : l’éclairage du pape Léon XIV »
Dans le cadre de sa visite en France, le pape Léon XIV se rendra, à l’UNESCO à Paris le 25 septembre pour une séquence consacrée à l’intelligence artificielle. Cette visite offre l’occasion de prendre un peu de hauteur sur un sujet désormais omniprésent dans notre quotidien.
Depuis deux ans, l’IA nous est d’abord racontée par ceux qui la produisent : nouveaux modèles, milliards investis, puissance de calcul, gains de productivité, course aux données… Derrière cette accélération technologique se joue pourtant bien davantage qu’une compétition industrielle. Se pose dès lors une question de pouvoir, de maîtrise et, finalement, de souveraineté.
Dès janvier 2025, la note Antiqua et nova, approuvée par le pape François, reconnaissait le potentiel de l’IA pour « soutenir l’agriculture durable », « anticiper certains phénomènes climatiques » ou « optimiser la consommation d’énergie ». Mais elle alertait aussi sur la concentration de ces technologies entre quelques acteurs et sur le risque d’une valeur captée par ceux qui maîtrisent les infrastructures, les algorithmes et les données.
Léon XIV prolonge cette interrogation dans son encyclique Magnifica Humanitas, de mai 2026. Il y rappelle que « nous ne pouvons pas considérer l’IA comme moralement neutre » et insiste sur la concentration des données, des infrastructures et des capacités de calcul. Il appelle en réponse à davantage de transparence, de responsabilité et de subsidiarité.
La souveraineté numérique rejoint ici directement la souveraineté agricole et alimentaire.
L’agriculture est un terrain où ce sujet va se poser avec le plus d’acuité. Analyse d’images, prévisions climatiques et sanitaires, robotique, sélection, pilotage de l’irrigation, gestion des intrants, aide à la décision, l’IA est déjà entrée dans les exploitations et les filières, avec des gains potentiels considérables, mais aussi de nouvelles dépendances.
À qui appartiendront les données générées par les entreprises agricoles ? Qui pourra les agréger et les valoriser ? Comment répartir la valeur entre celui qui produit la donnée, celui qui conçoit l’algorithme et celui qui possède la puissance de calcul ? Et que devient notre souveraineté alimentaire si certaines capacités essentielles à la production reposent demain sur des technologies ou des infrastructures contrôlées hors de nos frontières ?
Agridées avait ouvert cette réflexion dès 2024 avec le dossier de La Revue Agridées consacré aux « promesses de l’intelligence artificielle ». Une conviction s’y dessinait déjà : l’innovation n’a de sens que si elle renforce l’autonomie du chef d’entreprise et sa capacité à décider.
C’est précisément le rôle d’un think tank : ne pas subir les récits technologiques, mais interroger leurs conséquences économiques, sociales et stratégiques. Ne pas opposer innovation et vigilance, mais définir les conditions qui permettent à l’innovation de renforcer réellement l’autonomie des acteurs.
Pour l’agriculture comme pour l’alimentation, l’enjeu est désormais clair : faire de l’IA un outil de compétitivité, de résilience et de création de valeur, sans abandonner la maîtrise des données, des décisions et des infrastructures dont dépendront demain les entreprises et les filières agricoles et agroalimentaires.
Agridées poursuit ce travail de réflexion avec la publication, d’ici la fin de l’année, de la Note « Les IA, bras droits des agriculteurs », afin de prolonger les travaux engagés et d’éclairer leurs conditions d’appropriation par les entreprises agricoles, les filières et les territoires.
Car la question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle transformera l’agriculture : cette transformation est déjà engagée. La question est désormais celle de notre capacité à la gouverner, à en capter la valeur et à en faire un levier de souveraineté plutôt qu’un facteur de dépendance.