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Temps de lecture : 3 min

23/01/2023

Bio : ne pas douter avec excès

Le tocsin sonne, l’alarme est lancée : la bio est en crise…

Il est vrai que la consommation bio s’était pour la première fois contractée en 2021, avec une baisse de -1,3% pour un chiffre d’affaires de 13 milliards d’euros, après des années de forte croissance, et que la tendance 2022 s’avère mauvaise. Néanmoins, en ce qui concerne 2022, nul n’a de vision panoramique à ce stade, l’Agence Bio n’ayant pas encore pu consolider tous les marchés. Les chiffres qui circulent correspondent souvent à des enquêtes relatives aux produits de grande consommation en frais libre-service (PGC/FLS) vendus en grandes surfaces généralistes, lesquelles représentent 50% des ventes de produits bio. Le résultat 2022 global sera connu dans un ou deux mois. Aux alentours de -4 ou -5% en valeur ? Nous verrons, mais il y aura certainement une baisse sensible.

Il est toujours difficile d’analyser en même temps court-terme et long-terme. Dans une perspective longue, la réussite passée de la bio en France est indéniable, avec notamment une accélération fulgurante entre 2015 et aujourd’hui. En consommation le panier bio est passé de 3,2% à 6,6% du total alimentaire, et en production les surfaces ont progressé de 1 million d’hectares à 2,78 millions d’hectares.

Quels ont été les moteurs principaux ?

  • L’évolution du citoyen-consommateur, en quête de confiance, dans une période où l’agriculture conventionnelle et la chaîne alimentaire ont souvent été en crise ;
  • Le soutien des politiques publiques ;
  • La structuration progressive des filières bio ;
  • L’investissement démultiplié de la GMS alimentaire, qui y a vu un relais unique de croissance et de marge.

Mais les temps changent. Certes aujourd’hui l’inflation et la hausse générale des coûts, dues pour partie à la guerre en Ukraine, soulignent un talon d’Achille connu de la bio : son prix sensiblement plus élevé auprès des consommateurs.

Cependant le moment est aussi venu pour les filières bio, et elles le font très certainement, de réfléchir pour le long terme sur leur cadre d’action et d’expression, ainsi que sur la maîtrise de leurs relais de croissance.

 

En matière de cadre d’expression et d’action d’abord. Le match à deux, entre une agriculture bio répondant à tous les enjeux et une agriculture « productiviste » dans l’impasse, se joue de moins en moins tellement l’agriculture est devenue plurielle, et l’offre alimentaire aux consommateurs segmentée et complexifiée. Dans ce contexte dilutif le label bio est moins efficace, il agrège moins la globalité des réponses attendues et il est appelé à prouver plus, auprès de nouveaux acheteurs volatils, actuellement au bénéfice du « local ».

Dès lors, il faudrait sans doute démontrer les avantages plutôt que partir d’un acquis de principe, enrichir le label, communiquer positivement à partir du territoire …

 

En matière de stratégie de croissance ensuite. Les relais sont connus, ils concernent principalement la restauration hors foyer, collective ou non. Et aussi en général la capacité d’atteindre par une offre permanente un consommateur anxieux à juste titre des désordres environnementaux et climatiques, préoccupé de sa santé et sachant que l’alimentation constitue une réponse. La bio en fait partie naturellement. Cela requiert un travail long et collectif de construction de filières, de développement des entreprises avec des leaders, de contractualisation… Et dans ce cadre, d’équilibre de l’offre et de la demande. Bref de résilience.

Douter est nécessaire. Mais sans excès. Le ministre de l’Agriculture a sollicité l’Agence Bio afin de réaliser des études quantitatives et qualitatives, de filières et de consommation, avant de débattre avec les professionnels des mesures de sortie de crise. Car actuellement, si la consommation se réduit, la production croît toujours. Il faudra rebondir, mais sans les emballements qui en réalité créent des dépendances.