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06/10/2026

L’agroalimentaire dans la tourmente de l’ACEUM

Depuis le 1er juillet 2026, l’application de la clause de révision conjointe de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’ACEUM (USMCA en anglais), qui a succédé à l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain), a plongé les deux voisins dans l’incertitude.

En effet, alors que le Mexique et le Canada souhaitent une reconduction de l’accord pour une durée de 16 ans, le Président Donald Trump a provoqué la surprise en souhaitant imposer une durée limitée à 10 ans subordonnée à une révision annuelle.

Si les trois pays concentrent près de 30% du PIB mondial, la valeur de leurs échanges commerciaux réciproques ne dépasse que légèrement les 4% du commerce mondial, mais leurs économies sont très largement imbriquées.

Le contentieux commercial américano-canadien a mobilisé l’attention depuis que le Président nord-américain a déclaré vouloir faire du Canada le 51ème état des États-Unis. Au-delà des propos discourtois de Donald Trump à l’endroit du Premier Ministre canadien, Mark Carney, l’imposition de surtaxations et les menaces d’arrêt d’importations de certains produits par Washington ont provoqué des réactions fermes d’Ottawa en représailles et la recherche d’alternatives commerciales.

Jusqu’ici, l’ire du Président américain a un peu plus épargné son voisin mexicain et sa Présidente, Claudia Sheinbaum, les contentieux entre les deux pays restant plutôt focalisés sur la lutte contre les narcotrafiquants et les flux migratoires. Mais, malgré tout, c’est toute l’architecture du commerce entre les trois pays qui est entrée dans la tourmente.

Qu’en est-il du commerce agroalimentaire ?

Les États-Unis sont déficitaires dans les échanges agricoles et alimentaires avec ses deux voisins, à hauteur 13,4 milliards de $US avec le Mexique, et 11,1 milliards de $US avec le Canada. Les États-Unis exportent majoritairement des commodités vers le Mexique – maïs, blé, orge, soja, porc, poulet et produits laitiers. Leur voisin méridional les fournit principalement en fruits, légumes et boissons (bières et alcools). Vers la Canada, les États-Unis exportent des produits transformés, des fruits et légumes, alors qu’ils en importent notamment des boissons et des produits laitiers, mais aussi des engrais.

Les deux partenaires commerciaux de Washington ne pourront pas se libérer de l’imbrication de leurs économies scellées par l’ACEUM, mais la posture du locataire de la Maison Blanche les contraint à diversifier leurs partenariats commerciaux.

C’est dans ce nouveau contexte qu’il faut revoir les perspectives offertes par les accords bilatéraux entre l’Union Européenne et les deux voisins des États-Unis.

L’application provisoire du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), conclu en 2016 mais toujours non ratifié par la France, a accru considérablement les échanges entre les signataires. L’UE bénéficie actuellement d’un excédent commercial de 718 millions d’euros en réalisant un total d’exportations agroalimentaires de 5 milliards d’euros. Du côté du Mexique, le renouvèlement de l’accord commercial bilatéral « Modernised Global Agreement », signé le 22 mai 2026, ouvre de nouvelles perspectives, quoique pour l’instant les échanges entre le Mexique et l’UE paraissent modestes vis-à-vis de ceux avec les États-Unis. Les échanges commerciaux Mexique-UE ont atteint un total de 86,8 milliards d’euros, mais seulement 5% des exportations mexicaines en valeur sont destinées à l’UE, et en matière agroalimentaires 3% de leurs exportations quand l’UE compte pour 7% de leurs importations.

La politique « Make America Great Again » de Washington qui sanctionne ses partenaires privilégiés les oblige à reconsidérer leurs relations économiques internationales. Si le CETA ou l’Accord Global Modernisé ne sont pour eux qu’une partie de la solution, il est certain que les Européens sont invités à porter un regard nouveau sur ces accords dans le contexte des bouleversements géopolitiques actuels. Et la proposition d’Ursula von der Leyen, pour l’instant sans fondement juridique, de faire du Canada le premier Membre Associé de l’Union, prend ici tout son sens.