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20/10/2026
Jouer la dernière carte de l’agriculture européenne ?
Quelques jours après la publication par la Présidence irlandaise de son projet de compromis relatif au Cadre Financier Pluriannuel (CFP) 2028-2034, s’est tenu à Stockholm les 14 et 15 octobre le 12ème Congrès du COPA-COGECA. Au cœur des préoccupations des responsables européens des fédérations des producteurs et des coopératives agricoles, le renforcement de la PAC et de son soutien budgétaire.
Dans une déclaration solennelle, la Déclaration de Stockholm, les dirigeants professionnels s’adressent aux chefs d’État et de gouvernements « pour faire de l’agriculture un pilier de la sécurité et de la défense européennes, pour garantir un budget adapté aux objectifs d’une PAC à l’épreuve du temps, pour préserver le caractère commun de la PAC, pour faire de l’agriculture un pilier de la compétitivité européenne et libérer le potentiel des marchés fonctionnels, pour respecter la diversité de l’agriculture européenne et simplifier la PAC, pour donner aux agriculteurs et aux coopératives agricoles les certitudes dont ils ont besoin pour investir, produire et se renouveler ».
Nul doute que le Commissaire Christophe Hansen, qui est intervenu le 14 octobre à l’ouverture du congrès de Stockholm, aurait pu totalement souscrire à cet appel. En effet, après avoir rappelé toutes les réalisations promises dans son programme de mandature, il s’est fait un ardent défenseur d’un fort budget agricole et d’une agriculture pilier de la souveraineté européenne, pour dire en conclusion « qu’il avait fait le job », et que c’était au tour des États membres de jouer leur rôle. Une intervention très consensuelle comme celle de la Commissaire à l’environnement, Jessika Roswall qui, le jour suivant, a évité les sujets conflictuels, en plaidant pour la convergence des intérêts de l’agriculture et de l’environnement, et en mettant l’accent sur la nécessaire résilience hydrique, « l’eau étant la base de notre sécurité énergétique et alimentaire ». Un message qu’il faudra convertir en actes pour les agriculteurs qui ont été les principales victimes de la récente sécheresse.
Lors du Congrès divers ateliers ont été consacrés aux coûts des facteurs de production, au rôle de l’innovation et de l’intelligence artificielle, aux aspects spécifiques de la place et du rôle des femmes, à la recherche et au développement, tandis que les travaux en session plénière ont été dédiés à la compétitivité, à la sécurité alimentaire et à l’élargissement de l’Union.
Dans un exposé liminaire, Enrico Letta, auteur du rapport « Much more than a market » (avril 2024), a d’entrée qualifié le caractère stratégique de l’agriculture en matière de défense et de sécurité, en se faisant l’avocat d’une Europe unie et souveraine. Il a dit sa conviction que la compétitivité est un problème de taille critique, qu’un petit pays ne peut aujourd’hui prétendre à la compétitivité, et « qu’il y a des petits pays qui savent qu’ils sont petits, et de grands pays qui ignorent qu’ils sont aussi petits », ce qui l’a conduit à prôner l’urgence d’accélérer la construction d’un marché unique pour l’énergie, les services financiers et la digitalisation.
S’agissant de la sécurité alimentaire, Monca Thotova, cheffe économiste de la FAO et secrétaire générale de AMIS (Agriculture Market Information System) a développé ce thème dans le contexte actuel d’incertitude en mettant l’accent sur la volatilité des marchés, de la forte interconnexion entre énergie, engrais et agriculture et sur l’importance de la transparence du réseau AMIS d’information pour analyser, anticiper et éclairer la prise de décision. Enfin la session dédiée à l’élargissement de l’UE m’a donné l’occasion de présenter la note Agridées « Élargissement de l’Union européenne, Équation institutionnelle et inconnues agricoles », en suscitant un débat sur le caractère central des enjeux agricoles et du futur de la PAC, s’agissant de la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE.
Alors que les ministres de l’agriculture devraient se réunir les 26 et 27 octobre prochains à Strasbourg pour parvenir à préciser l’ébauche de la future PAC, les parlementaires européens comme les organisations agricoles européennes ont manifesté leur désaccord sur le projet de la Présidence irlandaise qui en sanctuarisant le budget de la PAC, confirme la proposition de la Commission d’en réduire le montant de 20% par rapport au cadre financier pluriannuel (CFP) actuel. L’incertitude reste totale après la réunion du Conseil européen des 15 et 16 octobre : les États frugaux comme l’Allemagne ou la Suède considèrent le paquet de négociation irlandais encore trop coûteux, tandis que la France prêche pour un accord au plus tôt, de sorte qu’il va revenir au Président Antonio Costa de se saisir du dossier du CFP pour tenter de conclure avant la fin de 2026.
Le sous-titre de la Déclaration de Stockholm, « L’Europe joue aujourd’hui sa dernière carte pour rebâtir une agriculture solide », suggère que la fin de la partie est proche, mais les chefs de gouvernement l’entendent-il ainsi ?